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Vieux 09/06/2008, 17h39
Grineli
 
Messages: n/a
Par défaut notre gourou fait du trash

Voici le genre de courrier trash que je reçois dans ma boîte aux
lettres !!!!!





Réflexions psychanalytiques

Par Jacques Janssens

http://users.skynet.be/psychanalyse/

Chers amis, et connaissances dont l’adresse email a atterri un jour
dans mon ordinateur, j’écris de temps à autre un « mot » électronique,
je vous l’enverrai chaque fois dans votre boîte email, sauf si cela
vous importune, auquel cas dites-le moi. Si vous le souhaitez, je peux
l'envoyer à l’une ou l’autre de vos relations, cela m’intéresserade
lire leurs commentaires et les vôtres.
Si vous désirez recevoir la version “Word” des mots je me ferai un
plaisir de vous les envoyer.



Isaïe 53 au risque de la psychanalyse.



La lecture avec quelques amis d’un texte du prophète Isaïe tiré de la
Bible, (texte que vous trouverez à la fin de ce mail), m’a mené à
quelques réflexions, je vous les livre.



Ce texte parle de Dieu, de son serviteur, de sa souffrance et du
rachat des fautes d’autrui par les souffrances de ce serviteur.

Il me semble que ce texte fait le lien entre une réalité physique et
psychique humaine : la souffrance, et son rôle dans la
déculpabilisation, tant vis-à-vis de soi, que vis-à-vis de la société
ou que vis-à-vis de Dieu.



Le maintien de l’unité par la peur



Les hommes qui vivent ensemble élaborent des lois, des règles, une
morale commune, tout cela définit, pour faire très court, ce qui
constitue le bien et mal.

Nous pouvons observer encore aujourd’hui cette élaboration dans la
constitution des "groupes", des bandes d'enfants ou d’adolescents qui
intègrent mal ou ne supportent pas la bêtise ou l'hypocrisie parentale
et collective qu'il observent, et qui élaborent un code de conduite
qui les distingues, qui les soude, et qui se surimpose à celui de la
société parentale.

Ce lien entre les membres est une humanisation des pulsions,
principalement de la pulsion de destruction mais aussi de la pulsion
sexuelle et de la pulsion d’appropriation, c’est le « tu ne tueras
point » individuel qui soumet la pulsion de destruction à la loi
commune, les membres de la communauté en retirent un avantage que
constitue l'appartenance à une société, mais sont soumis à elle
premièrement par la peur.

En effet, lorsqu'un des membres transgresse la lois, celle de la
société comme celle des "groupes", une sanction s'applique,
précisément par la punition, qui libère la pulsion de destruction de
son interdit et l'applique à qui transgresse la loi, à qui se révolte
contre elle, cette punition est proportionnelle à la faute, elle peut
permettre le rachat du fautif si la faute est mineure, mais elle peut
provoquer l'exclusion, voire sa mort, si la faute est importante.



Cette punition est une garantie de l'unité du "groupe", dans la
soumission à la loi par la peur, et pas par sa seule acceptation,
puisque même lorsqu’elle n’est pas acceptée, il suffit que la personne
lui soit soumise.



Seulement voilà, l'homme apprend la loi, et il l’apprend d’abord dans
sa cellule familiale, et l’apprentissage de cette soumission à la loi
se fait par la soumission à celle des parents d’abord, qui est le
reflet de la loi de la société, or, envers les parents se développent
des sentiments d'attachement, d'amour, de dépendance vitale, ainsi le
respect de la loi devient source d'appréciation, d'estime, d'amour des
parents. Elle devient "le bien" lorsque cette loi est introjectée,
c'est à dire lorsqu'elle devient inconsciente, lorsqu’elle conditionne
le comportement de l’individu, il se constitue alors ce que nous
appelons le surmoi. Le respect inconscient à ce surmoi, (le moi obéit
au surmoi), alors même que les parents ont disparus, procure le même
sentiment de satisfaction, d'être bon, d’être juste, et son non
respect celui d'être mauvais, d'être injuste, coupable, d'être coupé
du groupe, coupé de la société, et de mériter un châtiment, c’est le
sentiment de culpabilité.(bien sûr ce sentiment de mériter un
châtiment dépend de la sévérité des éducateurs et du surmoi plusou
moins tyrannique qu’ils ont engendré), c'est ce sentiment qui,
lorsqu'il est puissant, provoque des auto-punitions diverses, besoins
d'échec, dépressions, scarifications, sacrifices, mutilations etc..



