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  #1 (permalink)  
Vieux 28/08/2008, 19h22
Malatesta
 
Messages: n/a
Par défaut Les FASCISME "soft" est INSUPPORTABLE , INJUSTE et INHUMAIN comme TOUS les FASCISMES et ça TUE :


antifascisme fascisme débat

La fascisation
soft
Une alliance du relativisme
et de l’individualisme ?
..
Notre société dérive lentement mais sûrement vers la droite, qui plus
est vers la droite dure. Si nous employons le mot fascisation c'est
par commodité, nous connaissons les difficultés liées à la définition
du mot fascisme, par contre nous essaierons de définir ce que nous
considérons être une nouvelle variété de fascisme typique de notre
situation la fascisation soft.
..

L'idéologie relativiste
..
Dans notre contexte, nous pouvons facilement constater que nous
sommes dans une crise de la politique ou crise du champ politique, qui
elle-même n'est qu'un aspect de la crise du sens, propre à notre fin
de siècle, fin de millénaire.
Parmi tous les éléments de cette crise, l'idéologie relativiste
semble essentielle. Celle-ci énonce que " Tout se vaut !", hormis
évidemment l'intérêt individuel et étatique. Une des conséquencesles
plus connues de cette idéologie, c'est d'essayer de nous faire croire
que, finalement, ici, nous ne sommes pas si mal que cela et que c'est
bien pire ailleurs. L'idéologie relativiste trouve son origine
notamment dans le relativisme culturel issu des sciences humaines. Ce
relativisme énonce qu'aucune culture n'est supérieure à une autre et
que notre attitude historique de mépris colonial impérialiste n'est
pas justifiée. C'est sur cet apport critique que se fonde la
revendication du droit à la différence que la nouvelle droite a si
bien su retourner.
La difficulté ne vient pas du relativisme culturel en lui-même, mais
du passage du constat de la relativité des cultures au relativisme
comme idéologie. L'idéologie relativiste propage l'idée qu'il n'y a
pas de vérité et s'appuie sur la difficulté à établir la vérité dans
le champ qui étudie les comportements humains et la culture humaine.
Les critiques sur le caractère absolu de la vérité conduisent à
admettre que nous devons accepter de n'avoir accès qu'à des vérités
relatives. L'idéologie relativiste s'appuie également sur ce qui est
nommé le tournant linguistique. Dans le champ des sciences humaines,
diverses théories et études montrent facilement le poids du langage
dans nos productions culturelles et l'importance du caractère
conventionnel de celles-ci. La conclusion qui en a été tirée, pour
certains auteurs, c'est qu'il n'y aurait que des faits linguistiques
et jamais de vérité au sens où on l'annonçait auparavant en
particulier dans les sciences de la nature.
Si on accepte cette conclusion, l'universalisme classique est en
difficulté, l'aspect conventionnel prend le pas sur le contenu de
l'énonciation, sa validité générale pour tous les humains devient
problématique puisque cela peut ou pourrait être autre chose. L'étude
des faits historiques se complique car la vérité serait dissoute à
jamais dans les énonciations et les documents, l'importance du langage
empêcherait tout jugement. Les difficultés de la société française
avec Vichy sont amplifiées par l'idéologie relativiste. S'il est
impossible d'établir une ou des vérités historiques, il est impossible
de condamner Vichy et on ne peut que renvoyer dos à dos les
collaborateurs et les résistants, les victimes et les bourreaux, Papon
et Jean Moulin quitte à oublier Manouchian et ses camarades.
Si on étudie la traite négrière, on est confronté au même phénomène
et l'Occident serait facilement absout puisque ce sont des noirs qui
ont vendu d'autres noirs. Ce faisant, on oublie quelques faits
essentiels (dont le caractère langagier n'échappera à personne) qui
sont corollaires de la vérité historique, si on la considère dans sa
réalité la plus crue :
• La décision de mettre une partie des humains hors du champ de
l'humanité pour la réalisation d'un projet commercial, alors que
l'esclavage classique était majoritairement basé sur la prise des
captifs dans le cadre de guerres ou de razzias ;
• La codification par le droit de cette non-humanité dans le fameux
"code noir" où l'esclave humain noir est assimilé à un bien mobilier
(1).
..
Les limites d'une vérité
..
Nous sommes donc face au problème des limites de ce qui peut être
considéré comme une vérité. Nous rencontrons alors la question de la
valeur de cette vérité. Ces notions sont essentielles pour comprendre
ce qui est admissible à un moment donné par une société et ce qui est
condamné comme interdit.
Suite à la seconde guerre mondiale et à la shoah, le mot fascisme
