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Vieux 29/08/2008, 17h01
Malatesta
 
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Par défaut Réalités sur la monnaie capitaliste esclavagiste et affameuse ; UNE ARME DE GUERRE QUI TUE LES PAUVRES !

Dossier (Étude de la monnaie VIe)

Après avoir montré que la dématérialisation de la monnaie s’est
accompagnée de l’évanouissement de toute garantie, notre étude a
évoqué l’effet multiplicateur de crédit qui permet aux banques privées
de créer la monnaie légale sous sa forme scripturale, ou monnaie de
dette, sans que cela corresponde à la moindre création de richesse, et
montré que ceci donnait aux banques le pouvoir d’orienter l’économie
vers leurs intérêts.

Nous avons ensuite essayé de comprendre l’importance du tournant des
années 1980 qui, en libéralisant les marchés, a donné à la finance le
pas sur la politique, puis réfléchi au sens de certains termes tels
que échange, valeur et fonctions de la monnaie.

Avant d’aborder, plus tard, les grandes théories monétaires, nous
réfléchissons aux conséquences, d’abord au plan national, puis au plan
international, de l’emploi qui est fait désormais de monnaies de dette
comme monnaies légales.

Étude de la monnaie : IV. Conséquences d’une monnaie de dette
par M.-L. DUBOIN
1. AU PLAN NATIONAL : UN ENGAGEMENT COMMUN
La loi faisant obligation [1] à tous les ressortissants d’une nation
(ou d’un groupe de pays, tel que “l’Euroland” [2]), d’accepter en
paiement sa monnaie légale, celle-ci est devenue la reconnaissance
d’une dette collective : elle engage tous les ressortissants de cette
nation à fournir l’équivalent de la somme mentionnée. Ainsi :

Tout citoyen est le débiteur de tous ceux qui détiennent de sa
monnaie légale,

Tout détenteur d’une monnaie légale est créditeur du pays où elle a
été émise.

La monnaie légale constitue donc un lien commun, un sentiment d’unité
nationale (ou communautaire) entre les citoyens du pays (ou du groupe
de pays) qui l’émet : ceux-ci sont unis par l’engagement commun que
constitue leur monnaie, comme, par exemple, ils sont unis par l’usage
de leur langue nationale.

Qui peut prendre un tel engagement au nom d’un État ? Il paraît
évident que dans une démocratie ce ne peut être que ses représentants
élus, et c’est cette évidence qui fait que la plupart des gens
croient, en toute bonne foi (faites-en l’expérience en interrogeant
votre entourage), que ce sont les autorités publiques qui ont le
monopole de la création de la monnaie légale et de son contrôle.

La vérité est que le monopole des gouvernements des états sur leur
propre monnaie s’est institué au début du XIXéme siècle et qu’il a eu
son apogée au milieu du XXème. Mais c’est au cours des années 1980,
dans la foulée du fameux “tournant libéral” précédemment décrit, qu’il
a été abandonné.

Et les conséquences sont lourdes, sinon bien perçues : en abandonnant
ce monopole, qui nous paraît pourtant légitime, les gouvernements ne
se sont pas seulement privés de la possibilité pour l’État de recourir
à la création monétaire pour faire face, en cas d’urgence, à des
dépenses publiques nécessaires ou imprévisibles. Ils ont aussi renoncé
à un outil essentiel de gestion de l’économie, par la fiscalité (dont
dépend la REdistribution) et par l’intermédiaire des taux d’intérêt ou
des taux de change : en créant plus de monnaie, l’État pouvait décider
d’accepter l’inflation qui, en diminuant le poids des dettes,
favorisait les débiteurs au détriment des prêteurs. Au contraire, en
décidant de limiter la création monétaire, le gouvernement rassurait
les créanciers. La dévaluation d’une monnaie était un avantage
concurrentiel immédiat offert aux exportateurs du pays.

