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| Voici le genre de courrier trash que je reçois dans ma boîte aux lettres !!!!! Réflexions psychanalytiques Par Jacques Janssens http://users.skynet.be/psychanalyse/ Chers amis, et connaissances dont l’adresse email a atterri un jour dans mon ordinateur, j’écris de temps à autre un « mot » électronique, je vous l’enverrai chaque fois dans votre boîte email, sauf si cela vous importune, auquel cas dites-le moi. Si vous le souhaitez, je peux l'envoyer à l’une ou l’autre de vos relations, cela m’intéresserade lire leurs commentaires et les vôtres. Si vous désirez recevoir la version “Word” des mots je me ferai un plaisir de vous les envoyer. Isaïe 53 au risque de la psychanalyse. La lecture avec quelques amis d’un texte du prophète Isaïe tiré de la Bible, (texte que vous trouverez à la fin de ce mail), m’a mené à quelques réflexions, je vous les livre. Ce texte parle de Dieu, de son serviteur, de sa souffrance et du rachat des fautes d’autrui par les souffrances de ce serviteur. Il me semble que ce texte fait le lien entre une réalité physique et psychique humaine : la souffrance, et son rôle dans la déculpabilisation, tant vis-à-vis de soi, que vis-à-vis de la société ou que vis-à-vis de Dieu. Le maintien de l’unité par la peur Les hommes qui vivent ensemble élaborent des lois, des règles, une morale commune, tout cela définit, pour faire très court, ce qui constitue le bien et mal. Nous pouvons observer encore aujourd’hui cette élaboration dans la constitution des "groupes", des bandes d'enfants ou d’adolescents qui intègrent mal ou ne supportent pas la bêtise ou l'hypocrisie parentale et collective qu'il observent, et qui élaborent un code de conduite qui les distingues, qui les soude, et qui se surimpose à celui de la société parentale. Ce lien entre les membres est une humanisation des pulsions, principalement de la pulsion de destruction mais aussi de la pulsion sexuelle et de la pulsion d’appropriation, c’est le « tu ne tueras point » individuel qui soumet la pulsion de destruction à la loi commune, les membres de la communauté en retirent un avantage que constitue l'appartenance à une société, mais sont soumis à elle premièrement par la peur. En effet, lorsqu'un des membres transgresse la lois, celle de la société comme celle des "groupes", une sanction s'applique, précisément par la punition, qui libère la pulsion de destruction de son interdit et l'applique à qui transgresse la loi, à qui se révolte contre elle, cette punition est proportionnelle à la faute, elle peut permettre le rachat du fautif si la faute est mineure, mais elle peut provoquer l'exclusion, voire sa mort, si la faute est importante. Cette punition est une garantie de l'unité du "groupe", dans la soumission à la loi par la peur, et pas par sa seule acceptation, puisque même lorsqu’elle n’est pas acceptée, il suffit que la personne lui soit soumise. Seulement voilà, l'homme apprend la loi, et il l’apprend d’abord dans sa cellule familiale, et l’apprentissage de cette soumission à la loi se fait par la soumission à celle des parents d’abord, qui est le reflet de la loi de la société, or, envers les parents se développent des sentiments d'attachement, d'amour, de dépendance vitale, ainsi le respect de la loi devient source d'appréciation, d'estime, d'amour des parents. Elle devient "le bien" lorsque cette loi est introjectée, c'est à dire lorsqu'elle devient inconsciente, lorsqu’elle conditionne le comportement de l’individu, il se constitue alors ce que nous appelons le surmoi. Le respect inconscient à ce surmoi, (le moi obéit au surmoi), alors même que les parents ont disparus, procure le même sentiment de satisfaction, d'être bon, d’être juste, et son non respect celui d'être mauvais, d'être injuste, coupable, d'être coupé du groupe, coupé de la société, et de mériter un châtiment, c’est le sentiment de culpabilité.