L’unité se fait alors autant par l’existence d’une loi commune
consciente que par la soumission au surmoi, qui dans la mesure où il
est partagé par la collectivité peut être appelé surmoi collectif,
mais cette soumission se fait toujours par la crainte.



Dieu, lieu de toutes les projections



Cet ensemble de lois et de règles introjectées est facilement perçu
comme issu d'un dieu ou de Dieu, (je pense évidemment aux Tables de la
loi, mais aussi à tout l’Ancien testament) c'est à dire résultant de
forces qui nous dépassent, qui s'imposent à nous de l'extérieur ; ce
qui en soi est exact, en effet les pulsions humaines (pulsion de vie,
pulsion de destruction, pulsion sexuelle) n'ont pas été crées par
l'homme, elles appartiennent à l'animal humain, et leur gestion s'est
en quelque sorte imposée à lui sous différentes formes, différents
modes de vies, différentes cultures, toutes différences qu’il ne
contrôle pas non plus, résultantes elles-mêmes d'une multitude de
facteurs.



L'humain, l'homme, se bâti à partir de leur gestion, et lorsque cette
gestion est fructueuse, elle est aisément considérée comme celle qui
plait à Dieu, comme sacrée, comme "bénie" de Dieu, et celui qui la
respecte, ou le peuple qui la respecte est considéré comme "serviteur"
de Dieu.



Notez que je ne dis pas ici que Dieu est une création humaine, non, je
dis que l'homme peut imaginer que les règles de vie commune qu'il a
élaborées et qui lui sont favorables, sont issues de Dieu, nous dirons
qu’au minimum il est inévitable que les textes inspirés soient
porteurs de projections humaines sur Dieu, sans préjuger évidemment
qu’il s’agisse ou non de textes réellement inspirés, et s’ils sont
inspirés ils peuvent l’être autant comme une perception d’un
encouragement divin au chemin pris par les hommes que comme une
inspiration du chemin lui-même.



La punition humaine introjectée.



Quoi de plus naturel dès lors, que l’homme projette également sur Dieu
l'exigence du châtiment qui accompagne le non respect de ces règles de
vie, de ces lois, c'est notamment au travers de telles projections que
Dieu peut être vu, perçu comme un Dieu qui punit, menace, terrorise,
et promet la punition à ceux qui ne respectent pas la loi, Sa loi, à
laquelle il est partiellement identifié.



Cependant, cette loi est ce qui permet de bonnes relations entre les
hommes, elle est l'humanisation de nos pulsions, notamment la
répression et le refoulement de notre pulsion de destruction, elle est
le terreau indispensable dans lequel peut naître et grandir l'amour.



Mais revenons à la punition: le sentiment de culpabilité issus de
l'inconscient à cause de la transgression de la loi introjectée, c'est-
à-dire du surmoi, ce sentiment est également ressenti vis à vis du
Dieu auquel la loi est identifiée, et lorsque Sa loi est
transgressée, la sanction humaine, le bannissement ou la souffrance
est projetée comme exigée de Lui, et comme pour les hommes, seule une
punition, une souffrance, un sacrifice, peut racheter la "faute" et
rétablir l'alliance avec la communauté soudée par la loi, ou par le
dieu-loi.



Remarquons que dans ce système de pensée, toute souffrance peut
devenir une punition infligée (par dieu) pour une "faute", il reste
des traces de cette pensée dans l'expression: "mais qu'est-ce que j'ai
fait (au bon dieu) pour mériter ça ?" que l'on peut encore entendre
suite à une souffrance, à un malheur, à une maladie. Notons que cela
peut alors constituer un obstacle inconscient à la liquidation du
sentiment de malheur ou à la guérison d’une maladie.