Enfin, le monopole public sur la monnaie renforce l’autorité du
politique : il est évident que plus un gouvernement est capable
d’assurer son monopole, moins sa politique est soumise à des
influences étrangères. Or depuis que la libre circulation des capitaux
a supprimé ces monopoles nationaux sur les monnaies, celles-ci peuvent
être utilisées en dehors de leur territoire (en particulier dans les
paradis fiscaux, conçus pour échapper, entre autres lois, aux
fiscalités nationales) et elles s’offrent ainsi aux transactions et
aux placements. Les gagnants sont les acteurs privés qui peuvent
échapper aux contraintes de toute politique monétaire, et les perdants
sont les gouvernements.

2. AU PLAN INTERNATIONAL : L’HEGEMONIE POUR LE PAYS DONT LA MONNAIE
EST UTILISEE
Tant que la majorité des monnaies étaient convertibles en or, étalon
universel de référence, les taux de change entre monnaies résultaient
d’un simple calcul, purement mathématique, celui des rapports entre
leurs poids respectifs d’or. Les transactions se règlaient dans
n’importe quelle monnaie et seuls les soldes débiteurs entre pays
étaient règlés par référence à l’or.

On sait que la plupart des monnaies cessérent d’être convertibles en
or après la Grande Crise de 1929. Ce fut aussi le cas du dollar à
l’intérieur des États-Unis, mais pas pour les échanges externes. Pour
ces échanges contre d’autres monnaies la parité du dollar fut fixée,
dès l’arrivée de Roosevelt en 1933, à 33 dollars l’once d’or. De sorte
que les transactions monétaires continuèrent à se faire par référence
indirecte à l’or, par l’intermédiaire du dollar.

Ceci conféra évidemment au dollar un rôle prépondérant dans les
échanges internationaux. Pourtant, au cours des années 1960, le
déséquilibre de la balance des paiements des États-Unis commença à
altérer la confiance des autres pays, au point que tout le monde cessa
de croire à cette convertibilité externe du dollar, ce que Nixon
rendit officiel en la supprimant en 1971.

Les échanges commerciaux internationaux peuvent donc s’établir dans
n’importe quelle monnaie ; le pays exportateur peut fixer son prix
dans sa propre monnaie, le pays importateur peut exiger de payer avec
sa monnaie nationale, ou, si l’acheteur et le vendeur le décident, ils
peuvent utiliser la monnaie d’un pays non concerné par leur commerce.

En résumé : il n’y a pas de monnaie internationale, il n’y a plus de
référence universelle définissant un taux de change entre monnaies, et
toutes les monnaies légales sont des monnaies fiduciaires, des
monnaies de dette dont la valeur fluctue en fonction des marchés.

Or nous avons vu que le fait d’utiliser, dans une transaction
commerciale, une monnaie de dette introduit un délai et un risque pour
le vendeur : celui-ci se retrouve, après avoir fourni sa marchandise,
avec un titre de crédit qu’il va lui falloir ensuite faire accepter en
paiement d’autres marchandises. Il est donc pour lui très important
d’avoir confiance dans la monnaie qu’il reçoit, il veut être payédans
une monnaie dont il pense qu’elle a et qu’elle va garder, ou mieux
qu’elle va gagner du pouvoir d’achat. Une monnaie est dite forte parce
que son pouvoir d’achat est en hausse : on comprend que c’est la
tendance qui est importante, plutôt que la valeur instantanée.

De sorte qu’il se passe pour la valeur des monnaies ce qui se passe en
Bourse pour la valeur des actions : un gros investisseur international
peut agir sur les cours : lorsqu’il mise sur une monnaie ou un titre
en l’achetant en masse, la valeur de cette monnaie ou de ce titre
monte et alors tout le monde en veut, et sa cote continue à monter. Et
si brusquement, en sens inverse, un investisseur décide de se
débarrasser d’un titre, ou de devises, ses semblables, comme les
moutons de Panurge, pensent qu’il a des raisons de penser que ce titre
va perdre de sa valeur, alors ils vendent aussi, et, effectivement, le
titre baisse. Les cours des monnaies, comme ceux des actions, peuvent
donc être amplifiés par la spéculation.