(bien sûr ce sentiment de mériter un châtiment dépend de la sévérité des éducateurs et du surmoi plusou moins tyrannique qu’ils ont engendré), c'est ce sentiment qui, lorsqu'il est puissant, provoque des auto-punitions diverses, besoins d'échec, dépressions, scarifications, sacrifices, mutilations etc.. L’unité se fait alors autant par l’existence d’une loi commune consciente que par la soumission au surmoi, qui dans la mesure où il est partagé par la collectivité peut être appelé surmoi collectif, mais cette soumission se fait toujours par la crainte. Dieu, lieu de toutes les projections Cet ensemble de lois et de règles introjectées est facilement perçu comme issu d'un dieu ou de Dieu, (je pense évidemment aux Tables de la loi, mais aussi à tout l’Ancien testament) c'est à dire résultant de forces qui nous dépassent, qui s'imposent à nous de l'extérieur ; ce qui en soi est exact, en effet les pulsions humaines (pulsion de vie, pulsion de destruction, pulsion sexuelle) n'ont pas été crées par l'homme, elles appartiennent à l'animal humain, et leur gestion s'est en quelque sorte imposée à lui sous différentes formes, différents modes de vies, différentes cultures, toutes différences qu’il ne contrôle pas non plus, résultantes elles-mêmes d'une multitude de facteurs. L'humain, l'homme, se bâti à partir de leur gestion, et lorsque cette gestion est fructueuse, elle est aisément considérée comme celle qui plait à Dieu, comme sacrée, comme "bénie" de Dieu, et celui qui la respecte, ou le peuple qui la respecte est considéré comme "serviteur" de Dieu. Notez que je ne dis pas ici que Dieu est une création humaine, non, je dis que l'homme peut imaginer que les règles de vie commune qu'il a élaborées et qui lui sont favorables, sont issues de Dieu, nous dirons qu’au minimum il est inévitable que les textes inspirés soient porteurs de projections humaines sur Dieu, sans préjuger évidemment qu’il s’agisse ou non de textes réellement inspirés, et s’ils sont inspirés ils peuvent l’être autant comme une perception d’un encouragement divin au chemin pris par les hommes que comme une inspiration du chemin lui-même. La punition humaine introjectée. Quoi de plus naturel dès lors, que l’homme projette également sur Dieu l'exigence du châtiment qui accompagne le non respect de ces règles de vie, de ces lois, c'est notamment au travers de telles projections que Dieu peut être vu, perçu comme un Dieu qui punit, menace, terrorise, et promet la punition à ceux qui ne respectent pas la loi, Sa loi, à laquelle il est partiellement identifié. Cependant, cette loi est ce qui permet de bonnes relations entre les hommes, elle est l'humanisation de nos pulsions, notamment la répression et le refoulement de notre pulsion de destruction, elle est le terreau indispensable dans lequel peut naître et grandir l'amour. Mais revenons à la punition: le sentiment de culpabilité issus de l'inconscient à cause de la transgression de la loi introjectée, c'est- à-dire du surmoi, ce sentiment est également ressenti vis à vis du Dieu auquel la loi est identifiée, et lorsque Sa loi est transgressée, la sanction humaine, le bannissement ou la souffrance est projetée comme exigée de Lui, et comme pour les hommes, seule une punition, une souffrance, un sacrifice, peut racheter la "faute" et rétablir l'alliance avec la communauté soudée par la loi, ou par le dieu-loi. Remarquons que dans ce système de pensée, toute souffrance peut devenir une punition infligée (par dieu) pour une "faute", il reste des traces de cette pensée dans l'expression: "mais qu'est-ce que j'ai fait (au bon dieu) pour mériter ça ?" que l'on peut encore entendre suite à une souffrance, à un malheur, à une maladie. Notons que cela peut alors constituer un obstacle inconscient à la liquidation du sentiment de malheur ou à la guérison d’une maladie. Cela se constate aussi lorsque certaines personnes