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Vieux 05/02/2012, 19h53
Zulu
 
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Par défaut Interview de Paul-Éric Blanrue à propos de son documentaire « Un Homme »

http://www.unhommefaurisson.com/interview.php

Questions à Paul-Éric Blanrue, réalisateur du documentaire « Un Homme »

(Par Rachid Guedjal pour Algerienetwork)

R.G. : Ton documentaire est axé sur une personne controversée : le
professeur Robert Faurisson. Suscitant la polémique à cause de ses
positions qui défraient la chronique, il a été diabolisé pendant des
décennies. Ton documentaire nous montre quelqu'un qui n'a rien à voir
avec le diable incarné qu'est Robert Faurisson aux yeux des médias
conventionnels. D'abord, quand et comment as-tu connu le professeur ?

Paul-Éric Blanrue : Au début des années 1990, après diverses expériences
de politique amusante (la question politique de la fin de ce cycle
historique n'a toujours été pour moi qu'un jeu, tant est loin la
possibilité d'un nouveau Regnum), me voici donnant des cours d'histoire
dans un lycée privé catho de Nancy. Pour me délasser, j'écris parfois
des articles dans une revue acrate française, un étrange trimestriel à
couverture orange se réclamant de la pensée de Max Stirner, L'Homme
libre. Son directeur est Marcel Renoulet, ancien secrétaire du pacifiste
Louis Lecoin, célèbre pour avoir organisé une grève de la faim ayant
permis d'obtenir un statut pour les objecteurs de conscience. J'y publie
à dates irrégulières divers articles, par exemple sur l'histoire du
mouvement libertaire. J'y réalise une interview de Marc-Edouard Nabe,
qui sera reprise plus tard dans son Coup d'épée dans l'eau, chez
Jean-Paul Bertrand. J'y évoque aussi mes activités zététiques dont le
Cercle éponyme vient d'être fondé à ce moment-là. Le Cercle zététique
(CZ) est présidé par le professeur Henri Broch de l'université de Nice,
et reçoit en force d'appoint l'illusionniste Gérard Faier, alias Majax,
le créateur quelque peu ringard de l'émission « Y a un truc ! » qui
avait fait les beaux jours de la télé française au milieu des années 70.
Le but du cercle est d'étudier les sujets extraordinaires, en sciences
et en histoire, avec toute la rigueur requise par la méthode
scientifique. L'époque est à la dérive conceptuelle post-moderniste,
qu'ont analysée Sokal et Bricmont dans Impostures intellectuelles, et
que René Guénon dénonçait déjà comme « âge parodique ». Nous sommes
soutenus par des gens de la gauche radicale comme le généticien
antiraciste Albert Jacquard ou l'ex-trotskiste pro-palestinien
Marcel-Francis Kahn, dont Serge Thion a montré les limites de la pensée
dans Une Allumette sur la banquise. C'est une époque marquée par
l'émission « Mystères » sur TF1, qui kärcherise à grandes eaux les
cerveaux ramollis de foules pétrifiées (rappelez-vous l'absurde
mystification de l'extraterrestre de Roswell) et par divers scandales
mettant en cause des guérisseurs de tiroir-caisse ou des gourous
libidineux qui confondent ashram et boîte à partouze.

Faurisson avait lu un de mes articles de promotion zététique et m'avait
envoyé en retour sa Réponse à Jean-Claude Pressac, opuscule auto-édité
et dédicacé à mon nom comme « essai de zététique ». Plus personne ne se
souvient de Pressac aujourd'hui : c'était un petit pharmacien de
banlieue sans compétence holocaustique ni formation historique.
Nazebroque honteux, il possédait à son domicile un buste d'Hitler placé
en haut d'un escalier qui conduisait à une chambre insonorisée où il
écoutait à pleins tubes de la musique militaire allemande. Il avait
voulu travailler avec Faurisson, mais celui-ci l'avait refoulé. Depuis,
Pressac lui vouait une haine tenace. C'était ce spécimen déliquescent
qui était devenu en deux temps, trois mouvements le deus ex machina de
la multinationale Klarsfeld and Co, qui allait enfin prouver au monde
l'existence des chambres à gaz ! En France, le fruit de cette coalition
nazioniste, aussi belle que « la rencontre fortuite sur une table de
dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie », comme eût dit
Lautréamont, avait été la parution de son livre aux éditions CNRS sous
le titre Les Crématoires d'Auschwitz. La Machinerie du meurtre de masse,
dans lequel ne figurait ni photographie ni plan de chambre à gaz. Or
personne n'avait bien entendu jamais nié l'existence des crématoires ! A
lui seul le titre de l'ouvrage trahissait l'embarras de l'empoté potard.

