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Vieux 06/05/2008, 14h59
Malatesta
 
Messages: n/a
Par défaut Pétro/dollars : le pot aux roses , argent , "saint-argent donne-moi l'argent des autres et hisse-moi au pouvoir personnel et égoïste...:" (complainte du capitaliste qui fait travailler mais ne travaille pas ;il profite du travail des autres

Pétro-dollar/pétro-euro

Le pot aux roses
par M.-L. DUBOIN
La guerre d’Irak aurait eu pour objectif d’empêcher, impérativement et
le plus tôt possible, que le dollar cesse d’être la monnaie largement
préférée à toutes les autres dans le commerce international, et
d’abord celui du pétrole, pour que les États-Unis ne perdent pas, avec
leur prestige, de gros avantages financiers. Cette explication de
l’attaque de l’Irak repose sur deux faits : la dépréciation du dollar
face à l’euro et le basculement vers l’euro des paiements et des
réserves en dollars ; et sur une prévision : les conséquences
catastrophiques pour l’économie américaine qu’aurait la généralisation
d’un tel revirement.

La situation du dollar
La confiance générale dans le dollar a longtemps été maintenue malgré
la montée foudroyante du niveau d’endettement des États-Unis (dette
publique, dette des ménages et dettes des entreprises), triplant entre
1964 et 2002, atteignant 30.000 milliards de dollars, soit près du
tiers du PIB mondial [1]. Le budget fédéral, positif jusqu’en 2000,
est en déficit depuis : on le prévoyait de plus de 300 milliards pour
2003 et de plus de 400 pour 2004, avant de prendre en compte les
suppléments qui viennent d’être votés pour la guerre contre l’Irak(le
budget militaire s’élève maintenant à plus de 400 milliards).
L’endettement des ménages est passé de 200 à 7.200 milliards et fin
2002 le consommateur américain devait en moyenne 40% de son revenu.
Quant aux entreprises, avec leur frénésie de fusions/acquisitions
financées par emprunt, leur endettement financier intérieur est passé
de 53 à 7.620 milliards (672% du PIB). On peut donc dire que personne
n’épargne aux États-Unis, les ménages et les entreprises pas plus que
l’État, il est devenu normal de vivre à crédit. Y compris vis à vis
des autres pays, car depuis 1990 (donc depuis la première guerre du
Golfe) les États-Unis importent plus qu’ils n’exportent. Leur déficit
commercial accumulé est maintenant tel qu’ils doivent au reste du
monde l’équivalent de presque le quart de leur PIB. Si cette tendance
se poursuit, c’est l’équivalent de la moitié de leur PIB qu’ils
devront dans une décennie.

Ceci n’avait d’abord pas trop inquiété leurs créditeurs puisque
l’hégémonie du dollar lui a valu d’être utilisé dans 80% des
transactions commerciales internationales et dans 75% des réserves
officielles. Cette confiance s’appuyait sans doute sur le pari d’un
redéveloppement de l’industrie américaine dans ce qu’on appelle la e-
economy, celle des nouvelles technologies de l’information et de la
communication (les NTIC). Las... au lieu d’un redémarrage foudroyant,
ce fut le flop, rendu public par la chute spectaculaire du Nasdaq,
début 2000. Et on sait combien l’économie marche à coups de
spéculations. L’économie américaine fut sérieusement affectée, mais ce
n’est pas sur-le-champ que le dollar en subit les effets...

Basculements vers l’euro
Saddam Hussein aurait scellé son destin en novembre 2000 lorsqu’il
décida de vendre, non plus dans la devise de son ennemi, mais en
euros, le pétrole irakien, dont la France et l’Allemagne sont ses
principaux acheteurs européens.

