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Vieux 24/06/2008, 19h03
Malatesta
 
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Par défaut L'effet multiplicateur du crédit :


Dossier (Étude de la monnaie IIe - Suite)

Après avoir rappelé (GR 1027) que pendant des millénaires la monnaie
avait été une marchandise, ayant donc une certaine valeur propre, nous
avons raconté la naissance du billet de banque, reçu d’une certaine
quantité d’or toujours disponible pour le porteur du reçu. Puis que
les banquiers se sont permis de signer plus de reçus qu’ils n’avaient
d’or en dépôt, fabriquant donc de la fausse monnaie, tellement que le
public risquait de perdre confiance. C’est ce qui amena un groupe de
banquiers à faire pression sur le souverain pour faire attribuer à
leur propre banque le droit exclusif de créer cette monnaie fiduciaire
sans valeur propre : la Banque centrale est née pour entériner ce
privilège et, depuis quelques décennies, ses billets ont cours légal
et forcé.

La troisième forme de monnaie est beaucoup moins évidente, bien
qu’elle soit beaucoup plus utilisée : la monnaie scripturale (ou
monnaie bancaire) n’est que jeux d’écritures dans la comptabilité des
banques et autres établissements de crédit, privés et agréés. Cette
monnaie peut être créée ex nihilo et circule comme si elle avait pour
origine un dépôt réel. Depuis qu’elle n’a plus de référence, plus de
valeur propre ni de gage matériel, la monnaie a donc perdu toute
garantie réelle : bâtie sur la confiance de la banque (faillible) qui
l’émet dans l’attente du paiement d’intérêts, elle n’est que le
transfert d’une promesse.

Nous avons insisté sur le fait que, contrairement à une idée fausse
très répandue, les banques ne se contentent pas de prêter à certains
de leurs clients ce que d’autres clients leur confient, elles ont le
privilège ahurissant de prêter plusieurs fois la même somme, voici
comment :

Étude de la monnaie : L’effet multiplicateur de crédit
Agrégats monétaires et endettement intérieur
par M.-L. DUBOIN
Imaginons que vous fassiez un dépôt de 1.000 euros en billets (crédit
de premier niveau qui est émis sous contrôle de la Banque centrale)
auprès de votre banque. Non seulement cette banque peut alors disposer
de ces 1.000 euros, tout en sachant qu’elle vous les doit (c’est
inscrit dans sa comptabilité), mais en plus, du fait de ce dépôt, elle
est autorisée à ouvrir, pour un autre client, un crédit d’un montant
légèrement inférieur, la différence étant ce qui correspond à la
réserve qu’elle doit garder. Si par exemple cette réserve est fixéeà
10 pour 100, (soit un “taux de couverture” c = 0,1) votre dépôt de
1.000 euros permet à la banque d’ouvrir 1.000 x (1-0,1) = 900 euros de
crédit supplémentaire (ou crédit de second niveau). En dépensant son
crédit, cet autre client tire un chèque qui va aboutir à une autre
banque, et celle-ci pourra alors ouvrir elle aussi un crédit
supplémentaire de 900 moins les 10 pour 100 de réserve, il y a donc
possibilité de création de 900 x 0,9 = 810 euros de crédit de
troisième niveau et cette banque aura 900 + 810 = 1.710 euros sur son
compte de dépôt. Au quatrième niveau de cette chaîne de crédits, une
autre banque créera 729 euros, une cinquième 656 euros, etc. Il s’agit
d’une série mathématique telle que la somme de tous ces crédits
ouverts à partir des 1.000 euros est théoriquement 1/0,1 = 10 fois la
somme de départ. Si l’obligation de réserve implique un autre taux de
couverture, par exemple c = 20 /100, les banques peuvent multiplier
par 5 (facteur multiplicateur 1/0,2 = 5) les crédits qu’elles créent.
On comprend que ce système donne aux banques secondaires la
possibilité de multiplier par le facteur k = 1/c le montant de la
monnaie scripturale en circulation.