Amusé par les flèches que Faurisson lui décochait avec habileté et une
franche bonne humeur, j'ai aussitôt répondu à ce professeur de
l'université de Lyon placardé dans l'Enseignement à distance parce que
la Faculté ne pouvait assurer sa sécurité mise en péril par les gros
bras des associations juives. Nous prîmes rendez-vous durant les grandes
vacances d'été. À mon retour de Cannes, je ne vous cache pas que je
craignais de tomber sur un universitaire bouché à l'émeri, inapte au
dialogue et ancré dans ses certitudes d'amphithéâtre. Au fil d'un
déjeuner pris sur les bords de l'Allier, mes idées préconçues se
dissipèrent bien vite. Mon hôte me fit part de sa volonté d'adhérer au
Cercle zététique, dont il partageait les idées essentielles (en
histoire, ce sont celles que l'on trouve dans le volume de la Pléiade
consacré à la Méthode historique). Mais il me précisait qu'il désirait
que son nom n'y apparût pas, afin de ne pas torpiller l'association.
Quelque temps auparavant, Faurisson avait été membre de l'Union des
athées et son adhésion s'était terminée par un scandale : divers membres
avaient rendu leur carte, le président avait failli démissionner, etc.
Le professeur voulait éviter que l'expérience funeste se renouvelât. Le
bureau du CZ accepta sa requête et on l'affubla d'un plaisant pseudonyme
pour le glisser dans la liste officielle des nouveaux membres.

Je dois à la vérité de dire que d'autres révisionnistes discrets et de
moindre importance faisaient déjà partie de notre association, avant et
après cette apparition de Faurisson par l'entrée des artistes, et cela
sans poser de problème aux échelons supérieurs. Je connaissais de mon
côté les travaux révisionnistes depuis qu'un certain Pascal-Bernard,
proche de François G., devenu par la suite député-maire pour le parti
présidentiel d'une commune en Moselle (comme quoi tout est possible,
comme dit Sarkozy) m'avait mis dans les mains le numéro 1 des Annales
d'histoire révisionniste, qu'on achetait alors en kiosque (c'est vous
dire le changement d'époque !). La Vieille Taupe, qui éditait cette
revue, était dirigée par Pierre Guillaume, dont je fis la connaissance
durant ces mêmes années ; il était un ancien de "Socialisme ou
Barbarie", groupe proche du situationniste Guy Debord.

J'avais toujours été scandalisé par le sort que réservait aux
révisionnistes, selon la formule de Bernanos, « l'universelle complicité
des lâches ».

Comme le Cercle zététique était une organisation se déclarant sans
préjugés ni dogme, j'ai alors pensé que, peut-être, nous pourrions
débattre, en interne pour commencer, de la question des chambres à gaz
et du génocide juif, à l'image de ce qui avait eu lieu aux États-Unis
dans des associations sceptiques de gauche, sous l'égide de modérateurs
d'origine juive, pour éviter tout dérapage intempestif. Hélas cette
tentative s'est révélée impossible de ce côté-ci de l'Atlantique.
Affolés, certains de nos membres (notre meilleur spécialiste des ovnis
en tête) sont allés jusqu'à me dire que, quoi qu'il se fût passé (ou
non) durant la Seconde Guerre mondiale, ils ne voulaient pas en être
informés, inventant ainsi une nouvelle branche de la zététique : la
zététique de l'autruche ! D'autres, dans leurs barbes de syndicalistes
du secondaire, marmonnaient que, si par le plus grand des hasards
Faurisson avait raison sur quelque point de détail, notre travail
amorcerait la remontée de l'antisémitisme dans le pays, phénomène
désastreux qu'il fallait à tout prix empêcher. Bref, au Cercle
zététique, la pieuse fraude que nos bons laïques dénonçaient avec fracas
dans le cas du Suaire de Turin ne semblait plus les déranger quand il
s'agissait du cœur de la nouvelle religion mondiale. La question de
l'existence de Jésus, que j'avais posée sur le site du Cercle zététique,
ne faisait pas davantage scandale dans nos troupes. Le reste, il n'y
fallait point songer. Jésus n'a pas existé ? Doutons ! Les chambres à
gaz ont-elles existé ? En prison ! Instructif.