Cela se constate aussi lorsque certaines personnes frappées par le
malheur se mettent à devenir méchantes, vindicatives, voire cruelles,
leur souffrance devenant inconsciemment le prix payé pour laisser leur
pulsion de destruction jusque là refoulée sous peine de punition, à
s'exprimer ; la punition de cette transgression étant en quelque sorte
payée à l'avance.



La punition humaine projetée sur Dieu.



Nous voyons aussi dans le texte d’Isaïe ci-dessous, que la faute en
question est la révolte, « et avec les révoltés, il a été compté, et
lui, le péché de beaucoup, il porta et pour leurs révoltes il
s’interpose » Is 53,12.

C’est comparable à ce qu’on observe en analyse où la révolte contre un
surmoi trop dur, trop sévère, provoque une culpabilité d'autant plus
grande que la loi du surmoi est rigide, culpabilité qui peut provoquer
si l'on n'y prend garde, c'est à dire si on ne déculpabilise pas
l’analysant, un besoin inconscient de punition qui peut entraîner
accidents, faillites, ou autres mises en échec. Cette
déculpabilisation se fait par le jeu du transfert positif où la
culpabilité est portée par l'analyste, projeté comme l’acteur de la
révolte et qui d'ailleurs se fait payer pour cela, comme un
mercenaire.

Lorsque le « moi » est amené par l'analyste à affronter ce qui
inconsciemment l'empêche de vivre (d'avoir le droit de vivre, d'avoir
de l'estime pour soi, de ne pas considérer la sexualité comme sale, de
se sentir aimable, etc.), ce moi est "coupable", il ne fait pas ce qui
est demandé, exigé impérativement par l’inconscient, par le surmoi.

Par contre, lorsqu'il résiste, c'est à dire lorsque dans l'analyse, il
essaie de détourner l'attention de l'analyste, de le séduire, de
l'amadouer en se plaignant, ou de dévaloriser ce qu'il dit en se
moquant de lui, il se montre allié du surmoi tandis que l'analyste en
est l'ennemi.

Dès lors le moi reste le défenseur du surmoi et échappe à la
culpabilité qui à ses yeux est portée par l'analyste; lorsqu'il finit
par se rallier au point de vue de l'analyste, c'est l'analyste qui
reste encore le premier responsable, le premier « coupable », puisque
le moi de l'analysant ne fait « que » se rallier, il n'est « que »
complice, mais porte tout de même déjà une partie de la culpabilité,
c'est la raison pour laquelle l'analyste doit s'efforcer d'amener peu
à peu l'analysant à être proactif, c'est à dire à prendre ses
responsabilités, à oser affronter le surmoi par lui même, à prendre
l'initiative de le combattre, à dépasser sa culpabilité.



Ce besoin de déculpabilisation nous le retrouvons dans ce texte
d'Isaïe qui rend le « serviteur » porteur de la culpabilité, en effet
nous lisons : « nous, nous l’estimions touché, frappé par Dieu et
humilié » Is 53,4 qui indique qu’au départ il y a une souffrance que
l’homme inconsciemment suppose être un châtiment Divin, mais
qu’ensuite il voit dans cette souffrance de l’autre le rachat de ses
propres fautes : « Et lui, il était transpercé par nos révoltes, il
était écrasé par nos fautes, la sanction de notre paix, sur lui et par
ses blessures nous sommes guéris» Is 53,5 remarquons aussi que ce
rachat ne peut se faire que par un innocent, sinon il payerait pour
ses propres fautes. « innocent mon serviteur » Is 53,11



Cette déculpabilisation par la souffrance d’autrui est assez présente
dans le psychisme humain, cela se passe par exemple dans certaines
névroses familiales où le malheur qui s'abat sur l'un de ses membres
soulage toute la famille, ou bien lorsque lorsqu'un de ses membres
devient carrément le bouc émissaire des autres, là aussi c’est
généralement le plus innocent, le plus sensible à qui échoit ce rôle.
Comme le dit le proverbe : « le malheur des uns fait le bonheur des
autres », cette déculpabilisation est latente dans la passion mise à
compter les victimes innocentes d’accidents d’avions, de tsunamis, de
tremblement de terre, d’inondations, de génocides.