Ainsi, depuis qu’elle obéit à l’idéologie libérale, l’économie
mondiale, et avec elle les monnaies du monde, n’est pas pilotée dans
l’intérêt général, mais vogue à la merci d’emballements ou devents de
panique dont il est impossible de prévoir l’amplitude et la portée.

Le commerce international a pris l’habitude d’utiliser le dollar quand
cette monnaie est restée la seule à être théoriquement indexée à l’or.
Cet usage fut conforté après la seconde guerre mondiale parce que
l’économie des États-Unis était la première du monde, son industrie
florissante était en pointe dans pratiquement tous les domaines, ses
entreprises, qui, elles, n’avaient pas été bombardées, ont profité
d’énormes marchés de reconstruction dans le monde entier.

Le déséquilibre de la balance des paiements des États-Unis avec
l’échec de leur guerre contre le Vietnam a menacé ce rôle du dollar
quand il était devenu évident que les banques américaines n’avaient
pas en dépôt de quoi honorer de telles dettes. Mais à cette époque,
aucune autre devise n’était parvenue à inspirer plus confiance que le
dollar.

Depuis, l’Union européenne se construit au plan économique, la société
Airbus en est un exemple : ses avions concurrencent ceux de
l’Américain Boeing. Et pourtant Airbus, devenue EADS, établit encore
ses prix en dollars, le comble est qu’elle se fait payer en dollars
même lorsqu’elle vend ses produits en Europe. Il est vrai que la
généralisation de l’usage de l’euro dans l’euroland est encore
récente... Une telle hégémonie se traduit par un formidable avantage :
dès lors qu’il s’agit d’une monnaie scripturale (pour laquelle, nous
l’avons vu, il n’existe pas de limite matérielle à sa création ex
nihilo), et que tous les pays en demandent pour leur commerce
extérieur, le pays qui l’émet peut en fabriquer à sa guise.

Les États-Uniens en profitent donc et, signant sans vergogne ces
reconnaissances de dettes [3], que personne ne leur ramène en
demandant de les honorer, ils vivent depuis plusieurs décennie aux
frais des autres populations, achetant le monde à crédit. Professeur
d’économie politique de l’Université de Californie, Benjamin J. Cohen
est bien placé pour l’expliquer : « Un pays dont la monnaie bénéficie
d’un statut international finance ses déficits extérieurs en émettant
sa propre monnaie [4] », en prenant les chiffres de 1999, il a estimé
que ceci était équivalent à un prêt sans intérêt de 25 à 30 milliards
de dollars par an consenti aux États-Unis par le reste du monde. Cette
évaluation doit être beaucoup revue à la hausse non seulement à cause
du net ralentissement de l’économie américaine, mais aussi parce que
le budget fédéral, qui était excédentaire en 1999, a été mis en
déficit par la politique de G.W. Bush : baisse des impôts (637
milliards en 10 ans) et énorme augmentation du budget militaire.
Pareille dette est impensable de la part de tout autre pays, qui
serait, bien avant d’en arriver à de tels excès, sanctionné par la
chute de sa devise [5]. Exemple récent : tous les comptes exprimés en
Argentine en pesos y ont été brusquement amputés de plus du tiers de
leur pouvoir d’achat exprimé en dollars. Ce qui ne peut pas arriver
aux comptes américains en dollars si la référence est le dollar
américain !

–––––––
[1] par les “cours forcé ” et “cours légal” des monnaies nationales

[2] ensemble des pays européens ayant adopté l’euro.

[3] ou, comme on dit parfois, “font marcher leur planche à billets”.

[4] “La monnaie et le pouvoir des états” article paru dans
Alternatives économiques, N°45, hors série consacré à la monnaie.

[5] ... et l’intervention du FMI.




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