avait un certain sens, le mot racisme avait un contour assez précis et
le consensus démocratique admettait facilement la condamnation du
fascisme et du racisme. Aujourd'hui, la notion de limite s'est
estompée, le relativisme justifie l'absence de barrière étanche entre
ce qui est admissible et ce qui ne l'est pas.
La nouvelle droite a bien travaillé en utilisant le concept de
différence et en lui donnant un contenu culturel. En effet, auparavant
la domination justifiait la différence hiérarchique sur une différence
de nature à laquelle correspondait le racisme biologique. Aujourd'hui,
ce racisme physique tend à être supplanté par le racisme culturel.
Cette utilisation de la différence a fourni à la domination un nouveau
discours pour justifier l'inégalité et les discriminations tout en
gardant les énoncés anti-fascistes et anti-racistes antérieurs.
La mise sur le même plan de toutes les idéologies, nommée aussi "fin
des idéologies", permet aux énoncés racistes et fascistes de trouver
place dans notre sens commun démocratique sans qu'ils soient
choquants. Le relativisme est donc très utile au FN pour s'installer
doucement mais sûrement dans la vie démocratique. Si "tout se vaut !"
rien ne fonde le combat contre ces idées et ne justifie le blocage.
La notion du "sacré" qui accompagnait le combat antifasciste
impliquait d'accepter le risque de sacrifier sa vie, ceci n'a plus de
sens aujourd'hui, car rien ne vaut le coup. Evidemment le contenu de
la vérité est alors seulement subjectif, l'authenticité et l'intensité
remplacent les arguments démonstratifs, l'émotion suffit à la
communication spectaculaire. Pour nous la vérité subjective n'est pas
à situer sur le même plan que la vérité historique, au sens où la
critique permet l'analyse des rapports de force économiques,
politiques, culturels, symboliques. Si on mélange les champs de
validité, on tombe rapidement dans la confusion et il est impossible
de qualifier correctement les opinions fascisantes.
L'autre volet de la fascisation soft c'est l'individu. Celui-ci est
nécessaire au système capitaliste dans la mesure où c'est lui le siège
du désir. Pour réaliser la marchandise et admirer le spectacle, il
faut des humains qui acceptent d'acheter et de regarder les images
miroitantes. C'est pour cela que l'individu est un enjeu primordial
pour la survie du capitalisme, celui-ci a besoin de l'adhésion des
humains. L'individu, dès son plus jeune âge, est équipé au niveau du
désir pour être compatible avec la marchandise et le spectacle.
L'individu se croit libre et différent, c'est essentiel pour que tout
continue. Cette illusion de liberté ne fonctionne que si on accepte la
règle jeu du capitalisme, c'est-à-dire de réduire la liberté à la
liberté de choisir parmi les produits proposés par la marchandise et
le spectacle ou la démocratie parlementaire, des produits à consommer,
à regarder ou à élire. La course à la différence occupe beaucoup
d'énergie et de temps, elle prend des formes extrêmement variées.
La bonne image de soi c'est fondamental pour les humains. Les mauvais
ce sont très souvent les autres. La valorisation est nécessaire au
fonctionnement mental des humains et cela passe majoritairement par
l'acceptation des images identificatrices produites par le système.
Que tout le monde se conforme à l'injonction marchande et
spectaculaire en croyant ne pas être comme tout le monde, voilà un des
ressorts de la puissance du système actuel.
L'individu est ainsi en perpétuelle recomposition pour exister et se
maintenir. Il est soumis au contrôle externe de la société, mais aussi
au poids de l'intériorisation des valeurs et des normes du capitalisme
contemporain. Évidemment, il est soumis à la schizophrénie
perpétuelle, car il essaie d'être libre dans un fonctionnement qui le
soumet en permanence à la marchandise et au spectacle. La double
contrainte fonctionne bien : Soyez différent-es les un-es des autres
mais restez toutes et tous identiques !
Pour essayer d'avancer nous proposons de ne pas confondre l'individu
avec le sujet. Le sujet serait ainsi une instance où le désir
permettrait la liberté et la décision. Nous ne nous référons pas au
sujet volontaire et conscient et rationnel de la philosophie
classique, mais plutôt à un sujet qui se sait limité, fragile,
traversé par la violence, l'incertitude, lié à l'inconscient personnel
et social, pétris par le langage, institué par la loi, contraint par
la domination, fait de chair et de sang, mais aussi d'émotion,
d'imaginaire et de symbolique, de liens avec les autres humains,
plongé dans une histoire personnelle et collective pas toujours facile
à assumer. Ce sujet, qui a le souci de l'être et pas seulement de
