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  #1 (permalink)  
Vieux 31/08/2008, 20h10
MELMOTH
 
Messages: n/a
Par défaut Re: Con sous pression...

Ce cher mammifère du nom de Mathias Rocher nous susurrait, le dimanche
31/08/2008, dans nos oreilles grandes ouvertes mais un peu sales quand
même, et dans le message
<d22fff68-1972-4c9c-bbeb-f64332f7841b***m36g2000hse.googlegroups.com>,
les doux mélismes suivants :

> Euh... pour les non-abonnés au Monde, tu peux faire un résumé (si ça
> en vaut la peine) ?


<Copie Le Monde en ligne>

Tous ceux qui n'ont pas renoncé aux plaisirs de la fête ont déjÃ*** fait
l'expérience suivante au moins une fois : dans un appartement peuplé
d'une cinquantaine de personnes consommant des boissons fortes,
plusieurs jeunes gens, DJ d'un soir, rivalisent aux "platines". Ce
n'est certes pas nouveau. Mais un ou deux détails signalent qu'on a
radicalement changé d'époque. D'abord, les ordinateurs portables,
laptops, et autres clés USB ont remplacé les platines vinyles qui
avaient pourtant connu une nouvelle jeunesse il y a quelques années.
Ensuite, le volume est beaucoup plus fort. Et surtout personne ne danse :
un comble. Pourquoi et comment en est-on arrivé lÃ*** ? La réponse
pourrait tenir en deux lettres et un chiffre : MP3.

Ce nouveau standard audio qui s'est imposé de fulgurante manière en
quelques années a déjÃ*** suscité une abondance de commentaires. Si l'on
en croit les majors du disque, il serait responsable Ã*** lui seul de la
mort du CD, de plans sociaux plus saignants qu'une série B
hollywoodienne –et pourquoi pas du réchauffement climatique, de la
pollution des océans ou des déséquilibres géostratégiques, tant qu'on y
est ?


Car tous absolument tous les débats qu'a suscités cette nouvelle forme
de partage de la musique ne se sont focalisés que sur les problèmes
juridiques qu'elle soulève : droit d'auteur, propriété intellectuelle,
piratage ou "téléchargement légal". Emblème d'une victoire de la raison
économique, le MP3 était la technologie idéale pour oublier tous les
autres problèmes esthétiques, techniques et sanitaires que cette
nouveauté posait pourtant. Et qui continuent de se poser. Voici
pourquoi et comment.

CULTE DU "BEAU SON"


L'homme qui parle dans ce café du 9e arrondissement de Paris n'est pas
un passéiste crispé sur le bon vieux temps. Amateur éclairé de chansons
françaises, animateur de la belle petite revue Je chante, Raoul
Bellaïche ne peut réfréner une certaine nostalgie : "Je me souviens
bien de cette période où la hi-fi coûtait assez cher mais où le grand
public était prêt Ã*** des sacrifices financiers pour un bon équipement.
Et puis tout a basculé en cinq ou six ans. Très peu de gens ont noté
que l'arrivée du MP3 marque la première fois qu'un retour en arrière
est présenté comme un progrès. Tout le monde s'est habitué, y compris
moi, parce que c'est très pratique."


Pratique : le mot est lâché. Evidemment, avant, c'était moins pratique :
le culte de la hi-fi et du "beau son", partagé par un grand nombre
d'auditeurs mélomanes ou pas, supposait l'acquisition d'un matériel
souvent volumineux et les sacrifices financiers qui allaient avec. La
diversité de l'offre comblait cette demande : dans toutes les gammes de
prix, les fabricants proposaient des appareils dédiés, qu'on mariait
les uns aux autres avec cette illusion naïve et belle de toucher Ã*** la
meilleure reproduction sonore possible. L'audiophilie de papa, c'était
ça : la sensation qu'en appariant tel tourne-disque Ã*** tel ampli et tel
câble Ã*** telle paire d'enceintes, on devenait le metteur en scène d'un
film domestique dont le titre avait été inventé par ECM, célèbre label
de jazz européen : "Le plus beau son après le silence "…


Ce temps-lÃ*** semble révolu. L'auditeur d'autrefois, pour qui l'écoute
était une activité noble Ã*** laquelle il sacrifiait du temps, a laissé la
place Ã*** une "écoute nomade" de la musique. En permettant de stocker
dans un espace physique réduit une quantité énorme de musique, le MP3 a
inventé une chose toute nouvelle : l'accumulation furtive. C'est-Ã***-dire
la capacité Ã*** posséder toujours plus de musique mais Ã*** en profiter
toujours moins, puisque désormais le temps de l'écoute se superpose Ã***
d'autres occupations.


