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| VERDUN 2008 C a r n e t d e v o y a g e Samedi 16 août 2008 : Picardie, Champagne-Ardenne, Argonne et Lorraine. L'Aisne, la Marne et la Meuse. Soisson, Château-Thierry, Epernay, Reims, Suippes, Sainte- Ménehould et enfin Verdun, l'objet de ce présent voyage. La traversée de toutes ces régions, départements ou villes, me plonge déjà, à moins d'une heure de route de Paris, dans quelques uns des plus grands chapitres du livre de la Grande Guerre ; à savoir : l'avancée allemande sur Paris arrêtée de justesse sur les rives de la Marne en août et septembre 1914, aussi les batailles de Champagne de 1915, la grande boucherie du chemin des dames de 1917 et enfin la défense héroïque de Verdun par l'armée des "pioupious" entre février et décembre 1916. Les 5 malheureux chevaux de la voiture peinent un peu dans les fréquentes montées du trajet ; comme tout le monde, ils préfèrent les descentes ! Bien que la route de la "Voie Sacrée" soit extrêmement vallonnée, le regard porte néanmoins très loin sur des étendues de champs, de prairies et de cultures avec, de-ci de-là, une ville de moyenne importance et surtout de nombreux villages à peine peuplés d'une dizaine d'âmes comme dans toutes les campagnes de France, j'imagine. Celle de la Meuse, en ce mois d'août 2008, sent d'ailleurs bon l'odeur des foins fraîchement coupés... Un petit mot sur l'hôtel *** : situé à quinze pas de la porte du même nom et à environ 300 mètres du centre-ville, il est plutôt bien placé et l'accueil qui m'y est fait est chaleureux comme on les aime. Catherine, la première des réceptionnistes croisées durant mon séjour, me propose tout d'abord la chambre 21 que je m'empresse d'aller visiter. Celle-ci me paraissant trop sombre et trop étouffante, entourée qu'elle est de murs qui donnent sur une petite courette, j'en demande une autre et pose donc définitivement mes sacs dans la 38 dont j'améliorerai par la suite l'aménagement intérieur en y faisant installer une petite table de travail. Par la suite aussi, je ferai connaissance avec les réveils-matins de l'hôtel *** : une armada de pigeons qui, investissant la courette dès 7h00 du matin, me rou'roucouleront leur insupportable musique... La ville de Verdun, malgré son nom prestigieux, est relativement petite : c'est bien évidemment l'Histoire qui l'a grandi, puis rendu célèbre à travers le monde. Il ne faut guère plus d'une heure pour assimiler parfaitement sa topographie ; une heure pour prendre les quelques repères nécessaires afin d'aller, sans risque de se perdre, d'un point à un autre de la cité. C'est sur la rive gauche de la Meuse qui traverse la ville que se situe tout à la fois son centre et sa vie, avec notamment un petit port de plaisance, une jetée piétonnière (le Quai de Londres) et un alignement de bars, brasseries et autres restaurants. Je décide d'établir mon QG au Windsor (le Wind's, comme disent les habitués) où, tout en sirotant mon premier café (1,30 €), j'étudie la tripotée de prospectus précédemment récoltés à l'Office de Tourisme... La première visite culturelle est pour le centre mondial de la Paix situé dans l'ancien palais épiscopal de la ville haute et jouxtant la Cathédrale Notre-Dame. Outre "De la Guerre à la Paix", la thématique propre au centre mondial, ce dernier propose également diverses expositions culturelles (l'eau, les droits de l'homme) ou artistiques (Fabien Clesse, Amilcar Zannoni) ainsi qu'un petit jardin récréatif au milieu duquel je commence à noter mes premières impressions... De retour au Wind's, j'assiste à un enterrement ! Celui d'un jeune homme d’environ trente ans qui, sous les quolibets de ses camarades ivres et drôles, défile sur le Quai de Londres, vêtu d'une simple couche-culotte : il se marie demain ! Une bonne sœur en cornette s'approche alors de lui et compatit à ses malheurs. Elle a du poil aux jambes et la voix grave : celui-là aussi sera marié demain dimanche... J'assiste également au dernier concert gratuit de la saison et apprend incidemment, par haut-parleur, que deux rameurs verdunois ont gagné une breloque à Pékin. Bravo ! Dimanche 17 août : Temps couvert suivi de grosses averses en fin de journée et d'orages au cours de la nuit. Ce dimanche est entièrement consacré, au gré des panneaux indicateurs ("Champs de bataille 14-18"), à la visite de sites historiques éparpillés tout autour de Verdun : 1 . Village détruit de Cumières 2 . Nécropole d'Esnes-en-Argonne 3 . Butte de Vauquois 4 . Côte 304 