Et c’est un pouvoir immense donné sur l’économie aux institutions de
crédit. Car les crédits ainsi ouverts en prêtant plusieurs fois plus
que le dépôt initial constituent une pseudo-monnaie, la “vraie” (sion
peut dire, puisqu’elle est elle-même contre-partie d’une créance)
étant la monnaie centrale. Mais dans les faits, et c’est là qu’est
toute l’ambiguïté qui dissimule cet énorme pouvoir, pseudo-monnaie ou
monnaie centrale alimentent les mêmes comptes à vue, qui permettent de
tirer les mêmes chèques, elles se confondent donc à l’usage, de sorte
que ces crédits créés, on peut dire ex nihilo, servent bel et bien de
monnaie pour leurs clients quand ils tirent des chèques sur leurs
comptes à vue, quelle que soit la façon dont ceux-ci ont été
provisionnés. Donc tout va bien tant que les clients ont confiance
dans ce système bancaire. Mais quand ils viennent tous en même temps
retirer “du liquide” soit-disant équivalent à leurs avoirs, c’est
l’effondrement du système et la ruine pour tous ses clients. Ceci
vient de se produire (fin 2001) en Argentine, et s’était produit en
1998 en Russie, plus tôt en Thaïlande, et en Malaisie, et en
Indonésie. Où la prochaine fois ?

Les banques privées ont non seulement le pouvoir de créer l’argent et
de le ramener à elles, ce qui leur permet d’acheter ce qu’elles
veulent, mais elles ont, du même coup, un droit sur le patrimoine de
leurs débiteurs en cas de défaillance. Pour le comprendre, utilisons
encore un exemple : vous possédez un terrain et vous avez besoin de
10.000 euros pour construire votre maison dessus ; vous êtes obligé
pour cela d’emprunter ces 10.000 euros à votre banque. Celle-ci, pous
vous ouvrir ce crédit, ne les prend pas à un autre client. Elle
inscrit dans sa comptabilité que vous lui devez 10.000 euros plus tant
d’intérêts (ce qui, à terme, peut faire, disons, 18.000 euros), et
elle prend une hypothèque sur vos biens. Si, à terme, vous lui payez
les 18.000 euros, elle annulera votre dette de 10.000 euros, mais elle
encaissera les 8.000 euros d’intérêts. Et si vous ne pouvez pas règler
les 18.000 euros, elle est en droit de se payer sur la vente, à
laquelle elle vous forcera, de votre terrain ou de votre maison. De
sorte que la permission donnée aux banques de créer de la fausse
monnaie, pardon, de la pseudo-monnaie, les rend gagnantes dans tous
les cas, sauf si elles ont prêté à des clients insolvables.

On comprend tous les efforts, enquêtes, publicités, démarches, souvent
en connivence avec des agences immobilières et autres commerçants (qui
sont preneurs dans les ventes à crédit organisées, ce qui est le cas
par exemple des concessionnaires d’automobiles) qui sont consacrés à
la chasse aux clients à qui prêter pour en tirer le maximum, voire
pour les… plumer. Mais la lutte contre le surendettement vise à
discipliner les clients piègés, pas à réprimer les auteurs de ces
pratiques. On comprend aussi pourquoi les sièges des banques sont des
bâtiments somptueux… comparez le bureau dans lequel votre banquier
vous reçoit pour conclure un crédit, avec le “local” dans lequel vous
reçoit l’instituteur de vos enfants pour parler de leur avenir !!

Dans le même ordre d’idées, comment des entreprises comme France
Télécom, Vivendi et combien d’autres encore, ont-elles pu acheter tant
“d’actifs” au point que leurs entreprises se sont retrouvées endettées
de plusieurs dizaines de milliards d’euros… ? Qui peut, non pas gagner
des millions, mais s’endetter de tant de milliards ?

Ces quelques exemples laissent entrevoir le rôle joué par le crédit
sur l’ensemble de l’économie. Et cet aperçu donne le vertige. On
découvre que les organisations bancaires, qui ne produisent rien de
tangible, ont, en fait, grâce à cette pseudo-monnaie qu’elles créent
de toute pièce (si on peut dire…) le contrôle des destinées des
nations et de l’économie mondiale, elles peuvent contrôler les
ressources monétaires mondiales, amener les gouvernements à quémander
pour en avoir, elles peuvent même les manipuler, et donc faire et
défaire des nations entières. Imaginez qu’une de ces banques repèreun
homme politique suffisamment vénal pour qu’il accepte de lui emprunter
de l’argent afin de se constituer une formidable machine à détruire,
qu’elle l’incite ensuite à piller tout un continent pour lui
rembourser sa dette avant de s’effondrer… il sera temps alors qu’elle
prête à ce continent l’argent pour se reconstruire et fasse en sorte
que les contribuables lui paient les intérêts…

*
Y a-t-il des garde-fous ?