Le fantôme de la gratuité a parachevé le tableau d'une avancée
technique que tout le monde ou presque s'accorde Ã*** trouver bonne. Ceux
qui osent émettre la moindre critique Ã*** son égard sont promptement
assurés de se voir flétrir de l'épithète "réactionnaire" sur l'air bien
connu du "c'était mieux avant". Pourtant, il se pourrait que, dans le
cas qui nous occupe, ce fût vraiment mieux avant. Et que ça pourrait
être beaucoup mieux demain.

PERTE DE QUALITÉ DRASTIQUE

C'est quoi, au juste, le MP3 ? Juste un format d'encodage des données
audio permettant de diviser par dix le poids d'un fichier informatique.
Ainsi dématérialisée, la musique peut circuler plus vite d'ordinateur Ã***
— baladeur numérique. Mais au prix d'une mutilation indiscutable du
signal d'origine et d'une perte de qualité drastique. C'est ce
qu'explique Lionel — Risler, l'un des ingénieurs du son les plus
respectés pour son travail d'orfèvre en matière de restauration
d'anciens enregistrements : "Dans le cas du MP3, on choisit
arbitrairement d'enlever du signal tout ce qui est prétendument
superflu. Mais sur des critères très discutables. On réduit les
informations pour gagner de la place de stockage. Au départ, le MP3 n'a
été conçu que pour accélérer les flux des données sur Internet. Et puis
on a ouvert la boîte de Pandore, puisque cette circulation s'est faite
sans aucune règle."

Cette compression des données, qui a aussi ses partisans, s'ajoute Ã*** un
autre traitement du son, pratiqué depuis bien longtemps dans les
musiques populaires : la compression dynamique. Schématiquement, la
compression dynamique consiste Ã*** relever les niveaux faibles et Ã***
abaisser les niveaux forts, bref Ã*** gommer les contrastes qui donnent
tout son relief Ã*** la musique. L'intérêt ? Réduire le volume
d'informations, en vue d'un stockage ou d'une diffusion sur une bande
passante limitée radio ou Internet par exemple, tout en induisant une
sensation de puissance sonore, partiellement artificielle.

"L'oreille n'est pas éduquée Ã*** recevoir des signaux compressés,
explique David Argellies, un jeune acousticien qui par ailleurs
apprécie le "gros son". Les radios de jeunes sont plus fatigantes Ã***
niveau équivalent, parce que l'oreille est habituée Ã*** percevoir de
forts contrastes dynamiques. Et la compression a tendance Ã*** la flouer.
C'est comme une illusion d'optique. A l'écoute d'une musique
compressée, déjÃ*** perçue comme plus forte , on aura tendance Ã*** augmenter
le volume pour retrouver du contraste."

En outre, le volume moyen d'un son dynamiquement compressé peut être
réellement plus élevé. Car pour réduire l'écart des variations d'une
musique, il faut choisir un volume de référence; et si c'est le volume
maximal du morceau qui est choisi, les niveaux faibles sont
considérablement augmentés pour atteindre la diminution d'amplitude
souhaitée. "Prenez la publicité Ã*** la télévision, note David Argellies.
On la perçoit comme plus forte , car elle est plus compressée donc plus
agressive."

Lorsqu'on parle d'agression, on aborde un terrain évidemment sujet Ã***
toutes les polémiques, mais qui ne peut pas se réduire Ã*** un combat
d'anciens contre modernes ou Ã*** une croisade contre la musique de
jeunes. Car depuis quelque temps, nombreux sont les scientifiques,
parfois jeunes, qui tirent la sonnette d'alarme sur les conséquences
sanitaires déplorables que ces nouveaux modes d'écoute auront
inévitablement sur les nouvelles générations.