Saddam demanda également à l’ONU de convertir en euros son fonds de
réserve (“pétrole contre nourriture”) qui était de dix millions de
dollars. La nouvelle fut transmise en France par le site internet de
l’Humanité le 2 novembre en ces termes : « Le comité des sanctions de
l’ONU a autorisé lundi l’Irak à libeller en euros et non plus en
dollars ses transactions pétrolières et commerciales. Cette
autorisation pourrait être le premier pas vers un changement important
dans le monde du négoce pétrolier chasse gardée exclusive du dollar
jusqu’à présent... Les États-Unis ont d’ailleurs tenté de bloquer
cette opération, mais comme le note un expert de la commission des
sanctions de l’ONU, il n’y a pas de base juridique pour bloquer la
demande irakienne. Information suivie de ce commentaire : « Pour
l’instant, il n’y a aucune réaction officielle à la décision de
l’Irak. »

À cette époque, l’euro ne valait que 82 centimes de dollar, par
conséquent les analystes s’étonnèrent, sans plus, que, pour une raison
de politique internationale, Saddam envisage de perdre des millions
sur les revenus du pétrole irakien. Donc, sur le coup,
l’Administration américaine ne s’est pas vraiment inquiétée, pensant
que Saddam allait faire une mauvaise affaire. Elle décida pourtant de
taire l’information, et par conséquent les médias ne la diffusérent
pas, par crainte d’altérer la confiance des investisseurs et des
consommateurs envers le dollar, comme le commentait récemment sur
internet William Clark, étudiant en technologie et sécurité de
l’information d’une université réputée de la côte Est des États-Unis.

Or cette attitude “politique bizarre” de Saddam Hussein, selon le
journal anglais The Observer du 16 février dernier, fut en réalité,
pour l’Irak, une aubaine de plusieurs centaines de millions d’euros...
parce que depuis la fin de 2001 l’euro a gagné près de 25% sur le
dollar !!

C’est encore grâce à internet qu’on découvre que l’Irak ne fut que
l’un des premiers États, mais pas le seul, à avoir remis en question
son choix du dollar comme devise internationale.

La Jordanie passa peu après avec l’Irak un accord bilatéral de
commerce en euros.

Le Vénézuela a passé des accords de troc avec une dizaine d’autres
pays latins en développement, qui n’avaient pas de dollars pour payer,
échangeant par exemple avec Cuba du pétrole contre des auxiliaires
paramédicaux. À ce propos il faut rappeler que le Vénézuela est le
quatrième producteur d’or noir au monde, et que ses ressources
pétrolières, qui tentent d’autant plus les compagnies pétrolières
américaines qu’elles sont proches, ont l’inconvénient d’être propriété
de l’État. Est-ce donc étonnant si Newsday, du 21 avril 2002, y voit
une relation avec les révélations rendues publiques par un député
uruguayen sur le rôle de la CIA dans le coup d’État manqué contre
Chavez, son Président démocratiquement élu ?

L’Arabie Saoudite a un rôle prépondérant au sein de l’OPEP. Or
l’ancien Ambassadeur américain dans ce pays aurait déclaré l’an
dernier au Congrès : « L’un des faits majeurs dans l’histoire des
saoudiens, du fait de leur amitié avec notre peuple, a été d’insister
pour que le pétrole continue a être commercialisé en dollars. De cette
façon, le Trésor US peut imprimer des billets et acheter du pétrole
avec, ce qui est un avantage que ne possède aucun autre pays. Avec
l’émergence d’autres devises et des pressions dans les relations
internationales, je me demande s’il ne va pas y avoir, comme il y en a
déjà eu, des Saoudiens pour se demander pourquoi être si bienveillants
envers les États-Unis. »

La zone euro étant le plus grand importateur de pétrole au monde, a
tout intérêt à miser sur l’euro si son cours se maintient face au
dollar. La Russie, qui vend surtout son pétrole à l’Europe, a
entrepris en 2002 des négociations avec l’Allemagne pour établir leurs
contrats en euros.

