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  #1 (permalink)  
Vieux 03/06/2008, 20h30
Yoki
 
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Par défaut [Vies parelleles] Le Train Sifflera Trois Fois

X-No-Archive: Yes



High Noon.
Un classique des classiques, bien qu'un peu austère. Avec le mélodieux Cary
Grant et la belle Grace Kelly.

Alors qu'il va devoir rendre son étoile de shérif, Will Kane apprend l'imminent
retour en ville d'un homme qu'il avait jadis arrêté et qui, condamné à la
pendaison, avait juré de se venger. Miller doit arriver par le train de
midi. Kane décide de rester et tente de recruter des hommes. Mais, par
lâcheté, intérêt, ou amitié pour le bandit, tous se dérobent. C'est donc
seul qu'il devra livrer le combat...

(Intro) http://fr.youtube.com/watch?v=QKLvKZ6nIiA
(The climax) http://fr.youtube.com/watch?v=9pM39WyQYmE
(Critique) http://www.dvdcritiques.com/critique....aspx?dvd=1945

Gary Cooper, shérif sans troupes, assumant le silence des lois, sauvera la
communauté malgré elle. Il joue perso. Qui m'aime me suive, et si personne
ne m'aime...




---
Note de lecture - Brèves réflexions sur le cowboy américain...

François Furet a écrit : "L'Amérique est une nation d'hommes des villes à la
conquête de la nature, court-circuitant l'interminable malédiction paysanne
de l'Europe." (Préface à Tocqueville)

Le cowboy incarne en effet un citoyen émancipé des hiérarchies et de l'ordre
établi. Son indépassable Liberté trouble l'européen emberlificoté dans ses
traditions ; cette liberté n'en apparait pas moins le plus pur produit de la
civilisation européenne (le cowboy n'est pas l'enfant sauvage de la Nature).
Lorsqu'un européen admoneste Washington, les "cowboys" américains, Ronald
Reagan, Clinton ou Bush, l'image qui le rebute est celle d'un autre
lui-même. En plus libre. Tant de proximité redouble son exaspération. Du
coup, il tient le "citoyen-vacher" pour un alter ego diminué, puéril, qui ne
peut séduire qu'un analphabète. La politique américaine, pense-t-il, se
réduit au Western, ce genre de film pour les enfants mis en scène par des
demeurés...

Pareille réaction de rejet est ancienne. Générale. Elle date de l'Amérique.
Elle date du cinéma. Transgressant les clivages électoraux et géographiques,
elle resurgit périodiquement. Les Etats-Unis vivent en utopie, sans ennemi
aux frontières, sans misère à l'intérieur, c'est un "pays de l'avenir" qui
"ne nous intéresse pas ici" (Hegel, Leçons de la philosophie de l'Histoire),
nous les "vieux Européens".

Qu'est-ce qui nous permet de taxer d'immatûrité le cowboy ? Il n'a pas
encore trouvé sa place. Et n'éprouve nul souci de se "caser". "Je suis un
Aventurier", nous dit-il, comme sorti tout droit du chef-d'oeuvre absolu
d'Anthony Mann ( http://www.dvdclassik.com/Critiques/dvd_farcountry.htm ).
Il se déplace sans gêne dans un espace qui se prête à son errance, preuve
s'il en faut pour nos yeux hégéliens de l'immatûrité de la société qui
l'héroïse, où la "fin générale" n'est pas encore établie. Hegel dit encore
de l'Amérique que sa liberté est celle d'une société bourgeoise où l'intérêt
privé l'emporte sur l'intérêt général, tandis que les "folies" indivuelles,
sensuelles et religieusesement sectaires se donnent libre cours.

En deux siècles, le tableau dressé en Europe de l'Amérique n'a pas changé :
le cowboy demeure le symbole d'une fausse liberté au service d'une licence
effrénée.

L'Européen, sérieux, lui oppose le modèle du fonctionnaire : celui-ci seul
se dévoue à la chose publique, la Res Publica, et fait de l'intérêt général
son intérêt particulier. Il agit pour la bonne cause. Il avance en terrain
connu. L'Administration ou le Parti lui fournit un plan de campagne. Voilà
des gens qui n'ont que mépris pour l'amateurisme du cavalier solitaire qui
vaticine en pays inconnu à la merci de l'Inconnu, guidé par sa bonne étoile
plutôt que par un Savoir infaillible.

L'Européen s'imagine que si le cowboy est solitaire, c'est parce qu'il est
ignorant. Il ne sait pas comment se conduire, il a tout à apprendre, des
bienséances, des usages, codes, règlements, lois, décrets, pratiques. S'il
s'écarte de la Loi, c'est parce qu'il manque de culture. Il faut donc le
former, l'entourer, le guider, le conseiller. Mais qu'il ne s'avise pas de
demander : qui éduque les "bons" éducateurs !? La réponse fusera : l'Europe
est un continent de vieille culture, assagie par une longue expérience, qui
a connu tant d'épreuves et d'aventures... L'Amérique, continent immatûre,
n'a qu'à s'en inspirer ! "Et c'est un vieux pays, d'un vieux continent comme
le mien, l'Europe, qui vous le dit aujourd'hui..."