Bernard Janssen, chirurgien ORL et chanteur lyrique de haut niveau – il
a fait carrière sous le nom de Bernard Sinclair – est sans doute l'un
des mieux placés pour analyser le phénomène : "Les gens qui écoutent de
la musique dans le métro sont obligés de pousser le volume pour couvrir
le bruit ambiant. C'est terrible, car ils peuvent s'envoyer jusqu'Ã*** 140
décibels dans les oreilles, alors que le seuil de douleur se situe Ã***
120. Jusqu'Ã*** 70, ça va encore. Certains chanteurs lyriques peuvent
développer 130 décibels sans souci pour leur oreille, parce qu'ils
projettent le son et qu'il y a des défenses physiologiques. Mais il
suffit d'une seule exposition Ã*** ce volume pour subir un traumatisme qui
débouchera sur une surdité. C'est le traumatisme aigu. Il existe un
traumatisme chronique, repérable chez les ouvriers de chantier mais
aussi chez les gens qui écoutent trop fort leurs baladeurs. C'est
beaucoup plus insidieux car plus on perd l'audition, plus on monte le
volume."

C'est désormais un fait acquis : la compression dynamique, appliquée Ã***
l'écrasante majorité des musiques actuelles, ne fait qu'aggraver les
nuisances déjÃ*** bien connues d'un volume sonore excessif. Et cela vaut
aussi pour les musiques apparemment les plus "douces". C'est ainsi que
deux chercheurs amateurs de rock, Yann Coppier et Thierry Garacino, se
sont livrés Ã*** de savantes mesures sur l'évolution de la compression
dynamique en trente ans. Le résultat est édifiant : le morceau Rock and
Roll de Led Zeppelin, perçu au début des années 1970 comme l'une des
choses les plus violentes jamais enregistrées, n'est que faiblement
compressé en comparaison de… Quelqu'un m'a dit, premier tube de Carla
Bruni.

C'est toute la perversité des traitements modernes du son : la ballade
un peu douceâtre de la désormais première dame de France se révèle,
dans la froide objectivité des mesures scientifiques, bien plus
dommageable pour l'appareil auditif que l'hymne hard rock de Led
Zeppelin. Avec la compression, "on transforme la chaîne des Alpes en
volcans d'Auvergne", résume assez joliment Yves Cochet, concepteur
historique de systèmes haute-fidélité de pointe.

RÉAPPRENDRE À ÉCOUTER

Mais la disparition des contrastes n'est pas seulement une violence
esthétique faite Ã*** la vérité musicale, c'est aussi un véritable risque
sanitaire dont les scientifiques commencent Ã*** prendre la mesure. Des
études récentes ont montré qu'un appareil auditif désaccoutumé aux
contrastes dynamiques ne pouvait que perdre de son acuité, et ce même Ã***
bas volume. Le spectre d'une pandémie de surdité précoce est-il Ã***
redouter ?

"Je vois arriver des jeunes de 18 ou 20 ans qui développent déjÃ*** de
belles surdités, résume avec fatalisme Bernard Janssen. Je suis très
alarmiste et je le dis clairement : il faudra légiférer. Je ne suis
pourtant pas très optimiste : dans une époque si soucieuse de liberté
individuelle, chacun est évidemment libre de devenir sourd".

Réapprendre Ã*** écouter, sensibiliser Ã*** la qualité du son plutôt qu'Ã*** la
quantité seront sans doute les seules solutions pour éviter une crise
sanitaire majeure. A moins que, d'ici peu, ne s'inventent de nouvelles
technologies plus respectueuses de la santé publique que la —
compression dynamique et le MP3. Qui demeure, de l'avis général des
spécialistes, le pire standard de toute l'histoire de la musique
enregistrée.

</Copie article LeMonde en Ligne>

--
Car avec beaucoup de science, il y a beaucoup de chagrin ; et celui qui
accroît sa science, accroît sa douleur.
[Ecclésiaste, 1-18]
MELMOTH - souffrant


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  #2 (permalink)  
Vieux 07/09/2008, 16h28
Paul & Mick Victor
 
Messages: n/a
Par défaut Re: Con sous pression...