On nous rassurait en expliquant que la Banque de France disposait de
deux instruments pour mettre en œuvre sa politique monétaire
d’encadrement du crédit : le taux d’escompte et les opérations d’open
market. C’est en effet elle qui fixait son taux de réescompte quand
elle prêtait aux banques commerciales. Si elle baissait ce taux, elle
permettait aux autres banques de faire plus de prêts. Mais si elle
augmentait ce taux, elle signifiait aux banques commerciales qu’elles
devaient restreindre leurs ouvertures de crédit. Et si celles-ci
n’obéissaient pas assez, à son avis, elle les y contraignait en
ramassant des espèces grâce à la vente au public (open market) de bons
d’état, ce qui avait pour effet d’enlever aux banques secondaires une
partie de leurs réserves, donc de les obliger à refuser de nouveaux
prêts.

La Banque de France disposait de ces moyens pour encourager ou freiner
la création de la monnaie scripturale, mais non pas pour décider pour
qui ou pour quoi cette monnaie est créée.

Et l’adoption de l’euro n’y a rien changé d’essentiel.

Il y a ainsi beaucoup plus d’argent qui est dù aux banques que celui
qui est en circulation. De sorte que si tous ceux qui ont un crédit
dans une banque, particuliers, industriels, commerçants ou État,
décidaient de rembourser leurs dettes à leur banque, non seulement
tout l’argent disponible serait nécessaire et il n’y en aurait donc
plus du tout en circulation, mais, en plus, cela serait loin de
suffire, il en manquerait beaucoup plus encore : la dette ne peut
jamais être complètement remboursée. Or, comment rembourser quand on
n’a pas l’argent nécessaire ?— En empruntant à une banque, à qui il
faudra payer des intérêts, etc. C’est un cercle vicieux, une spirale
ouverte vers l’infini.

*
L’abandon du gage de la monnaie émise par la Banque centrale ayant été
suivi par tous les pays, on peut dire que le XXème siécle a été
marqué, avec la fin de toute référence de la monnaie à la réalité, par
un bouleversement d’habitudes millénaires. Or l’incertitude qui en
découle est lourde de conséquences, pourtant pas toujours bien
identifiées : tous les pays sont aujourd’hui endettés, la dette
nationale des États-Unis, par exemple, dépasse les 5.000 milliards de
dollars (soit 70% du produit intérieur brut de cette nation), celle
des pays les moins avancés est moindre, mais tout de même de 2.000
milliards de dollars au total, celle de la France est de 80 milliards
d’euros, etc. Vous êtes-vous posé la question de savoir à qui est dù
tout cet argent ? Vous avez maintenant la réponse : aux banques
privées. Il est dù aux banques dites secondaires, lesquelles, on le
sait, peuvent s’approprier le capital de leurs clients quand ceux-ci
sont incapables de les rembourser… Il serait temps de prendre
conscience que le pouvoir abandonné aux banques privées de prêter de
l’argent qu’elles n’ont pas, leur permet de contrôler puis de
s’approprier l’avoir des nations…

*
Mais le capitalisme ayant développé beaucoup d’autres formes de
transactions à partir de la monnaie scripturale, il faut distinguer
les moyens de paiement courants de tout ce qui constitue d’autres
moyens de disposer d’un capital financier, par exemple un livret
d’épargne ou les actions d’une société cotée en Bourse. Ceci a amené à
définir les agrégats monétaires, liés à la liquidité d’un moyen de
paiement, c’est-à-dire sa disponibilité :

L’agrégat le plus "liquide”, M1, est évidemment la monnaie dite
circulante, qui regroupe les pièces, les billets et la monnaie
scripturale des comptes à vue.

Le second, M2, est constitué de M1 auquel on ajoute tout le crédit à
court terme : sommes inscrites sur livrets ou sur comptes à terme et
disponibles en moins de deux ans.

Enfin pour former M3, on ajoute à M2 d’autres titres de créance et des
titres du marché monétaire, qui sont de purs crédits.

Et ceci n’est rien comparé à l’endettement intérieur total (EIT),qui
regroupe tous les crédits, que ce soit sous forme de prêts bancaires
ou d’émission de titres, qu’il s’agisse de crédits aux entreprises,
aux administrations publiques ou aux particuliers. En France, alors
que la seule monnaie circulante était évaluée à 358 milliards d’euros
en 1999, cet EIT était estimé à 2.100 milliards d’euros, soit près de
six fois plus que M1, … plus d’une fois et demie le produit intérieur
brut !

Les moyens de paiement qui servent aux transactions sur les marchés
financiers sont donc d’un montant bien plus considérable que la seule
monnaie circulante, qui est pourtant celle qui vient à l’esprit quand
on parle de monnaie…

La suite de cet exposé portera sur l’évolution historique de la
monnaie et en particulier sur celle de l’étalon-or.

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