Pourtant, le devoir number one du cowboy n'est pas d'apprendre : c'est de
survivre ! Le cowboy n'agit pas dans un monde où règne la Loi, mais dans un
chaos où il faut l'inventer. Le héros de western affronte, comme le héros de
la tragédie grecque, une situation pré-nomos, une situation de pré-droit.
Les hellénistes distinguent ainsi la zone sans loi où l'individu doit se
frayer une voie entre le sur-droit des furieux livrés à leur hybris et le
sous-droit des faibles et des asservis. Les vertus les plus fondamentales se
manifestent dans ces situations de pré-droit : courage, respect et retenue
(aidôs), honneur. C'est sous l'égide de ces vertus pré-étatiques que
s'établit la justice (dikê) et la loi politique. Il y a un temps pour la
défense du droit, celui des sociétés stables, avec tribunaux établis. Il y a
un temps pour la création du droit, le moment que parcourt L'Orestie
d'Eschyle et qu'affronte de nos jours la mal nommée "famille des Nations",
les Nations prétendument Unies. Le cowboy, pas plus bête ni primitif
qu'Oreste, est pareille obligé d'agir hors des lois pour que la loi
advienne. "Le nouveau western parvient à définir un tragique de l'histoire
en isolant l'instant où l'élaboration d'une civilisation échappe à l'épopée
collective sans encore paraître ***mécanique impersonnelle du progrès : moment
de vérité où les hommes semblent faire l'histoire, et savoir qu'ils la font"
(André Glucksmann, Le Western).

Ainsi, le cowboy est une première manière, euro-américaine, de fonder
l'ordre par la la loi et la loi sur une liberté individuelle qui fait face
au chaos. A l'opposé du cowboy fait face la figure, européenne, du despote
éclairé et de ses armées de fonctionnaires, qui a fasciné et fascine encore
toutes les élites du vieux continent...


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Vieux 04/06/2008, 17h55
julien vancraenbroeck
 
Messages: n/a
Par défaut Re: [Vies parelleles] Le Train Sifflera Trois Fois


"Yoki" <yokinospamtori***hotmail.com> a écrit dans le message de news:
eZg1k.85259$Ht.77862***newsfe05.ams2...
> X-No-Archive: Yes
>
>
> -------------------------------------------------------------------------------------------------------
> High Noon.
> Un classique des classiques, bien qu'un peu austère. Avec le mélodieux
> Cary Grant et la belle Grace Kelly.