frappées par le malheur se mettent à devenir méchantes, vindicatives, voire cruelles, leur souffrance devenant inconsciemment le prix payé pour laisser leur pulsion de destruction jusque là refoulée sous peine de punition, à s'exprimer ; la punition de cette transgression étant en quelque sorte payée à l'avance. La punition humaine projetée sur Dieu. Nous voyons aussi dans le texte d’Isaïe ci-dessous, que la faute en question est la révolte, « et avec les révoltés, il a été compté, et lui, le péché de beaucoup, il porta et pour leurs révoltes il s’interpose » Is 53,12. C’est comparable à ce qu’on observe en analyse où la révolte contre un surmoi trop dur, trop sévère, provoque une culpabilité d'autant plus grande que la loi du surmoi est rigide, culpabilité qui peut provoquer si l'on n'y prend garde, c'est à dire si on ne déculpabilise pas l’analysant, un besoin inconscient de punition qui peut entraîner accidents, faillites, ou autres mises en échec. Cette déculpabilisation se fait par le jeu du transfert positif où la culpabilité est portée par l'analyste, projeté comme l’acteur de la révolte et qui d'ailleurs se fait payer pour cela, comme un mercenaire. Lorsque le « moi » est amené par l'analyste à affronter ce qui inconsciemment l'empêche de vivre (d'avoir le droit de vivre, d'avoir de l'estime pour soi, de ne pas considérer la sexualité comme sale, de se sentir aimable, etc.), ce moi est "coupable", il ne fait pas ce qui est demandé, exigé impérativement par l’inconscient, par le surmoi. Par contre, lorsqu'il résiste, c'est à dire lorsque dans l'analyse, il essaie de détourner l'attention de l'analyste, de le séduire, de l'amadouer en se plaignant, ou de dévaloriser ce qu'il dit en se moquant de lui, il se montre allié du surmoi tandis que l'analyste en est l'ennemi. Dès lors le moi reste le défenseur du surmoi et échappe à la culpabilité qui à ses yeux est portée par l'analyste; lorsqu'il finit par se rallier au point de vue de l'analyste, c'est l'analyste qui reste encore le premier responsable, le premier « coupable », puisque le moi de l'analysant ne fait « que » se rallier, il n'est « que » complice, mais porte tout de même déjà une partie de la culpabilité, c'est la raison pour laquelle l'analyste doit s'efforcer d'amener peu à peu l'analysant à être proactif, c'est à dire à prendre ses responsabilités, à oser affronter le surmoi par lui même, à prendre l'initiative de le combattre, à dépasser sa culpabilité. Ce besoin de déculpabilisation nous le retrouvons dans ce texte d'Isaïe qui rend le « serviteur » porteur de la culpabilité, en effet nous lisons : « nous, nous l’estimions touché, frappé par Dieu et humilié » Is 53,4 qui indique qu’au départ il y a une souffrance que l’homme inconsciemment suppose être un châtiment Divin, mais qu’ensuite il voit dans cette souffrance de l’autre le rachat de ses propres fautes : « Et lui, il était transpercé par nos révoltes, il était écrasé par nos fautes, la sanction de notre paix, sur lui et par ses blessures nous sommes guéris» Is 53,5 remarquons aussi que ce rachat ne peut se faire que par un innocent, sinon il payerait pour ses propres fautes. « innocent mon serviteur » Is 53,11 Cette déculpabilisation par la souffrance d’autrui est assez présente dans le psychisme humain, cela se passe par exemple dans certaines névroses familiales où le malheur qui s'abat sur l'un de ses membres soulage toute la famille, ou bien lorsque lorsqu'un de ses membres devient carrément le bouc émissaire des autres, là aussi c’est généralement le plus innocent, le plus sensible à qui échoit ce rôle. Comme le dit le proverbe : « le malheur des uns fait le bonheur des autres », cette déculpabilisation est latente dans la passion mise à compter les victimes innocentes d’accidents d’avions, de tsunamis, de tremblement de terre, d’inondations, de génocides. Le texte d’Isaïe va évidemment plus loin