et Mort-Homme 5 . Village détruit de Haumont 6 . Village détruit de Louvement 7 . Tranchée des baïonnettes 8 . Village détruit de Bezonveaux 9 . Village détruit de Ornes Si l'on doit mesurer l'intérêt d'un site au nombre de ses visiteurs, alors les villages détruits ne présentent quasiment aucun intérêt. Il est vrai aussi qu'ils ne se trouvent pas sur les axes routiers principaux et qu'il n'y a effectivement quasiment rien à y voir, hormis le sempiternel monument aux Mort, la chapelle-abri et, parfois, les restes du village : morceaux de moellons et débris de tuiles dispersés au milieu d'un petit bois au sol creusé par endroits et bosselé à d'autres sous l'impact des obus français et allemands. Le silence et la tranquillité qui règnent au cœur de tous ces villages morts _mais autrefois vivants_ a quelque chose d'extrêmement troublant, comme à chaque fois où l'on se trouve au milieu de ruines, surtout lorsque celles-ci sont le fruit d'un drame... Davantage de monde sur le site de la butte de Vauquois où Français et Allemands se livrèrent, de 1914 à 1918, à la guerre des mines. Pour information, ce type de guerre consistait à creuser des galeries souterraines jusqu'à la tranchée adverse, ou au plus près, afin d'y déposer plusieurs centaines de kilos d'explosif que les uns et les autres, à tour de rôle, faisaient gaiement sauter. Les entonnoirs immenses et les profonds cratères qui résultèrent de ce travail acharné me font vraiment grosse impression. Pour donner une idée : le bâtiment que j'occupe ainsi que celui qui lui fait face tiendraient facilement dans l'un des entonnoirs du site. Il est également possible de circuler librement dans des restes de tranchées et de boyaux bétonnés. C'est d'ailleurs dans ces tranchées que je croise un jeune homme en train d'expliquer à son père, dans la langue de Goethe et de Schiller, toutes les arcanes de la guerre des mines. C'est donc là aussi que je comprends en quoi Verdun et ses environs appartiennent à l'histoire française autant qu'à l'histoire allemande, et donc en quoi les destinées de ces deux peuples ont été et seront toujours intimement mêlés. Le monument de la tranchée des baïonnettes est le premier des monuments construit à la mémoire des soldats de Verdun: beaucoup de béton et quelques croix de bois sur un peu de terre retournée. Je ne m'y attarde pas. Je m'attarde par contre bien davantage, à mon retour de cette ballade à travers le temps, auprès de Toufikia, la seconde réceptionniste de l'hôtel ***. C'est sans doute histoire de faire connaissance que nous discutons à bâtons rompus de tout et de rien, et surtout de rien, mais avec beaucoup d'esprit de part et d'autre. Il faut dire que nous sommes vraisemblablement l'un et l'autre dans une entreprise de séduction réciproque. Tandis qu'elle joue avec ses mèches de cheveux lorsque je lui parle, je plonge mes yeux dans les siens lorsque c'est elle qui me parle. Qu'il se passe quelque chose entre nous, il n'y a aucun doute : «Je ne parle pas comme ça d'habitude... vous me faite dire n'importe quoi...» Je lui souris. Lundi 18 août : Alternance de nuages et d'éclaircies, comme ils disent sur les ondes de la TSF. Au programme de ce lundi : 1 . Fort de Veaux 2 . Mémorial de Verdun 3 . Fort de Douaumont 4 . Ossuaire de Douaumont et sa nécropole 5 . Fort de Souville Des forts de Vaux et de Douaumont, de leurs kilomètres de galeries partiellement visitables et reparties sur deux ou trois niveaux, je ne retiendrai pas grand chose, si ce n'est les difficiles conditions de vie de leurs locataires, tant les dortoirs y sont humides et sombres. Pensé aussi aux terribles combats d'homme à homme qui se déroulèrent dans les souterrains dont je foule en ce moment le sol souillé de sang. Il n'est ici besoin que d'un peu d'imagination et d'un peu de sensibilité pour voir et sentir qu'il fallait du courage, beaucoup de courage, pour attaquer "l'ennemi" autant que pour s'en défendre... Longue marche dans la boue pour atteindre le fort de Souville sur le toit duquel trois batteurs jouent du tam-tam au milieu de la forêt. Le Mémorial de Verdun, créé sous l'égide de Maurice Genevoix, est un grand et beau musée exclusivement consacré à la Grande Guerre. Il attire de nombreux visiteurs, jeunes et moins jeunes. Il y a beaucoup à voir et beaucoup à lire. Deux reconstitutions de scène de guerre sont particulièrement saisissantes : la première représente un convoi de "bonhommes" voûtés sous le poids d'un camarade blessé et plus encore sous celui de leur