Et en ce qui concerne le Moyen-Orient, un diplomate iranien, Javad
Yarmani, a déclaré dans une conférence auprès du Ministère espagnol
des finances : « Il est tout à fait possible que le commerce bilatéral
entre le Moyen-Orient et l’Union européenne s’accroisse et il se
pourrait que le prix du pétrole s’établisse en euros. Ceci aiderait au
développement de liens entre ces deux blocs et attirerait vers le
Moyen-Orient les investissements européens dont il a grand besoin. »

Les réserves suivent le pétrole
Tous les pays du monde sont concernés par le commerce du pétrole, mais
l’hégémonie du dollar va bien au-delà. Parce que les pays importateurs
étant obligés de se procurer des dollars pour acheter leur pétrole,
ils vendent leurs produits en dollars, et les pays exportateurs
utilisent ensuite leurs pétro-dollars pour leur commerce dans les
autres domaines.

Donc depuis le début des années 1970, quand les accords entre États-
Unis et OPEP ont fixé en dollars le prix du pétrole, tous les pays
accumulaient des réserves en dollars.

Or au cours de ces trente années, le dollar n’avait jamais autant
baissé qu’en 2002 !!

Conséquence : les uns après les autres, beaucoup de pays se mirent à
transposer leurs avoirs de dollars en euros. D’abord la Chine, puis
l’Iran (selon une information généralement peu perçue publiée par
l’Iran Financial News du 25 août 2002), puis le 1er décembre 2002 “La
Corée du nord choisit l’euro” titra sur internet, la correspondante de
la BBC à Seoul.

Et Business Week prévînt que la Banque centrale de Russie, la Banque
du Canada, la banque Populaire de Chine et la Banque centrale de
Taïwan, avaient de plus en plus opté pour la monnaie européenne au
cours de l’année précédente.

En janvier 2003, nouvelle chute du dollar !

Inquiétudes
Associated Press rapportait fin janvier l’inquiètude exprimée par un
stratège financier de New-York, Marc Chandler : « Les autres banques
centrales vont-elles suivre, et quel en serait l’effet sur la
possibilité des E-U de financer leur déficit courant ? Ce déficit est
proche de 5% du PIB et c’est une corde qui se serre autour du cou du
dollar ». Et The Observer le 26 janvier : « Si l’OPEP venait à décider
d’accepter des euros pour son pétrole (en supposant un instant qu’il
lui serait permis de prendre cette décision) il en serait fini de la
domination américaine. Non seulement l’Europe n’aurait plus besoin de
tant de dollars, mais le Japon, qui importe plus de 80% de son pétrole
du Moyen-Orient jugerait bon de convertir également en euros ses
actifs en dollars ... et c’est le Japon qui subventionne le plus les É-
U par ses gros investissements en dollars. De l’autre côté, les États-
Unis qui sont le premier pays importateur de pétrole au monde,
devraient aquérir des euros. Ils auraient à convertir leur déficit
commercial en surplus commercial au moment particulièrement pénible où
leurs prix de marchés s’effondrent et où leurs approvisionnements
énergétiques (pétrole et gaz) sont réduits. Les arguments purement
économiques de l’OPEP pour faire la conversion, même provisoire, vers
l’euro, sont très solides. La zone euro n’a pas un grand déficit
commercial, elle n’est pas lourdement endettée envers le reste du
monde comme le sont les États-Unis, les taux d’intérêt y sont
nettement plus hauts et sa part du marché mondial est supérieure à
celle des É-U : elle est le premier partenaire commercial du Moyen-
Orient. Et presque tout ce que vous pouvez acheter en dollars, vous
pouvez aussi l’acheter avec des euros, sauf, jusqu’ici, le pétrole. »