Les cris de vieilles pucelles hystériques poussés par certains membres
du CZ devant cette proposition de débat n'avaient bien entendu rien de
zététique, puisque ces gens refusaient de prendre connaissance des
arguments révisionnistes, ne fût-ce que pour avoir à les réfuter
ensuite. On pouvait difficilement aller plus loin dans l'autocensure et
la bêtise.

Loin de cette chienlit zététique, que je décidai d'ignorer, j'ai, de mon
propre chef, engagé une enquête sur le professeur Faurisson. Je voulais
le tester personnellement, à la façon dont j'expertisais voyants voyous
et médiums véreux ou que je visitais des maisons hantées, l'une de mes
spécialités au sein du CZ. Etait-il un habile imposteur comme
l'Israélien Uri Geller, qui jurait tordre les petites cuillers par la
seule force de sa pensée d'élu de Yahvé ? À la suite de ma première
rencontre avec Faurisson, je pris le train de nombreuses fois pour
Vichy, pour passer au tamis l'Absolu Salaud. Vichy : la ville où,
rappelons-le, la Bête en question résidait non pas en vertu d'un
quelconque attrait morbide pour le pétainisme, comme le clabaudent les
partisans de Claude Lanzmann, mais parce qu'il y avait été nommé par le
ministère de l'Education nationale et qu'il y avait pris racine…

Chemin faisant, je n'ai cessé d'être bluffé par son sérieux, son courage
et sa façon très méthodique de travailler. Sa rengaine, lors de notre
premier entretien, avait été : « Ne vous lancez pas dans le
révisionnisme ! C'est un suicide lent ! ». Je voyais bien la répression
s'abattre sur les troupes révisionnistes du monde entier. Mais je
n'étais pas convaincu que je resterais étranger à cette aventure. Car
pour moi être révisionniste, c'était déjà, dans un premier temps,
vérifier les thèses du Diable, les contester, tenter d'en percevoir les
failles. C'était, pour commencer, lire et étudier tous les travaux de
l'école révisionniste !

Mes rapports avec Faurisson se firent plus proches et nos
correspondances plus fréquentes. Nos esprits se combinaient à merveille.
Je ne manquais ses procès devant la XVIIe Chambre pour rien au monde,
puisqu'enfin ses adversaires tentaient de le contredire face à face. Sa
ténacité à toute épreuve, ses arguments ultra-référencés, tout comblait
mes attentes.

Je me dois de témoigner que depuis bientôt vingt ans que je le
fréquente, je n'ai jamais surpris Faurisson en flagrant délit de fraude
ou de mensonge. S'il a parfois un fichu caractère, il est le premier à
regretter la légère erreur qu'il peut commettre dans un article et il
astreint ses proches à traquer ses coquilles, l'une après l'autre, comme
un jardinier chasse les doryphores de son potager. Faurisson, c'est le
perfectionniste né, le Glenn Gould de l'Holocauste ! Un arrêt méconnu de
la cour d'appel de Paris du 26 avril 1983 prononce d'ailleurs qu'il
n'est pas « permis d'affirmer, eu égard à la nature des études
auxquelles il s'est livré, qu'il a écarté les témoignages par légèreté
ou négligence, ou délibérément choisi de les ignorer ; qu'en outre
personne ne peut en l'état le convaincre de mensonge lorsqu'il énumère
les multiples documents qu'il affirme avoir étudiés et les organismes
auprès desquels il aurait enquêté pendant plus de quatorze ans ; que la
valeur des conclusions défendues par M. Faurisson relève donc de la
seule appréciation des experts, des historiens et du public ». C'était
sept ans avant la loi Gayssot (promulguée le 14 juillet 1990), laquelle
punit désormais les révisionnistes comme s'abat le couperet de la
guillotine, sans bavures et sans se préoccuper des faits mais en
remplissant la tâche infamante que l'Assemblée nationale a confiée aux
magistrats : censurer l'esprit, brider la recherche.