l'avoir, peut accepter l'événement et décider en situation pour viser
un impossible (au sens où la novation provoque toujours une rupture
dans le réel), il est imprévisible et erratique, voire éphémère.
Ce sujet se sait dans la multiplicité, en lui et dans le monde. La
vérité absolue lui est inaccessible, mais certaines vérités sont déjà
à sa disposition, soit dans le savoir et la culture déjà existante,
soit dans les théories critiques que nous nous réapproprions et
développons. Trouver sa place dans ce système, c'est parfois chercher
à rompre avec la norme dominante. Car exister de façon autonome est
déjà un combat difficile et toujours à recommencer. Penser par soi-
même implique un souci critique qui n'est pas si facile que cela à
assumer.
Oser penser que l'on peut changer des choses en ce monde absurde et
vide des temps maudits, c'est souvent un pari sur l'idée de justice et
d'égalité. Ce choix qui dit non au nom de l'humanité, est une décision
qui s'oppose au réalisme gestionnaire et responsable qui lui sait bien
nommer les choses et les gens : "nouveaux pauvres", "employable", "en
échec scolaire", "naufragé-es de la vie", "clandestins",
"irréguliers", "en voie d'intégration ou d'insertion", etc... La
nomination est essentielle pour la gestion qui transforme en problème
technique toute difficulté sociale. En nommant, on classe, on fournit
au sens commun des explications et le débat public est clos avant
d'avoir eu lieu. Les réponses précèdent les questions et tout va bien
Mr Jospé-Juppin ! Ainsi les individus sont confortés dans une identité
avec des interlocuteurs précis et désignés par le système.
..
Le sens et les valeurs
..
C'est ici que l'alliance entre le relativisme et l'individu est
importante, elle permet à la barbarie capitaliste de se développer
sans trop de difficultés. Au nom de la préservation des intérêts de
chacun et chacune, on peut tabler facilement sur la fermeture des
frontières, sur la gestion de l'exclusion, sur le développement légal
de la précarité (emplois-jeunes, etc...), sur la remise en cause des
acquis sociaux antérieurs (annualisation, flexibilité, etc...), sur
l'AMI et l'Europe libérale, etc... Les modalités du "moi je" et du
"nous d'abord" l'emportent sur le partage, la solidarité et la
préférence nationale devient un thème banal repris sous des formes
anodines. L'extrême-droite propose des solutions individuelles et
s'oppose à toute lutte collective, cette solution est acceptée
facilement par beaucoup de gens, étant donné la puissance de
l'individualisme contemporain et l'injonction de réussite.
Le discrédit qui atteint la sphère politique, telle qu'elle
fonctionne actuellement, s'accentue régulièrement, il décourage les
velléités d'action citoyenne. La perte des repères et la difficulté
liée à la question de l'identité sont des facteurs qui amplifient ce
phénomène. La question des valeurs est monopolisée par le FN au nom
des traditions, de l'ordre, de la clarté. La question du sens est
captée par des réponses réactionnaires et autoritaires. L'extrême-
droite peut ainsi donner du sens à la politique à sa manière et
utiliser les rancœurs et le ressentiment.
Si nous voulons nous opposer à la fascisation nous devons montrer
l'importance du sens et de la valeur que nous accordons à la sphère
politique. C'est le lieu où le destin de la communauté humaine se
décide, où la question du contenu de la loi est posée, où le lien
entre l'égalité, la justice et le possible peut être envisagé.
Nous admettons facilement que la loi a un aspect conventionnel, c'est
même sur ce constat que nous nous appuyons pour proposer des
modifications de son contenu. C'est pour cela que pour nous il est
important de valoriser l'action collective, la solidarité, les
alternatives ou les tentatives d'alternatives au capitalisme.
C'est ici et maintenant que cela se joue, que nous pouvons construire
des voies possibles qui donnent de la valeur au mot politique, qui
réinvente l'humanité et offre un peu de sens à nos vies.
Nous condamnons l'individualisme capitaliste et le relativisme post-
moderne car ce sont eux qui permettent de penser qu'il faut refuser Le
Pen l'odieux diable sale qui pue et que l'on peut accepter Mégret
l'énarque propre sur lui.
Nous savons que nous devons nous battre contre ce désir de fascisme
soft que certains nomment la douce certitude du pire (2).
..
Philippe Coutant
..
(1) Louis Sala Molins, Le code Noir, éditions PUF Paris 1990.
(2) Miguel Benasayag et Édith Charlton du Collectif Malgré Tout, Cette
douce certitude du pire, éditions la Découverte, Paris 1992.


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