Le scénario prévisible
Si cette tendance à remettre en question l’hégémonie du dollar se
poursuivait, on peut imaginer quelle catastrophe elle engendrerait
outre Atlantique. Tous les détenteurs de dollars présenteraient ces
reconnaissances de dette à ceux qui les ont signées, en réclamant leur
dù. Ruée mondiale vers les banques américaines, comptes bloqués,
faillites, etc. Citons la description qu’en a faite un analyste
américain rapportée par l’internaute déjà cité, W. Clark : « les
nations consommatrices de pétrole seraient amenées à sortir en masse
leurs fonds de réserve (ceux de leurs banques centrales) en dollars
pour les convertir en euros. Ceci entraînerait une chute de 20 à 40%
du dollar, avec les conséquences qu’on sait quand une devise est
brusquement dévaluée (on se rappelle l’exemple récent de l’Argentine).
Les fonds étrangers sortiraient en masse des marchés des États-Unis et
de tous les avoirs actuellement exprimés en dollars (c’est le Japon
qui en a le plus), il se produirait une ruée vers les guichets des
banques comme en 1929-33, il serait impossible d’assurer le service de
la dette (paiement des intérêts), le budget américain serait en
faillite. Bref, le scénario type des crises économiques du Tiers
monde. » Cet analyste, que Clark qualifie d’astucieux, conclut :« La
vraie raison pour laquelle l’Administration Bush II veut installer en
Irak un gouvernement fantoche, ou plutôt, corrige-t-il, la vraie
raison pour laquelle le milieu d’affaires militaro-industriel veut un
gouvernement fantoche en Irak est qu’il repasserait de l’euro au
dollar pour la monnaie de référence et qu’il s’y maintiendrait.
Espérant également, ajoute-t-il, un veto contre tout extension vers
l’euro de la part des membres de l’OPEP et en particulier de la part
de l’Iran qui est le second parmi eux à être en train d’envisager
sérieusement un basculement vers l’euro pour ses exportations de
pétrole ». Notre internaute se réfère à une information publiée par
The Jerusalem Report du 13 janvier dernier pour ajouter : « l’Arabie
Saoudite, serait affaiblie par des menaces de troubles civils
importants, et pour l’Administration américaine qui est consciente de
ces risques encourus par son “État-client”, selon ses termes, c’est
une raison de maintenir en permanence une présence militaire dans le
Golfe. »

À vous de juger !
Ces informations et ces commentaires confortent bien évidemment notre
conviction sur le rôle de la monnaie, ses fonctions et surtout son
mode de création (au point que nous doutons que puisse vraiment
aboutir toute réforme, même qualifiée de radicale, si elle n’affecte
pas ces aspects).

Elles permettent de comprendre l’importance de la décision prise par
Saddam Hussein à propos du dollar, et, compte tenu de l’évolution au
cours de l’année dernière, qu’il soit brusquement devenu la première
cible de Bush II. Et en y réfléchissant, elles expliquent aussi
l’attidude de différents pays dans le conflit Irakien, parfois
beaucoup plus clairement que bien des déclarations officielles.

Mais il est une chose que nous ne parvenons pas à comprendre, c’est le
silence des grands médias, en particulier les français, et même celui
du gouvernement qui ne devrait pourtant pas éprouver de honte à
vouloir défendre l’euro.

Nous tenons à remercier notre ami Guy qui a levé pour nous ce lièvre
tapi sous internet, grâce à un article qui venait de très loin :
l’auteur en est un écrivain australien, Geoffrey Heard (adresse :
heard***surf.net.au). C’est à l’adresse internet www.indymedia.org que
se trouve l’excellent travail de l’informaticien américain W.Clark.
Nos lecteurs pourront y trouver, en anglais, celles de la plupart des
autres textes évoqués ici, et bien d’autres.

–––––––
[1] Ces chiffres sont cités par l’économiste Frédéric Clairmont, dans
Le Monde Diplomatique d’avril dernier.

--------------------------------------------------------------------------------

Actualité

Nos gouvernants ont beaucoup d’idées,... c’est ce qui leur permet d’en
changer souvent...
par P. VINCENT
« Alain Lambert en appelle à la cagnotte des Français. » Tel étaitle
titre, dans Libération du 13 mars, d’un article rapportant les propos
tenus la veille par le Ministre délégué au Budget, à l’adresse des
“ménages qui ont un peu le moral qui faiblit” : « Continuez à
consommer. Vous avez un taux d’épargne très élevé, donc un pouvoir
d’achat non négligeable. La consommation, c’est la meilleure garantie
pour votre propre emploi. » Pour relancer une économie considérée en
péril, l’idée est de mobiliser les consommateurs. Le schéma que l’on
m’avait enseigné autrefois était le suivant : « Vous travaillez
beaucoup, vous consommez avec modération, et vous mettez de côté ce
que vous pouvez pour vos vieux jours. »