C'est ainsi qu'après bien des années j'ai été la mystérieuse personne
qui, un soir, au Théâtre de la Main d'Or, a présenté Faurisson à
Dieudonné, créant indirectement par la suite l'incident du Zénith. Je ne
suis pas peu fier d'y avoir contribué car ce sketch aux trois-quarts
improvisé a fait éclater au grand jour la mauvaise foi des prétendus
défenseurs de la liberté d'expression, qui ne sont que l'un des masques
portés par les professionnels de la délation. Bien mieux, ce happening a
été profitable à la liberté de parole, car grâce au défenseur de
Faurisson, Maître John *******i Daumont, l'avocat le plus courageux de
France (le faux sulfureux Vergès n'est qu'un joueur de billes à côté de
lui !), l'apologie de révisionnisme n'existe pas dans la jurisprudence
française. *******i Daumont a mis le doigt sur les contradictions du
code, soulignant une schizophrénie juridique totale : imaginez-vous
qu'il est légal d'écrire sur vos T-shirt, casquette, mug ou pin's : «
Faurisson a raison ! » ou « Je suis révisionniste ! », mais que vous
n'avez pas le droit de spécifier pourquoi Faurisson serait dans le vrai
ni en quoi consiste l'objet du débat ! Sainte-Anne, priez pour nous ! En
faisant relaxer Faurisson, *******i a obtenu une jurisprudence actée et
définitive, qui nous octroie désormais un peu plus de liberté et
d'aisance dans nos propos.

R.G. : Quand l'idée du documentaire t'est-elle venue ?

Paul-Éric Blanrue : Il y a environ un an. L'idée était d'abord d'écrire
un livre autour de Faurisson. Je m'en étais ouvert à un ami de l'éditeur
Jean-Paul Enthoven, de Grasset, qui m'avait proposé de me présenter à
Philippe Sollers, lequel, me disait-il, serait peut-être intéressé de
publier un livre de ce genre dans la collection L'Infini qu'il dirige
chez Gallimard. Après le succès des Bienveillantes de Jonathan Littell,
ouvrage que j'avais analysé dans Les Malveillantes aux éditions Scali,
la voie était ouverte pour une telle expérience littéraire. Mais avec le
Vénitien Sollers, rencontré au Montalembert devant un verre de J&B, la
question ne fut pas abordée… Et puis, plus je relisais l'ouvrage de
François Brigneau sur le sujet (Mais qui est donc le professeur
Faurisson ?), plus je me rendais compte que la petite biographie qu'il
avait brossée du prof ne nécessitait pas de grands ajustements.