================================================== =========
L'acteur n'était pas Cary Grant mais Gary Cooper . :-)
>
> Alors qu'il va devoir rendre son étoile de shérif, Will Kane apprend
> l'imminent retour en ville d'un homme qu'il avait jadis arrêté et qui,
> condamné à la pendaison, avait juré de se venger. Miller doit arriver par
> le train de midi. Kane décide de rester et tente de recruter des hommes.
> Mais, par lâcheté, intérêt, ou amitié pour le bandit, tous se dérobent.
> C'est donc seul qu'il devra livrer le combat...
>
> (Intro) http://fr.youtube.com/watch?v=QKLvKZ6nIiA
> (The climax) http://fr.youtube.com/watch?v=9pM39WyQYmE
> (Critique) http://www.dvdcritiques.com/critique....aspx?dvd=1945
>
> Gary Cooper, shérif sans troupes, assumant le silence des lois, sauvera la
> communauté malgré elle. Il joue perso. Qui m'aime me suive, et si personne
> ne m'aime...
>
>
>
>
> ---
> Note de lecture - Brèves réflexions sur le cowboy américain...
>
> François Furet a écrit : "L'Amérique est une nation d'hommes des villes à
> la conquête de la nature, court-circuitant l'interminable malédiction
> paysanne de l'Europe." (Préface à Tocqueville)
>
> Le cowboy incarne en effet un citoyen émancipé des hiérarchies et de
> l'ordre établi. Son indépassable Liberté trouble l'européen emberlificoté
> dans ses traditions ; cette liberté n'en apparait pas moins le plus pur
> produit de la civilisation européenne (le cowboy n'est pas l'enfant
> sauvage de la Nature). Lorsqu'un européen admoneste Washington, les
> "cowboys" américains, Ronald Reagan, Clinton ou Bush, l'image qui le
> rebute est celle d'un autre lui-même. En plus libre. Tant de proximité
> redouble son exaspération. Du coup, il tient le "citoyen-vacher" pour un
> alter ego diminué, puéril, qui ne peut séduire qu'un analphabète. La
> politique américaine, pense-t-il, se réduit au Western, ce genre de film
> pour les enfants mis en scène par des demeurés...
>
> Pareille réaction de rejet est ancienne. Générale. Elle date de
> l'Amérique. Elle date du cinéma. Transgressant les clivages électoraux et
> géographiques, elle resurgit périodiquement. Les Etats-Unis vivent en
> utopie, sans ennemi aux frontières, sans misère à l'intérieur, c'est un
> "pays de l'avenir" qui "ne nous intéresse pas ici" (Hegel, Leçons de la
> philosophie de l'Histoire), nous les "vieux Européens".
>
> Qu'est-ce qui nous permet de taxer d'immatûrité le cowboy ? Il n'a pas
> encore trouvé sa place. Et n'éprouve nul souci de se "caser". "Je suis un
> Aventurier", nous dit-il, comme sorti tout droit du chef-d'oeuvre absolu
> d'Anthony Mann ( http://www.dvdclassik.com/Critiques/dvd_farcountry.htm ).
> Il se déplace sans gêne dans un espace qui se prête à son errance, preuve
> s'il en faut pour nos yeux hégéliens de l'immatûrité de la société qui
> l'héroïse, où la "fin générale" n'est pas encore établie. Hegel dit encore
> de l'Amérique que sa liberté est celle d'une société bourgeoise où
> l'intérêt privé l'emporte sur l'intérêt général, tandis que les "folies"
> indivuelles, sensuelles et religieusesement sectaires se donnent libre
> cours.
>
> En deux siècles, le tableau dressé en Europe de l'Amérique n'a pas changé
> : le cowboy demeure le symbole d'une fausse liberté au service d'une
> licence effrénée.
>
> L'Européen, sérieux, lui oppose le modèle du fonctionnaire : celui-ci seul
> se dévoue à la chose publique, la Res Publica, et fait de l'intérêt
> général son intérêt particulier. Il agit pour la bonne cause. Il avance en
> terrain connu. L'Administration ou le Parti lui fournit un plan de
> campagne. Voilà des gens qui n'ont que mépris pour l'amateurisme du
> cavalier solitaire qui vaticine en pays inconnu à la merci de l'Inconnu,
> guidé par sa bonne étoile plutôt que par un Savoir infaillible.
>
> L'Européen s'imagine que si le cowboy est solitaire, c'est parce qu'il est
> ignorant. Il ne sait pas comment se conduire, il a tout à apprendre, des
> bienséances, des usages, codes, règlements, lois, décrets, pratiques. S'il
> s'écarte de la Loi, c'est parce qu'il manque de culture. Il faut donc le
> former, l'entourer, le guider, le conseiller. Mais qu'il ne s'avise pas de
> demander : qui éduque les "bons" éducateurs !? La réponse fusera :
> l'Europe est un continent de vieille culture, assagie par une longue
> expérience, qui a connu tant d'épreuves et d'aventures... L'Amérique,
> continent immatûre, n'a qu'à s'en inspirer ! "Et c'est un vieux pays, d'un
> vieux continent comme le mien, l'Europe, qui vous le dit aujourd'hui..."
>
> Pourtant, le devoir number one du cowboy n'est pas d'apprendre : c'est de
> survivre ! Le cowboy n'agit pas dans un monde où règne la Loi, mais dans
> un chaos où il faut l'inventer. Le héros de western affronte, comme le
> héros de la tragédie grecque, une situation pré-nomos, une situation de
> pré-droit. Les hellénistes distinguent ainsi la zone sans loi où
> l'individu doit se frayer une voie entre le sur-droit des furieux livrés à
> leur hybris et le sous-droit des faibles et des asservis. Les vertus les
> plus fondamentales se manifestent dans ces situations de pré-droit :
> courage, respect et retenue (aidôs), honneur. C'est sous l'égide de ces
> vertus pré-étatiques que s'établit la justice (dikê) et la loi politique.
> Il y a un temps pour la défense du droit, celui des sociétés stables, avec
> tribunaux établis. Il y a un temps pour la création du droit, le moment
> que parcourt L'Orestie d'Eschyle et qu'affronte de nos jours la mal nommée
> "famille des Nations", les Nations prétendument Unies. Le cowboy, pas plus
> bête ni primitif qu'Oreste, est pareille obligé d'agir hors des lois pour
> que la loi advienne. "Le nouveau western parvient à définir un tragique de
> l'histoire en isolant l'instant où l'élaboration d'une civilisation
> échappe à l'épopée collective sans encore paraître ***mécanique
> impersonnelle du progrès : moment de vérité où les hommes semblent faire
> l'histoire, et savoir qu'ils la font" (André Glucksmann, Le Western).
>
> Ainsi, le cowboy est une première manière, euro-américaine, de fonder
> l'ordre par la la loi et la loi sur une liberté individuelle qui fait face
> au chaos. A l'opposé du cowboy fait face la figure, européenne, du despote
> éclairé et de ses armées de fonctionnaires, qui a fasciné et fascine
> encore toutes les élites du vieux continent...
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