immense détresse ; la seconde représente un morceau de champ de bataille auquel ne manque, sans doute pour ne pas effrayer les enfants, que les cadavres et l'odeur de leur putréfaction. Une salle de cinéma diffuse en boucle un excellent court- métrage : "In Memoriam". A base d'image d'archives et récentes, il retrace l'histoire de la longue bataille de Verdun et est ponctué de poèmes ou de lettres de poilus absolument bouleversantes... Plus bouleversant encore est l'ossuaire de Douaumont. Bâtiment monumental d'une hauteur de 46 mètres, il abrite les os (visibles de l'extérieur) de 130 000 soldats français et allemands non identifiés. C'est à l'intérieur de ce bâtiment que l'émotion sera porté à son comble : un déambulatoire long de 130 mètres offre au regard 46 alvéoles derrière lesquelles reposent pêle-mêle des restes humains retrouvés sur et sous les champs de bataille, et sur lesquelles est gravé le nom d'un soldat disparu. Ces dizaines de noms qui se lisent de droite à gauche, de gauche à droite et du sol au plafond, me font tourner le regard, me chavirent l'esprit et finalement me serrent le cœur. C'est les yeux humides d'émotion, que je m’adosse alors à un pilier, puis m'accroupis, en attendant que ça passe... L'ossuaire, tout comme le mémorial, possède également une salle de projection dans laquelle est diffusé un court métrage lénifiant de 20 minutes intitulé "L'héroïsme du combattant de Verdun". Toute proportion gardée, il me semble assister à un film de propagande datant de 1916 tellement la figure du combattant est héroïque et le ton du commentaire patriotique. Quoi d'autre ? Un mini-musée situé à mi-hauteur de la tour et, pour qui n'est pas effrayé par 200 marches sans ascenseur, une grosse cloche à son sommet, avec vue plongeante sur les 15 000 petites croix de la nécropole. Ne pas oublier la batterie de "lanternes magiques" servant à visionner une bonne centaine de photos d'époque en trois dimensions : impressionnant. Au sortir de l'ossuaire, tandis que le "bourdon de la Victoire" sonne, une famille d'obèses à rires très gras se fait photographier devant la porte d'entrée du monument funéraire. Ils rient, ils crient et se font des grimaces tout comme s'ils étaient, par exemple, devant le Moulin Rouge et son affiche de Girls américaines. Leur attitude me semble aussi inconvenante et aussi obscène que s'ils faisaient des cabrioles ou des pirouettes dans la nécropole située juste en face, mais on ne peut cependant pas leur en vouloir : ils ne savent pas ce qu'ils font et personne ne pourra jamais leur expliquer ce qu'ils n'ont pas compris et ne peuvent sentir par eux-même. Cette journée s'achève comme la précédente : en compagnie de Toufikia (née en 1964, marié à un dénommé Georges, fonctionnaire récemment muté à Bar-le-Duc, sans enfant mais avec toute une théorie sur l'éducation et une autre sur la liberté, parisienne de cœur et désirant y revenir, disant "mon mari" comme elle dirait ma voiture ou mon chien, etc, etc...). J'essaie de la pousser à réfléchir et à creuser davantage ce dont nous parlons, mais... mais creuser la fait bailler. Je n'insiste donc pas et lui souhaite une bonne nuit. Mardi 19 août : Temps semblable à celui d'hier comme à celui d'avant-hier et à celui de demain comme à celui d'après-demain : gris et froid. Je fais connaissance ce matin avec Michèle, la troisième réceptionniste de l'hôtel *** et accessoirement la mère de l'un des deux patrons. Moins loquace que Toufikia, mais plus profonde, plus sereine et donc davantage à l'écoute, il m'est assez agréable de discuter d'elle et de l'hôtel avec elle. Et puisque le ***, outre Catherine, Toufikia et Michèle, compte aussi dans son personnel : Séverine, Françoise et Marie, on peut dire que les hommes sont ici particulièrement gâtés ou en tout cas bien entourés. Je profite du fait que la matinée n'est qu'à peine entamée pour filer dare-dare à la citadelle souterraine. J'espère ainsi éviter la queue de visiteurs qui, avant-hier, m'avait aussitôt fait rebrousser chemin. Ce mardi, la queue est toujours aussi longue, mais j'ai la chance avec moi : le guide de la citadelle réclame une personne seule pour compléter l'un de ses wagonnets. Présent ! Me voilà donc installé, sixième larron, au milieu de cinq personnes âgées qui ne cesseront pas de commenter tout ce qu'ils voient. La visite dure environ 25 minutes et nous fait découvrir une quinzaine de scènes fixes ou animées illustrant la vie des poilus dans la citadelle : réfectoire, cuisine, boulangerie... Bof, bof, bof. Le fait d'être ballotter d'un tableau à un autre sans pouvoir maîtriser le rythme de la visite, me donne la désagréable impression d'assister à un spectacle pour gogos, mélange de Walt Disney et de C'est pas sorcier, tout ce que les touristes apprécient... Déjeuné dans une brasserie où je commande un taboulé (7,50 €) quel'on me sert dans la barquette en plastique du supermarché où il a été acheté. Dépensé près de 60 € chez Leclerc duquel je ressors avec un plein sac de produits locaux et régionaux pour la famille et les amis. Retour au centre mondial de la Paix afin d'occuper mon après-midi. Prise de photos et rédaction d'une carte postale destinée à mes "Chers parents, ...". C'est dans une pièce du sous-sol aménagée à la manière de 1916, avec des bruitages et des effets de lumières de bombardements terrestres et aériens, que je leur écris, à la manière de 1916, quelques mots du front sur une très vieille photo de Verdun... L'hôtesse du Centre avec qui je discute m'apprend qu'elle ne voit guère plus de trente visiteurs par jour. J'en conclue que la paix est ennuyeuse et monotone pour nombre d'entre-nous, qu'elle est moins spectaculaire que la guerre et que, peut-être, l'une et l'autre sont toutes deux nécessaires à notre espèce en ceci que notre espèce n'est pas une et indivisible, autrement dit qu'il en faut pour tout le monde : les pacifiques et les belliqueux. Ainsi, lorsque Barrès, Maurras et consorts dissertaient en 1914 sur les bienfaits de la guerre, ils n'hésitaient pas à parler de la "régénérescence de la race". Pour ces hommes-là, pour ceux d'hier et pour ceux d'aujourd'hui, la paix, lorsqu'elle dure, détruit notre vitalité et ne génère que le déclin, la déchéance et puis la mort. Ont-ils raison, ont-ils tort ? Qui, de la philosophie ou de la psychologie, pourrait répondre à cette question ? Et à quoi bon ? L'Europe est aujourd'hui en paix, alors profitons-en tant qu'il en est encore temps… Et comme par un fait exprès, France-Info diffuse la tragique nouvelle : dix militaires français ont trouvé la mort en Afghanistan. Sans commentaire. S'ensuit une longue pause littéraire et méditative. A nouveau assis à la terrasse du Wind's, je dévore 200 pages de lettres de Poilus ("Paroles de Verdun"), lecture entrecoupée de regards portés au loin, sur le monument symbolisant la devise de Verdun "On ne passe pas" [2], ou de regard portés au près, sur mes plus proches voisins. Jamais ces lettres de Poilus ne me parleront autant qu'ici : sur les lieux même où elles furent rédigées. J'attends 22h30 avant de regagner l'hôtel, de sorte que je suis sûr de n'y croiser personne : aucune envie de bavarder. [2] Monument de l’architecte Forest et du sculpteur Grange : cinq soldats de différentes armes, au coude à coude, symbolisent le mur contre lequel est venu se briser l'assaut de l'ennemi. Mercredi 20 août : Pas grand chose à signaler en ce début de journée où je discute encore longuement avec Toufikia, puis m'en vais prendre quelques photos de la ville avant de poser mon barda au Wind's où je reprend ma lecture là où je l'avais laissé. Nous sommes mercredi, je suis à Verdun depuis seulement dimanche et j'ai déjà tout vu et tout senti de ce qu'il y avait à voir et à sentir : je ne suis retourné hier au Centre mondial de la Paix qu'à seule fin de le revoir. Autrement dit : je commence à tourner en rond, ça fleure bon l'au revoir... Il me reste cependant encore une visite à faire, une visite dont l'idée m'est venue au cours de la nuit précédente : celle d’un village détruit. Cela aussi a déjà été fait, mais j'y apporte cette fois-ci une légère nuance : la visite se fera de nuit. C'est donc avec impatience que je regarde défiler les heures.... Et c'est dans l'ancien village de Bezonveaux, à une trentaine de kilomètres de Verdun, que je me retrouve aux alentours de 21h00. Là, je déambule à nouveau au milieu des ruines, et un peu plus profondément dans la forêt de pins et d'épicéas, jusqu'à ce que la nuit finisse enfin par tomber, vers 22h00. Unique visiteur du site, assis sur son unique banc, je regarde tranquillement baisser le jour et commence à voir poindre les étoiles. Travail de patience, le moment que je vis mûrit lentement en moi et il est bon de le sentir mûrir ainsi. Que ce moment-là, vécu à cet endroit-là, n'appartienne qu'à moi me remplit de joie. Mais la nuit est maintenant complètement tombée et le silence qui règne ici a, avouons-le, quelque chose d'angoissant. D'autant qu'il est parfois