"MELMOTH" <theo***free.fr> a écrit dans le message de news:
mn.fcf67d8844b19e72.12355***free.fr...
> <Copie Le Monde en ligne>
> En permettant de stocker dans un espace physique réduit une quantité
> énorme de musique, le MP3 a inventé une chose toute nouvelle :
> l'accumulation furtive. C'est-à-dire la capacité à posséder toujours plus
> de musique mais à en profiter toujours moins, puisque désormais le temps
> de l'écoute se superpose à d'autres occupations.


Pour la première fois depuis de longues années, j'ai enfin pu écouter de la
musique classique en Thaïlande, tout simplement parce que j'avais emporté
mon Ipod et mon petit portable. Et oui, mes gueux, il n'y a pas de musique
classique au Pays du sourire, je veux dire de musique savante occidentale du
début des âges jusqu'à notre siècle, pour reprendre les termes de la charte.
Personne n'en écoute jamais, les radios ni les télévisions n'en diffusent
quasiment jamais, et seules quelques très rares boutiques de Bangkok
proposent un petit choix, très limité, les plus belles pages de Mozart ou de
Haendel, mais bon, ça ne constitue pas une discothèque.

Alors, un bon casque sur les zoneilles, assis le cul dans l'eau au milieu
des rizières (parce qu'on y est au frais), j'ai pu écouter des tas de truc,
certains que je n'avais pas eu le temps de m'envoyer pendant l'année,
d'autres que je voulais réécouter, sur un tout petit disque dur de 250 Go,
je te dis pas combien on peut mettre de Cd, c'est phénoménal.

Bien sûr, bien sûr, c'est du con-pressé, (encore que le format AAC utilisé
par l'Ipod me paraît meilleur que le Mp3) donc forcément avec des pertes
qualitatives, mais n'oublions pas que le niveau de compression influe
beaucoup et que je suis prêt à faire l'expérience à l'aveugle avec des
audiophiles patentés, je ne sais pas combien pourront faire la différence
entre un Mp3 à 320 ou même à 192 kB/s et un Cd soigné. Et puis, c'est très
bien que la source sonore soit de la meilleure qualité possible, mais cela
ne sert pas à grand chose si le récepteur est endommagé. Or il l'est, mes
gueux ! Qu'on le veuille ou non, le constat est accablant. Avec l'âge, tu
perds presque autant des zoneilles que de la bistouquette. D'ailleurs, on
pourra regarder les courbes présentées sur la page :
http://www.haenggeli-orl.org/FAQs/Surdite.html
C'est sans commentaire. Alors je vais te dire : passée la cinquantaine, même
s'il manque quelques fréquences dans les aigus ou dans les graves, tu t'en
tamponnes royalement, de toute façon, tu ne les entendrais pas.

Quant à l'argument "posséder toujours plus de musique, mais en profiter
toujours moins", ce n'est pas nouveau et ce n'est pas le Mp3 qui l'a initié.
C'est courant depuis la mode des encyclopédies et des intégrales. Je regarde
les 20 volumes de l'Universalis sur l'étagère et je me dis que je n'en ai
pas lu 100 pages en 25 ans, et je contemple avec découragement les 555
sonates de Scarlatti dont je n'écouterai jamais le dixième.

Alors, merci au Mp3 et j'attends avec impatience le livre numérique finalisé
et abordable, l'idée d'emporter 4000 bouquins avec moi me ravit. Parce que
je sais pas si vous vous représentez, mais au prix où sont les taxes pour
surcharges de bagages appliquées par les compagnies aériennes, 4000 bouquins
et 2000 Cd, ça te met à sec pour la décennie à venir.
--
Paul & Mick Victor
voyage léger


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  #3 (permalink)  
Vieux 07/09/2008, 17h23
Paul & Mick Victor
 
Messages: n/a
Par défaut Re: Con sous pression...

"Lionel Tacchini" <lionel.tacchini***arcor.de> a écrit dans le message de
news: 8b571a44-e679-4715-a031-347022675619...oglegroups.com...
> Mais il faut prendre des vacances avant les vacances pour le remplir.
> Alors j'en reste à un Discman, je n'enmène que les CDs et les livrets
> et je n'en écoute déjà qu'un tiers.


Oui, mais nous autres, feignasses fonctionnarisées, on est quasiment
toujours en vacances, hein...
--
Paul & Mick Victor
la France qui se lève tard


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