Au même moment, j'avais conçu l'idée de réaliser un reportage sur
l'affaire Vincent Reynouard, alors condamné à un an de prison pour une
brochure sur « l'Holocauste » de seize pages de photos et croquis. Je
voulais la traiter en la comparant à l'affaire du sioniste *********
Maurice Gutman, membre du CRIF et webmestre du site du Yad
Vashem-France, qui avait été coincé par des journalistes en train de
draguer sur le net ce qu'il croyait être une petite fille. Lui, il
n'avait été condamné qu'à deux mois de prison avec sursis ! Mais il
m'était difficile d'obtenir des images de cette ordure, qui se cachait
et que sa communauté surprotégeait. J'ai donc décidé de changer mon
fusil d'épaule. Depuis le Zénith, beaucoup de gens, surtout des jeunes
issus de la génération Internet, se demandaient qui était ce grand-père
plein d'humour qui se sentait « Palestinien en France » et que les
médias n'interrogeaient jamais bien qu'il fût professeur d'université,
agrégé des lettres et docteur ès lettres et sciences humaines. Jamais
cet homme n'avait bénéficié du plus petit débat à la télé française ! Et
des débats, il y en avait eu des milliers, sur tout et sur rien, et
surtout sur rien : j'avais moi-même participé à plusieurs dizaines de
débats dans des émissions spectaculaires et sans intérêt de Dechavanne,
Delarue, Ardisson et autres Wermus ! Michel Polac avait bien invité
Faurisson, avant le scandale des chambres à gaz, au temps du noir et
blanc, pour venir parler de sa thèse sur Lautréamont. Le 19 avril 1979,
à Lugano, invité par la Télévision suisse italienne, Faurisson avait
participé à un débat sur « l'Holocauste » : il avait si manifestement
terrassé ses quatre opposants (deux historiens et deux anciennes
déportées, dont l'une d'Auschwitz) qu'aujourd'hui encore la diffusion
publique du débat reste strictement interdite ! (Faurisson lui-même
s'est encore vu notifier cette interdiction le 3 septembre 2009, soit
trente ans après l'émission !). Le 17 décembre 1980, Ivan Levaï se
trouva contraint de lui accorder une sorte de droit de réponse sur les
ondes d'Europe 1 : le résultat en fut tel que le journaliste a bien
voulu admettre par la suite que, s'il avait commis une erreur dans sa
carrière, c'était d'avoir un jour invité Faurisson. Depuis cette date,
rien, néant. Avait-on peur que le Salaud convainque l'auditoire en lui
fournissant deux ou trois exemples qui feraient éclater la thèse
orthodoxe ? C'était comme si. Le cachant aux yeux de l'opinion
manipulée, on nous montrait toujours les mêmes grands inquisiteurs qui
le brocardaient, l'insultaient, le dépeignaient comme un monstre sans
foi ni loi digne du boucher dément de Massacre à la tronçonneuse. Vous
vouliez le connaître ? On sortait du chapeau son pire ennemi, saint
Pierre Vidal-Naquet, qui le présentait comme un fou antisémite, un
psychopathe jouissant la bave aux lèvres des tortures infligées aux
juifs, tortures qu'il se permettait de nier pour jouir plus intensément
encore, un super néo-nazi qui passait sa vie à retuer les morts, et qui
n'avait d'ailleurs aucune légitimité à parler du dossier des chambres à
gaz puisqu'il ne s'occupait que de littérature. On ne nous précisait pas
que Vidal-Naquet était prof d'histoire de la Grèce antique et non de
l'Allemagne des années 1930-40, tandis que Faurisson, lui, s'était
spécialisé dans la « Critique de textes et de documents », toutes
époques confondues ! Vidal-Naquet avait démontré une fois pour toutes à
quel point son esprit critique était en berne lorsqu'il avait soutenu le
violeur Luc Tangorre, dont il avait juré l'innocence dans tous les
médias avant que celui-ci ne récidive et ne prouve sa culpabilité. Mais
personne n'avait le courage de rabattre le caquet de Naquet.

Bref, grâce à cette censure et à ces méthodes, le nom de Faurisson est
associé au génocide des juifs comme s'il avait été le commanditaire et
l'organisateur du crime des crimes, alors qu'il ne conteste pas la
réalité des déportations ni l'existence des fours crématoires ni la
répression antijuive du régime hitlérien ; il appelle notre attention
sur les inventions mensongères de la propagande de guerre qui sont
devenues des articles de foi. Il se situe par là dans la tradition de
Jean Norton Cru ou d'Arthur Ponsonby qui ont été les révisionnistes de
la Première Guerre mondiale, à l'époque où l'on faisait croire à
l'opinion publique chauffée à blanc par un patriotisme de roulements de
tambour qu'en Belgique « les sales Boches » avaient coupé les mains de
petits enfants. Pour la Seconde Guerre mondiale, Faurisson a repris
l'état du dossier où l'avait laissé à sa mort, en 1967, le déporté
socialiste Paul Rassinier. Ce dernier, qui avait été interné à
Buchenwald et à Dora en raison de son activité dans la Résistance, fut
le premier critique légitime de l'image que la presse donnait des camps.
Au lieu d'aller demander à la LICRA ce qu'elle pensait de Faurisson,
j'ai donc décidé de le laisser parler lui-même de son parcours et de son
travail.