troublé par des hululements tournants de chouette ou de hibou. Silence troublé aussi par des battements d'ailes, par les cris d'un animal indéterminé, par la chute d'une pomme de pin et par divers craquements de bois. Je m'habitue cependant peu à peu à cet environnement et commence à parler, ou plutôt à écrire, à voix haute ou murmurée, ce que le moment me fait dire. C'est à mon frère le hibou et à ma sœur la chouette que s'adresse mes premières paroles. Se pourrait-il qu'ils me répondent ? Oui-da ! Alors nous discutons un peu tous les trois. Et c'est passionnant ! Mais je m'adresse aussi aux morts qui sont vraisemblablement toujours enfouis sous mes pieds. J'attends d'eux des réponses. En vain, évidemment, bien qu'il y ait malgré tout ici, à défaut d'êtres, des choses qui me parlent distinctement. Comme, par exemple, l'un des personnages de mon récit qui, assis à mes côtés, m'explique comment il a vaincu la peur qui l'étreignait chaque fois où il était contraint à monter la garde dans un poste de guet en avant des lignes. Il m'explique tout d'abord l'angoisse qui le prenait aux tripes, la chiasse qu'il ne maîtrisait qu'à grand peine et les jambes qui soudain flageolaient sous lui, puis il me dit : «Pour ne plus avoir peur, il ne faut plus tenir à sa vie : je ne tiens plus à la mienne. Après tout ce que j'ai subi depuis deux ans et surtout après tout ce que j'ai vu, ces dizaines de corps de camarades déchiquetés, leurs lambeaux de chair éparpillés sur ma capote, leurs têtes ouvertes en deux ou, plus souvent, comme arrachées du tronc, eh bien, vois-tu, la vie a pour moi perdu son caractère sacrée. Elle m'est devenue si peu de chose que ça m'est tout à fait égal de la perdre. Oh, ne t'inquiète pas, je continuerai à la défendre, je ne jetterai jamais ma poitrine sur une baïonnette ennemie et continuerai toujours à me battre avec la même conviction, mais sans le moindre enthousiasme parce que sans le moindre espoir. Tu comprends ? En fait, c'est comme si j'étais déjà à moitié mort et à moitié vivant.... et si cette moitié vivante qui demeure encore doit périr demain à son tour, eh bien... eh bien, qu'elle périsse elle aussi. Hé ! Inch'Allah ! comme disent les zouaves et les spahis» Je suis heureux qu'il m'ait parlé ainsi et je l'en remercie. Silence, obscurité et solitude, je me sens étonnamment bien en cet endroit que je ne voudrais pas quitter, mais, hélas, le temps passe vite et se rafraîchit plus vite encore. C'est le froid qui aura raison de mon désir. Avant de partir, je prends quelques photos avec le flash qui illumine superbement la forêt, puis quitte à regret cet endroit magique qui ne m'est déjà plus qu'un souvenir. Le meilleur de tous. Il était 23h40. Ma route croise celle d'une biche et celle d'un renard. Je les effraie autant qu'ils m'émerveillent. Je dors comme un bébé... Jeudi 21 août : Journée passée à : 1 . discutailler avec Toufikia 2. lire, assis à mon QG Je pars demain... Vendredi 22 août : Les adieux, sans être déchirants, me font quand même de la peine. A Toufikia aussi, me semble-t-il. Je lui fait alors deux promesses, histoire "d'alléger un peu nos cœurs meurtris". La première : parler d'elle et du *** dans mon récit. La seconde : lui envoyer un "petit signe". Infos du matin : «sacrifice ultime», «lourd manteau de la responsabilité suprême», «défendre la paix dans le monde», «combat contre la barbarie», «bravoure», «honneur», «devoir»... Hum !? Raymond Poincaré s'adressant aux français en août 1914 ? René Viviani debout à la tribune parlementaire du Palais-Bourbon ? Léon Daudet exaltant les vertus guerrières dans une chronique de l'Action Française ? Non pas ! Discours prononcé aux Invalides par Nicolas Sarkozy, président de la France, 90 ans plus tard. Lamentable. Le musée de Suippes que je comptais visiter en revenant sur Paris est fermé depuis le 15 août. C'est ballot ! Samedi 23 août : De retour chez moi, j'envoie le "petit signe" à l'inoubliable Toufikia sous la forme d'un mail dans lequel est jointe une photo de Bezonveaux, ainsi qu'une question : en quel mois de 1964 êtes-vous née (je parierai pour septembre...) ? Je me demande si elle va me répondre, mais ne me fais guère d'illusions et ne parierais pas mes cinq sous là-dessus. Notre relation tenait trop du jeu, pour ma part, et du professionnalisme, pour la sienne. Il n'y avait vraiment rien de sérieux ni rien de vraiment sincère entre nous. Aurait-il pu y avoir autre chose dans d'autres conditions ? Qui sait ? L'important est que je reviens de Verdun tout autre que je n'étais. Ce voyage m'a beaucoup apporté et notamment l'essentiel : «Une partie de l'âme des Poilus s'est greffée sur mon âme» |