puisque le serviteur ira jusqu’à mourir pour sortir l’homme de sa culpabilité vis-à-vis de Dieu, comme s’il lui était impossible de concevoir le pardon de cette révolte sans qu’il y ait la souffrance nécessaire à « la sanction de notre paix » Is 53,5 Ce serait en effet passer outre la projection sur Dieu du besoin humain de punition, ce qui est affirmé dans : « YHWH (Dieu) s’est plu, à l’anéantir » Is 52,10, comme si Dieu était animé, comme les hommes, par une pulsion de destruction. Nous pouvons dès lors comprendre combien, pour le croyant, il est difficile dans l'ancien testament, de séparer ce qui est inspiré de Dieu de ce qui est projection humaine, et combien il est facile, pour l'athée de n'y voir que de la projection humaine. La fin de la punition et le maintien de l’unité par l’amour. Bien sûr nous pouvons voir dans ce texte une préfiguration du Christ rédempteur, mais là pour le chrétien, l’incarnation c'est la fin de la projection, ce n’est plus l’homme qui projette son besoin de punition sur Dieu, c’est Dieu qui délivre l’homme de son besoin de punition, mais ça, c’est une autre histoire ..... Jacques Janssens Voici traduit au mot à mot, (ce qui diminue le risque de projection humaine et culturelle dans la traduction) par mon ami, le père Jacques Vermeylen, le passage d’Isaïe que je tente de commenter. Isaïe 52 13. Voici: il réussira. Mon serviteur, il montera et il sera élevé et sera exalté beaucoup. 14. De même qu’ont été épouvantés à son sujet beaucoup, ainsi, défigurée, loin d’homme son apparence et son aspect loin des fils d’hommes, 15. ainsi, il fera sursauter des nations, beaucoup, à son sujet, ils fermeront, les rois, leur bouche car ce qui n’a pas été raconté à eux, ils voient et ce qu’ils n’ont pas entendu, ils observent. Isaïe 53 1. Qui a cru ce que nous avons entendu? Et le bras de YHWH, sur qui a-t-il été dévoilé? 2. Et il monta comme le rejet devant sa face, et comme une racine d’une terre aride; pas d’aspect pour lui, pas d’éclat que nous le voyions, pas d’apparence que nous l’apprécions 3. Méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et connu de la maladie, et comme on se cache la face devant lui, méprisé et nous ne l’avons pas estimé. 4. Pourtant, c’est nos maladies que lui, il portait, et nos douleurs, il s’en chargeait, et nous, nous l’estimions touché, frappé par Dieu et humilié 5. Et lui, il était transpercé par nos révoltes, il était écrasé par nos fautes, la sanction de notre paix, sur lui et par ses blessures nous sommes guéris, pour nous. 6. Nous tous, comme petit bétail, nous errions, chacun vers son chemin, nous nous tournions et YHWH a détourné sur lui la faute de nous tous; 7. maltraité, et lui il s’humilie et il n’ouvre pas sa bouche. Comme un agneau à l’abattoir est conduit et comme une brebis à la face de ses tondeurs est muette, et il n’ouvre pas sa bouche. 8. Par contrainte et par jugement, il a été pris. Et sa génération, qui s’en préoccupe puisqu’il a été retranché de la terre des vivants ? Par la révolte de mon peuple, un coup est pour lui. 9. On lui a donné avec les méchants son sépulcre et avec le riche dans son tombeau, alors que la violence, il n’a pas commise et le mensonge n’était pas dans sa bouche. 10. Et YHWH s’est plu, à l’anéantir, il a rendu malade Si elle fait un sacrifice, sa personne, il verra une descendance, il prolongera ses jours; et le plaisir de YHWH par sa main se réalisera 11. Pour la peine de sa personne, il verra, il sera rassasié par sa connaissance, il innocentera innocent mon serviteur pour beaucoup et leurs fautes, lui s’en chargera. 12. C’est pourquoi je partagerai à lui beaucoup et avec les puissants, il partagera un butin; parce qu’il a dépouillé pour la mort, sa personne et avec les révoltés, il a été compté, et lui, le péché de beaucoup, il porta et pour leurs révoltes il s’interpose. |
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