R.G. : Combien de temps de préparation t'a-t-il fallu et que penses-tu
du résultat ?

Paul-Éric Blanrue : J'ai beaucoup travaillé sur ce sujet parce que je
suis un homme de l'écrit et non de l'image. J'ai dû tout apprendre, le
maniement d'une caméra, la prise de son, le montage, etc. Je me suis
formé sur le tas. J'ai bien conscience que la forme obtenue est
imparfaite, mais il fallait absolument réaliser un tel documentaire du
vivant de Faurisson, qui a 82 ans. Comme personne ne semblait prêt à s'y
risquer, j'ai pris le taureau par les cornes. La forme en tant que telle
m'importe peu. Quand Dominique de Roux va filmer sur le transat de son
jardin le plus grand poète du XXe siècle, le vieil Ezra Pound, il ne
parvient à obtenir de ce dernier que de vagues propos énoncés à grand
peine mais, même si parfois l'image se brouille et que le son est coupé,
entendre de petits bouts de phrases prononcées par Pound reste un
plaisir sans égal, qui écrase l'impression déplaisante de tous les
discours que Jacques Attali a pu prononcer depuis sa naissance. Alors au
diable les puristes ! Je n'ai pas voulu réaliser un film esthétisant,
mais quelque chose qui ressemble à « Ceux de chez nous » de Sacha
Guitry, où l'on voit Rodin ou Auguste Renoir en plein travail. Mon
ambition a été de mettre en bobine la personnalité qui a été la plus
haïe par l'opinion médiatique depuis 40 ans et que nul n'a jamais pensé
à laisser parler librement. Ce reportage est donc réalisé pour
l'histoire. Avec les défauts inhérents aux prises rapides, très
exactement comme l'INA a organisé ses Archives du XXe siècle où les
intervenants, parmi les plus prestigieux artistes et intellectuels du
temps, sont parfois coupés par un clap inopportun et où des techniciens
débarquant à l'improviste viennent mettre un peu d'anarchie dans
l'organisation de la scène. L'importance d'un tel document, c'est qu'il
existe. Qu'il existe pour montrer qui est Faurisson, comment il parle,
réfléchit, raisonne, démontre. C'est seulement en lui donnant la parole
longtemps, en le laissant s'exprimer sans le couper à tout instant que
l'on parvient à saisir sa personnalité.

R.G. : Quelle a été ton approche pour réaliser ce documentaire?

Paul-Éric Blanrue : Je me suis rendu chez lui durant quelques jours,
avec un plan à peine préétabli. J'avais quelques thèmes en tête, dont je
lui avais parlé au téléphone, c'est tout. Rien n'était réellement
préparé. Je voulais lui faire dire des choses qu'il n'avait pas
exprimées auparavant. J'escomptais qu'il évoquerait sa jeunesse, la
politique, sujets dont il se tient éloigné. Je crois que je n'ai pas
trop mal réussi mon affaire. Quand il dit « je suis centriste », par
exemple, ce n'est pas du tout son genre. Il est certain que seule une
personne en laquelle il avait confiance pouvait réaliser un tel
document. L'écueil eût été qu'il se ferme comme une huître. C'est l'une
des heureuses surprises de ce film : Faurisson a abordé de lui-même,
parce qu'il se sentait à l'aise, des sujets dont il n'aurait jamais
parlé autrement. Je dois signaler tout de même que sur de nombreux
autres sujets annexes (son enfance, sa vie à Vichy, son jugement sur
Pétain, ses rencontres avec d'autres révisionnistes, etc.), je détiens
encore plus de cinq heures de rushes ! Si un jour nous réalisons un DVD
complet, nous y intégrerons tous ces bonus. Ce sera un gros travail et
il va de soi que nous ne pourrons pas, cette fois, le lancer
gratuitement sur Internet. Si des professionnels du DVD nous lisent,
qu'ils se mettent en rapport avec nous pour, cette fois, lancer une
vidéo de près de sept heures !

R.G. : Ce document est en libre diffusion. Dans quel but l'as-tu réalisé?