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| "esra, la mule" > Je connaissais la vision très dépouillée de Verdun de Jacques Tardi, Ce dernier est un "spécialiste" de la grande guerre, ses oeuvres sont excellement documentées et ses textes sortent tout droit des tranchées ... Petite liste de BD sur l'époque 14-18 : a.. Le Der des Ders (scénario de Didier Daeninckx) (Casterman, 1997) a.. Varlot soldat (scénario de Didier Daeninckx) (L'Association, 1999) a.. Adieu Brindavoine suivi de La fleur au fusil (Casterman, 1974) a.. La Véritable Histoire du soldat inconnu (Futuropolis, 1974). a.. Le Trou d'obus (Imagerie Pellerin, 1984) a.. C'était la guerre des tranchées (Casterman, 1993) + "les sentinelles" tome 1 et pour le Paris de l'époque : la série des Adèles Blanc-sec a.. Adèle et la Bête (1976) a.. Le Démon de la tour Eiffel (1976) a.. Le Savant fou (1977) a.. Momies en folies (1978) |
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| Beaucoup aimé. RV morobone wrote: > VERDUN 2008 > > C a r n e t d e v o y a g e > > > Samedi 16 août 2008 : > > Picardie, Champagne-Ardenne, Argonne et Lorraine. L'Aisne, la Marne et > la Meuse. Soisson, Château-Thierry, Epernay, Reims, Suippes, Sainte- > Ménehould et enfin Verdun, l'objet de ce présent voyage. La traversée > de toutes ces régions, départements ou villes, me plonge déjà, à moins > d'une heure de route de Paris, dans quelques uns des plus grands > chapitres du livre de la Grande Guerre ; à savoir : l'avancée > allemande sur Paris arrêtée de justesse sur les rives de la Marne en > août et septembre 1914, aussi les batailles de Champagne de 1915, la > grande boucherie du chemin des dames de 1917 et enfin la défense > héroïque de Verdun par l'armée des "pioupious" entre février et > décembre 1916. > > (...) |
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| Tandis que vous cherchiez vainement à sauter sur une vardunoise de rencontre entre deux visites d'ossuaire, était-ce là toutes vos vacances, mon pauvre ?, diegel, congédiant pour un mois son génie, se la coulait douce à Saint-Tropez. |
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| "diegel" <diegel***orange.fr> a écrit dans le message de news: 48bf162a$0$881$ba4acef3***news.orange.fr... > Tandis que vous cherchiez vainement à sauter sur une vardunoise de > rencontre entre deux visites d'ossuaire, était-ce là toutes vos vacances, > mon pauvre ?, diegel, congédiant pour un mois son génie, se la coulait > douce à Saint-Tropez. Et il rentre quand votre génie ? |
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| Zeitgeist - The Movie - 1 of 13 (Introduction) http://www.youtube.com/watch?v=Mzciu...eature=related Zeitgeist - The Movie - 2 of 13 (Part 1 of 3 on Religion) http://www.youtube.com/watch?v=KeZB2...eature=related Zeitgeist - The Movie - 3 of 13 (Part 2 of 3 on Religion) http://www.youtube.com/watch?v=Xmzai...eature=related Zeitgeist - The Movie - 4 of 13 (Part 3 of 3 on Religion) http://www.youtube.com/watch?v=m6UdQ...eature=related Zeitgeist - The Movie - 5 of 13 (Part 1 of 4 on 911 & War) http://www.youtube.com/watch?v=f5pz1...eature=related Zeitgeist - The Movie - 6 of 13 (Part 2 of 4 on 911 & War) http://www.youtube.com/watch?v=EBcA6...eature=related Zeitgeist - The Movie - 7 of 13 (Part 3 of 4 on 911 & War) http://www.youtube.com/watch?v=wXQxa...eature=related Zeitgeist - The Movie - 9 of 13 (Part 1/5 - Behind Curtain) http://www.youtube.com/watch?v=TLCob...eature=related Zeitgeist - The Movie- 10 of 13 (Part 2/5 - Behind Curtain) http://www.youtube.com/watch?v=8XiYy...eature=related Zeitgeist - The Movie- 11 of 13 (Part 3/5 - Behind Curtain) http://www.youtube.com/watch?v=hb0lR...eature=related Zeitgeist - The Movie- 12 of 13 (Part 4/5 - Behind Curtain) http://www.youtube.com/watch?v=Eb0aP...eature=related Zeitgeist - The Movie- 13 of 13 (Part 5/5 - Behind Curtain) http://www.youtube.com/watch?v=2JVdf...eature=related -- Ahmed Ouahi, Architect Bonjour! "morobone" <par-ici-les-spams***neuf.fr> kirjoitti viestissä:66a7c580-20e4-4b00-8398-299d1222e530***79g2000hsk.googlegroups.com... > Vendredi 22 août 2008 > Infos du matin : «sacrifice ultime», «lourd manteau de la > responsabilité suprême», «défendre la paix dans le monde», > «combat contre la barbarie», «bravoure», «honneur», «devoir»... > Hum !? Raymond Poincaré s'adressant aux