Il n’y a d’ailleurs pas si longtemps, ce même gouvernement auquel
appartient A.Lambert prévenait que nos retraites par répartition
allaient bientôt devenir insuffisantes et voulait nous doter en
complément d’un système de retraites par capitalisation, d’où, bien
sûr, de nouvelles cotisations qui réduiraient le pouvoir d’achat, mais
permettraient à tous les salariés de se constituer une cagnotte. C’est
ce que faisaient déjà de façon intuitive ceux qui arrivaient à ne pas
dépenser tout ce qu’ils gagnent, ou ceux qui ne parvenaient pas à le
dépenser. Et voilà qu’on nous dit maintenant : « Attention, vous
épargnez trop ! Cela risque de se retourner contre vous. Il faut
consommer plus si vous voulez sauver vos emplois ». En fait on
voudrait surtout nous faire travailler davantage. Mais s’il est clair
qu’on n’ose plus nous reparler des fonds de pension après ce qui leur
est arrivé en Amérique [1], on se demande pourquoi s’en prendre tout
d’un coup aux cagnottes qui auraient survécu au désastre boursier ? Et
menacer de façon récurrente d’une nouvelle baisse des taux d’intérêt
ceux qui plus prudemment ont mis leurs économies à la Caisse
d’Epargne, en prétextant qu’il n’y aurait presque plus d’inflation, ce
qui risque malheureusement de ne pas durer. Or on sait d’expérience
qu’on se soucie beaucoup moins de réajuster ces taux d’intérêt lorsque
l’inflation augmente.

Concernant ces questions, selon le responsable que l’on écoute, A.
Lambert, F. Mer , ou J.-P. Raffarin, à moins qu’il ne soit lui-même
encore contredit par J. Chirac, et selon la date et l’endroit où ces
gens s’expriment, tout et son contraire (comme le choix d’épargner ou
de consommer), peut devenir successivement, voire simultanément, un
objectif prioritaire. On ne sait plus où l’on nous mène. La récession,
heureusement, ne menace donc pas tous les secteurs !

Il n’est pas besoin de générer davantage de blessés et de malades pour
faire vivre les professions médicales, ou de délinquants pour occuper
policiers et gendarmes, magistrats, avocats et gardiens de prison. De
ce côté-là, il y a un consensus au gouvernement pour voir la
consommation baisser. Mais certains dans la majorité gouvernementale
ont des idées allant en sens contraire, tel C. Estrosi qui propose
qu’automobilistes et motards puissent rouler sur autoroute à 150 km/h,
ou J.-P. Soisson qui s’oppose à l’abaissement du taux d’alcoolémie
autorisé, au motif qu’aucune voiture ne pourrait plus alors circuler
chez lui en Bourgogne.

À propos de nos prisons, avec leurs 57.600 détenus pour 47.000 places,
et très inégalement répartis (record battu par Perpignan : 361 détenus
pour 122 places), Philippe Bouvard écrivait méchamment dans France-
Soir que les nombreuses évasions auxquelles on assistait actuellement
étaient peut-être la solution que l’on avait trouvée au problème. En
réalité, le gouvernement compte faire construire plusieurs importantes
prisons, mais comme cela demandera un certain délai, il a voulu
pouvoir tout de suite faire état de quelques réalisations
expérimentales, même de moindre envergure. À Saint-Denis-le-Thiboult
(76) il a décidé d’aménager un vieux château en centre de rééducation
fermé pour jeunes délinquants. Des contingents de 8 adolescents y
effectueront des stages, pour lesquels il est prévu un personnel à
plein temps de 27 personnes, personnel pénitentiaire s’entend, car
comme il s’agit d’un château résidentiel et non d’un château-fort,
peut-être y faudra-t-il aussi du personnel domestique. À Sainte-
Eulalie (33) ce n’est qu’une maison bourgeoise du 19ème siècle qui a
été achetée à cet effet, mais le ratio est le même : 27 adultes pour
s’occuper de 8 jeunes de 13 à 16 ans. Cela paraît tellement
merveilleux qu’on se demande s’il ne faudra pas instituer un concours
d’entrée. D’autant qu’avec les milliers de postes de surveillants et
éducateurs supprimés dans les collèges et lycées, parce que là il a
été décidé de faire des économies, la délinquance précoce risque d’y
proliférer.