Le texte d’Isaïe va évidemment plus loin puisque le serviteur ira
jusqu’à mourir pour sortir l’homme de sa culpabilité vis-à-vis de
Dieu, comme s’il lui était impossible de concevoir le pardon de cette
révolte sans qu’il y ait la souffrance nécessaire à « la sanction de
notre paix » Is 53,5



Ce serait en effet passer outre la projection sur Dieu du besoin
humain de punition, ce qui est affirmé dans : « YHWH (Dieu) s’est plu,
à l’anéantir » Is 52,10, comme si Dieu était animé, comme les hommes,
par une pulsion de destruction.



Nous pouvons dès lors comprendre combien, pour le croyant, il est
difficile dans l'ancien testament, de séparer ce qui est inspiré de
Dieu de ce qui est projection humaine, et combien il est facile, pour
l'athée de n'y voir que de la projection humaine.



La fin de la punition et le maintien de l’unité par l’amour.



Bien sûr nous pouvons voir dans ce texte une préfiguration du Christ
rédempteur, mais là pour le chrétien, l’incarnation c'est la fin de la
projection, ce n’est plus l’homme qui projette son besoin de punition
sur Dieu, c’est Dieu qui délivre l’homme de son besoin de punition,
mais ça, c’est une autre histoire .....



Jacques Janssens





Voici traduit au mot à mot, (ce qui diminue le risque de projection
humaine et culturelle dans la traduction) par mon ami, le père Jacques
Vermeylen, le passage d’Isaïe que je tente de commenter.



Isaïe 52



13. Voici: il réussira. Mon serviteur, il montera et il sera
élevé et sera exalté beaucoup.

14. De même qu’ont été épouvantés à son sujet beaucoup, ainsi,
défigurée, loin d’homme son apparence et son aspect loin des fils
d’hommes,

15. ainsi, il fera sursauter des nations, beaucoup, à son sujet,
ils fermeront, les rois, leur bouche car ce qui n’a pas été raconté à
eux, ils voient et ce qu’ils n’ont pas entendu, ils observent.



Isaïe 53



1. Qui a cru ce que nous avons entendu? Et le bras de YHWH, sur
qui a-t-il été dévoilé?

2. Et il monta comme le rejet devant sa face, et comme une racine
d’une terre aride; pas d’aspect pour lui, pas d’éclat que nous le
voyions, pas d’apparence que nous l’apprécions

3. Méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et connu de
la maladie, et comme on se cache la face devant lui, méprisé et nous
ne l’avons pas estimé.

4. Pourtant, c’est nos maladies que lui, il portait, et nos
douleurs, il s’en chargeait, et nous, nous l’estimions touché, frappé
par Dieu et humilié

5. Et lui, il était transpercé par nos révoltes, il était écrasé
par nos fautes, la sanction de notre paix, sur lui et par ses
blessures nous sommes guéris, pour nous.

6. Nous tous, comme petit bétail, nous errions, chacun vers son
chemin, nous nous tournions et YHWH a détourné sur lui la faute de
nous tous;

7. maltraité, et lui il s’humilie et il n’ouvre pas sa bouche.
Comme un agneau à l’abattoir est conduit et comme une brebis à la face
de ses tondeurs est muette, et il n’ouvre pas sa bouche.

8. Par contrainte et par jugement, il a été pris. Et sa
génération, qui s’en préoccupe puisqu’il a été retranché de la terre
des vivants ? Par la révolte de mon peuple, un coup est pour lui.

9. On lui a donné avec les méchants son sépulcre et avec le riche
dans son tombeau, alors que la violence, il n’a pas commise et le
mensonge n’était pas dans sa bouche.

10. Et YHWH s’est plu, à l’anéantir, il a rendu malade Si elle
fait un sacrifice, sa personne, il verra une descendance, il
prolongera ses jours; et le plaisir de YHWH par sa main se réalisera

11. Pour la peine de sa personne, il verra, il sera rassasié par
sa connaissance, il innocentera innocent mon serviteur pour beaucoup
et leurs fautes, lui s’en chargera.

12. C’est pourquoi je partagerai à lui beaucoup et avec les
puissants, il partagera un butin; parce qu’il a dépouillé pour la
mort, sa personne et avec les révoltés, il a été compté, et lui, le
péché de beaucoup, il porta et pour leurs révoltes il s’interpose.

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