français en août > 1914 ? René Viviani debout à la tribune parlementaire du > Palais-Bourbon ? Léon Daudet exaltant les vertus guerrières > dans une chronique de l'Action Française ? Non pas ! > Discours prononcé aux Invalides par Nicolas Sarkozy, président > de la France, près d'un siècle plus tard. Lamentable. De mieux en mieux : voici que «la guerre de communication» est fustigée par un communicant. Ce genre de sortie me semble être de la même veine comique qu'un idiot qui blâmerait l'idiotie. Petit rappel de la loi du 5 août 1914 : "Art. 1er : Il est interdit de publier des informations et renseignements autres que ceux qui seraient communiqués par le gouvernement ou par le commandement, [...] et toute information ou article concernant les opérations militaires ou diplomatiques de nature à favoriser l'ennemi et à exercer une influence fâcheuse sur l'esprit de l'armée et des populations." Dont acte. Hormis quelques petits coups de règles sur les doigts, la presse libre respecta la consigne à la lettre et, dans un souci d'unité nationale, s'inspira des communiqués officiels tel que celui- ci : "Dans la région de Belfort, un grand nombre de prisonniers ont été traités avec la dernière sauvagerie. Les Allemands les ont déshabillés, poussés en avant de leur ligne en les exposant presque nus aux balles françaises. Ils en ont jeté d'autres dans le canal pour les en retirer et les y rejeter encore. Un de nos blessés, aujourd'hui en traitement en Besançon, a été frappé à la tête et dans les côtes à coups de crosses et de talon. Un soldat allemand l'a trainé sur le sol. A côté de lui, un autre blessé français a été achevé à coups de baïonnette... Enfin, à Magny, un enfant de 7 ans s'amusant à mettre en joue une patrouille avec son fusil en bois, a été fusillé sur place" De sorte qu'avec le talent de copiste qu'on lui connaît, la presse unanime pissa sa copie : "Ils [les Allemands] ont coupé les mains et les pieds d'un de nos bourgmestres, crevé les yeux à d'autres civils, coupé les bras à des enfants, brûlé vifs de pauvres paysans, tranché la gorge à des femmes après les avoir violées, fusillé des milliers de civils." (La Croix) "Les uhlans décapitent à coups de sabre des femmes et des jeunes filles, et jettent les têtes coupées comme des projectiles contre les tableaux de l'église. Un monstre fait alligner contre le mur trois jeunes enfants et, d'un seul coup de sabre, il fait sauter les trois têtes" (L'Intransigeant) "Il faut tenir tout Allemand pour un barbare et un ennemi du genre humain. Ceux qui ont entendu le dernier acte de Parsifal à Bayreuth savent mieux qu'aucuns que l'âme allemande est inhumaine et qu'ils sont plus près des loups que des hommes" (Le Figaro) |
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| De mieux en mieux : voici que «la guerre de communication» est fustigée par un communicant. Ce genre de sortie me semble être de la même veine comique qu'un idiot qui blâmerait l'idiotie. -- Ahmed Ouahi, Architect Bonjour! "morobone" <par-ici-les-spams***neuf.fr> kirjoitti viestissä:6cae9e9a-7d50-4980-a172-be2dc947c41c***79g2000hsk.googlegroups.com... On 6 sep, 13:53, "Ahmed Ouahi, Architect" wrote: > www.youtube etc... Aucun intérêt. |
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| N'empêche, que tu ne devrais aucunement t'imaginer, si jamais, tu en as de l'imagination... Par ailleurs, ce qui n'est pas donné à tout le monde, cette imagination... D'autant plus, que tu sembles vouloir en être tout le monde, bien entendu, à moins que tu puisses essayer de voir comment changer internet et son pouvoir, sans pour autant manquer d'essayer de changer ne serait-ce, qu'une portion des gens... Cependant, ce qu'essai de faire, justement ce système finnois depuis un peu plus d'un siècle sans jamais y arriver, d'où son appel à la bactériologie, et la force tant qu'horrible héritage des russes, accentué par les américains sans pouvoir s'octroyer ce pouvoir... -- Ahmed Ouahi, Architect Bonjour! "morobone" <par-ici-les-spams***neuf.fr> kirjoitti viestissä:41f89555-e27a-4c02-b529-5f2ca15056c6***j22g2000hsf.googlegroups.com... On 6 sep, 14:09, "Ahmed Ouahi, Architect" wrote: > www.youtube.etc... Vous êtes sûrement bien gentil et bien serviable, Ahmed, mais les liens et les textes que vous publiez ici, aussi intéressants soient- ils pour vous, ne présentent malheureusement à mes yeux aucun intérêt. C'est comme ça. J'ajoute que votre franco-finnois, gloubi-boulga, nous est parfaitement incompréhensible. |