On peut naturellement déplorer ces contradictions et ces incohérences.
Mais vu ce qui se passe ailleurs, soyons indulgents pour un
gouvernement qui, dans un domaine plus immédiatement vital, n’a par
contre pas cafouillé sur ses objectifs de paix comme d’autres ont
cafouillé sur leurs prétendus buts de guerre.

–––––––
[1] et alors qu’on apprenait encore récemment que ceux gérés par les
Suisses accusaient pour 2002 des pertes équivalentes à 27 milliards
d’euros Le Canard Enchaîné, 12 mars 2003.

^


--------------------------------------------------------------------------------

Lectures

Une mission essentielle
par R.-L. JUNOD
Rapporteur des Nations Unies pour le droit à l’alimentation,
l’écrivain suisse Jean Ziegler s’est illustré par divers essais de
sociologie consacrés à l’Afrique avant de s’en prendre à l’oligarchie
bancaire de son pays favorisant l’exploitation du tiers monde dans Une
Suisse au-dessus de tout soupçon [1] qui le fit maudire par le pouvoir
et par d’innombrables compatriotes. Oser dénoncer les méfaits
criminels du secret bancaire, c’était prêter le flanc aux pires
représailles. Après Main basse sur l’Afrique et Retournez les fusils
(manuel de sociologie d’opposition), Ziegler récidivera avec La Suisse
lave plus blanc en 1990 et d’autres pamphlets attaquant la politique
du profit helvétique.

Parmi les quinze titres publiés, retenons encore La Suisse, l’or et
les morts, Les nouvelles mafias contre la démocratie, ou Les seigneurs
du crime et La faim dans le monde expliquée à mon fils.

Or, voici Les nouveaux maîtres du monde [2]. Personne n’avait jamais
aussi clairement ni aussi complètement exposé et expliqué l’histoire
de la mondialisation qui est aussi celle de l’exploitation de l’homme,
donc des diverses formes de l’esclavage. Nous voyons à travers
d’innombrables exemples comment s’est édifiée la globalisation des
marchés financiers tandis que s’élaborait une idéologie des maîtres
imposée à leurs sujets. Vient ensuite l’inventaire des méfaits du
capitalisme favorisant l’action multiple des prédateurs accumulant «
l’argent du sang ». Se référant souvent à Jürgen Habermas, Ziegler
décrit les méfaits de la privatisation entraînant la mort de l’État,
la dévastation de la nature et la dégradation des hommes, sans parler
du règne de la corruption, tout cela au service de la machine de
guerre qu’est l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Chemin faisant, Banque mondiale et FMI sont copieusement stigmatisés,
toujours à l’aide d’exemples concrets.

Au terme de cette exploration du désastre capitaliste, Jean Ziegler
évoque l’espoir d’une « nouvelle société civile planétaire »engendrée
par l’action de « fronts de résistance » tels que les syndicats, les
mouvements paysans ou féministes, les traditions des peuples
autochtones, les partis écologiques et surtout les ONG.

À courir aussi vite, on caricature la pensée de Ziegler qui, lui,
s’applique à montrer longuement comment les divers fronts de
résistance pourraient lutter pour instaurer un monde équitable.

J’ai fait découvrir à Jean Ziegler l’existence du distributisme,
capable de supprimer la misère dans l’abondance et lui en ai exposé
les thèses. Il m’a aussitôt répondu que « ces idées novatrices donnent
de l’espérance » et que nous avons là « une mission essentielle ».

–––––––
[1] Le Seuil, 1976.

[2] Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Fayard,
2002.

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