Paul-Éric Blanrue : Pour montrer qui est le vrai Faurisson : un homme à
la fois simple et héroïque, qui parle de ses découvertes sans haine ni
violence, avec sérénité et humour, en n'insultant personne. Saviez-vous
que c'est lui qui, le 19 mars 1976, a découvert les plans des
crématoires d'Auschwitz, des plans qu'on nous cachait depuis 1945 ? Ce
n'est pas anodin, n'est-ce pas, puisqu'Auschwitz est censé être au cœur
de « la machinerie du meurtre de masse nazi ». Écoutez et lisez tout ce
qu'on a dit de Faurisson - et ensuite passez-vous le documentaire que je
vous propose ! La différence vous sautera aux yeux ! Comme disait
Nietzsche à propos de Montaigne : « On est heureux à la pensée qu'un tel
homme a existé. »

R.G. : Vu que ton documentaire est un clair défi à la loi Gayssot et à
ses défenseurs tous hauts placés dans le gouvernement français,
penses-tu ces derniers capables d'en entraver la diffusion ?

Paul-Éric Blanrue : Ils sont capables de tout, mais l'avenir seul dira
ce qu'ils en auront fait. Je ne risque jamais de prophétie, mais je me
tiens prêt à tout, quoi qu'il arrive. Je sais d'avance que sur ce
terrain rien ne me sera jamais pardonné par ceux qui ont tout à perdre à
ce que des vérités soient dites. Comme Lucien Guitry avait l'habitude de
dire à son fils : « Foutons-nous de ça ! »

R.G. : Comme le montre le documentaire, certains révisionnistes ont été
victimes d'agressions et il semblerait, selon les dires de Robert
Faurisson, que la police ne montre pas trop de zèle à appréhender les
coupables : avez-vous des craintes pour votre sécurité, Robert et toi ?

Paul-Éric Blanrue : Je n'ai jamais vécu dans la crainte et ce n'est pas
aujourd'hui que ça va commencer. La crainte est de toute façon effacée
préalablement par le geste lui-même. Un hadith dit : « Dieu n'a rien
créé qu'il aime mieux que l'émancipation des esclaves… ». Ce que j'ai
fait, c'est pour que les gens s'émancipent du principe destructeur de la
Matrix et se déconditionnent des pensées qui polluent leurs esprits. Je
pense comme Evola que « seul un changement d'attitude, seule une
véritable metanoïa est le moyen efficace si l'on veut concevoir l'arrêt
de la pente ». En faisant don de ce document aux internautes (car je
rappelle qu'il est diffusé gratuitement sur le net), je vis en paix avec
moi-même. Il m'était impossible de vivre sans montrer ce que j'avais vu
et connu, quoi qu'il m'en coûte. J'ai toujours pris au sérieux les héros
d'Alexandre Dumas, de Cervantès et de Walter Scott, ceux qui se
consument avec la flamme qu'ils ont au fond d'eux-mêmes. J'ai fait
mienne la formule : « Se porter, non là où l'on se défend, mais là où
l'on attaque. » Mon Excalibur, je ne l'ai pas gagnée dans un jeu vidéo
en me battant contre une hydre virtuelle. Je me bats dans la vie
concrète contre de vrais salopards, pas dans l'imaginaire, ni dans un
roman écrit par un autre. Je peux me regarder dans un miroir sans
baisser les yeux. Que rêver de mieux, en fin de compte ?

R.G. : Un mot pour finir ?

Paul-Éric Blanrue : Oui, celui de Nietzsche à son amie, la wagnérienne
et féministe Malwida von Meysenbug, en date du 25 octobre 1874, qui
correspond en tous points à ce que j'accomplis en ce moment : « Par
chance je suis dépourvu de toute ambition politique ou sociale, en sorte
que je n'ai à craindre aucun danger de ce côté-là, rien qui me retienne,
rien qui me force à des transactions et à des ménagements ; bref j'ai le
droit de dire tout haut ce que je pense, et je veux une bonne fois
tenter l'épreuve qui fera voir jusqu'à quel point nos semblables, si
fiers de leur liberté de pensée, supportent de libres pensées. »

R.G. : Merci d'avoir répondu à nos questions.

(Un grand merci à Salim Bouterfas, Louis-Egoïne de Large et Nejmeddine
Bauche pour leur aide précieuse)

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