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| Cependant, l'ultime question qui restera posée, n'est autre, que si la politique pourrait-elle s'en passer de l'armée, qui a d'ores et déjà, prise toutes les choses en main, en y incrustant tous ses points d'appui aux alentours de l'économie... Essentiellement, aussi ses propres racines en toutes ressources économiques et surtout dans les pays, soi-disants, industrialisés, qui ne puissent plus respirer, que si l'armée en fasse autant... D'autant plus, qu'à tel point, la politique elle même, commence à se sentir négligeable sans ces ressources que l'armée lui procure, ce qui lui donne la possibilité de rester en liaison si étroite avec la banque, sous couvert de contrôle, juste pour sauvegarder le rôle... -- Ahmed Ouahi, Architect Bonjour! "morobone" <par-ici-les-spams***neuf.fr> kirjoitti viestissä:d1bd172c-50f6-4bd3-9f71-59586783b4ef***m73g2000hsh.googlegroups.com... On 24 août, 21:21, "esra, la mule" wrote: > Tardi est un "spécialiste" de la grande guerre, ses oeuvres sont > excellement documentées et ses textes sortent tout droit des tranchées ... > > a.. C'était la guerre des tranchées (Casterman, 1993) "A bas la guerre ! Vive la paix !". J'ai apprécié cette BD et je partage le point de vue idéologique de Tardi, mais j'ai vu trop de "facilités" dans son travail pour n'en pas faire la critique. Qu'il s'agisse d'une oeuvre de dénonciation de la guerre, nous sommes d'accord ; que cette dénonciation soit probablement utile à ses lecteurs autant qu'à son auteur, toujours d'accord ; et que ce dernier, dans son introduction, juge utile de préciser que sa BD "n'est pas un travail d'historien", mille et mille fois d'accord. Alors, passons ? Eh bien non. C'est justement sur cette précision qu'il convient de s'arrêter. Certes, hormis la page 35 qui rend très mal la journée du 2 août 1914, toutes les autres planches "guerrières" contiennent leur lot de petits détails rendant tout à fait crédibles les scènes relatées. Certes, il y a dans chaque dessin, ou presque, l'écho des photographies d'époque, comme il y a aussi dans chacun des textes, ou presque, l'écho d'un vieux témoignage. Toutes choses faisant que l'ensemble sonne aussi juste que possible. Sauf que... sauf que si la critique d'une oeuvre peut porter sur ce qu'elle contient, elle peut et elle doit aussi porter sur ce dont elle manque. En l'occurence, "Cétait la guerre des tranchées" manque de la rigueur propre aux universitaires et surtout de cette vision d'ensemble qu'offre une réelle étude ou un réel essai. En un mot : cette BD manque de nuances et s'exonère de la complexité des comportements humains. Son tort principal est de pécher par excès en s'attachant trop exclusivement aux horreurs de la guerre, de la "grande boucherie". Exclusive de laquelle découle malheureusement une tonalité monochromatique : la morbidité. Fascination de l'esprit qui s'englue dans la boue mélée au sang ? Peut-être. En tout cas, le tableau proposé par Tardi me paraît aussi incomplet et aussi unilatéral que le sont, à l'exacte inverse, les récits patriotiques. D'un côté l'horreur et l'absurdité, de l'autre, l'héroïsme et la beauté des sacrifices. Or, poussée jusqu'à la caricature, la réalité de ces différents aspects perd toute signification et toute portée. Propagande à droite, propagande à gauche : bourrage de crâne à droite autant qu'à gauche... et misère au centre ! Le dernier reproche que j'adresserai à Tardi, peut-être le pire et le plus dur des reproches, du genre de ceux qu'on se dit parfois entre ami, est le suivant : tes personnages, parce que servants de tes symboles, me semblent manquer de corps, de présence et de réalité. Tu te sers d'eux afin de promouvoir ta paix, tout comme Barrès les utilisait au service de sa guerre. Vous faites l'un et l'autre, de plusieurs millions de poilus, les soldats de votre cause... et je crains que vous ne préfériez les sacrifiez pour elle plutôt que de la sacrifier pour eux. Donc, Tardi, tout comme Barbusse d'ailleurs, sont deux auteurs engagés. Et ce n'est qu'en cela qu'ils nous sont agréables à lire... pour peu que l'on partage leur engagement pacifiste. En ce cas, ils nous confortent et renforcent encore nos convictions, nos dégoûts, nos colères et nos révoltes, mais ils ne nous intruisent en rien. L'erreur, et le danger intellectuel, consiste donc, après les avoir lu, à se croire plus instruit de la Guerre alors que leur sujet est la Paix. |
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