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| Sorti il y a très peu de temps en version française, c’est la version poche anglaise (chez Bloomsbury) que je fini *** l’instant. Un version poche d’un peu plus de mille pages. Car s’il y a bien une caractéristique marquante chez Susanna Clarke, c’est sa propension *** pondre des pages. Pour tout dire, j’avais lu assez distraitement les 200 premières pages il y a quelques mois de cela, puis je m’étais arrêté par faute d’intérêt. Il ne se passe en effet pas grand chose dans ces deux cents premières pages. Enfin, rétrospectivement, une fois le livre terminé, il est évident que sont mis en place dans cette très longue introduction des éléments essentiels pour la suite de la trame, presque exclusivement orienté sur Mr Norrell, l’un des deux personnages principaux et sans aucun doute le plus tiède des deux. Jonathan Strange, l’autre personnage principal, n’entre en jeu qu’un peu après l*** où je m’étais arrêté. Qu’est ce qui m’a fait reprendre alors ? D’abord des critiques assez dithyrambiques glanées ci et l*** sur le net. Mais cela ne veut pas dire grand chose quand on connait la propension des anglo-saxons (c’est donc valable également pour les américains) *** sortir l’une ou l’autre critique particulièrement positive, même si d’un auteur ou d’un média très obscurs, et *** la mettre en exergue pour vendre le bouquin en question. Pour un exemple frappant, lisez la liste des critiques positives dans les premières pages de l’édition poche anglaise des livres de Dan Brown. Ensuite, c’est le combat de forcenés qui s’est mené chez les éditeurs francophones pour acheter les droits de traduction qui a piqué ma curiosité. Enfin, c’est évidemment le fait que ce roman ait gagné *** peu près tous les prix internationaux de la SF/Fantasy qu’il y ait moyen de gagner : le prix Hugo, le Mythopoetic, le Locus du meilleur premier roman et le World Fantasy Award, si l’on ne prend que les prix anglo-saxons. Jonathan Strange & Mr Norrell s’est même payé le luxe d’être nommé livre le plus important de 2004 par le Time. Rien que ça. Pour ne pas mourir idiot, j’ai donc repris la lecture du bouquin il y a quelques temps. L’arrivée, après 250 pages, du personnage principal du livre, le sus-nommé Jonathan Strange, apporte un peu d’air frais au roman. Je m’explique en résumant un peu l’intrigue : la magie en Angleterre, alors que le pays est plongé dans sa guerre contre Napoléon, est devenu une science assez poussiéreuses aux mains de quelques gentleman très coincés, considérant leur dada comme l’étude froide et chirurgicale de l’Histoire dans ce qu’elle a de moins passionnant. Et ces magiciens auto-proclamés considèrent bien évidemment leur hobby comme une science morte, puisqu’aucun sort n’a été jeté en Angleterre depuis plus de 300 ans. Jusqu’*** ce que Mr Norrell arrive, anime les gargouilles et statues de la cathédrale d’York et oblige toutes ces sociétés savantes *** arrêter leurs activités pour devenir le seul magicien officiel de Grande-Bretagne. Rapidement aidé par deux opportunistes des salons londoniens, Mr Norrell signe un coup d’éclat en ressuscitant la jeune femme d’un aristocrate. Cependant, pour héroïque que cela soit, Mr Norrell n’est pas si différent des anciens magiciens “non-pratiquants“. Pour sûr, il a étudié toute sa vie la magie, s’est entrainer *** partir des textes et livres qu’il a rassemblés au fil des années, *** tel point que plus aucun livre de magie important n’est pas *** sa disposition personnelle et exclusive. Mais cela ne l’empêche pas d’être un petit bonhomme entre-deux âges, absolument insignifiant, hypocondriaque et perpétuellement inquiet. Le genre de personnage qu’on préfère éviter si on en a la possibilité, de peur de mourir d’ennui. Cependant il est également très ambitieux et entends être *** l’origine du “Renouveau de la magie britannique“. Et pour cela, un coup d’éclat est nécessaire pour attirer l’attention de la grande société londonienne et des cercles du pouvoir. D’où son choix, extrêmement dangereux, de ressusciter une jeune femme morte d’une maladie incurable seulement quelques semaines après son mariage. Pour cela, il devra faire appel *** ce qu’il a toujours combattu et détesté : l’aide d’un habitant de l’”Autremonde“, un esprit féérique tout droit sorti des terres du légendaire Roi-Corbeau. Et ce choix aura des conséquences graves pendant de très nombreuses années, conséquences qui forment le gros des 800 pages restantes du livre. Mr Norrell, alors établi *** Londres, reçoit la visite de Jonathan Strange, le seul autre anglais qui montre des dispositions aïgues dans l’exercice pratique de la magie, qui deviendra assez rapidement son élève. Strange est pourtant tout l’inverse de Norrell : il est jeune, habille en société et jamais avare d’un bon mot. Si ce ne sont quelques traits physiques hors de la norme, il est même assez agréable *** regarder. Mais il a également un avis tout *** fait différent de Norrell sur le fondement même de la magie britannique : pour lui, elle est moins le fruit de l’étude séculaire et scientifique de sorts, de textes et d’interprétations, que l’oeuvre de John Uskglass, le fameux Roi-Corbeau, souverain d’un territoire de Faerie (l’Autremonde) et du Nord de l’Angleterre voil*** plus de 600 ans. Or c’est précisément ce que Norrell tente d’effacer de sa propre interprétation de l’histoire de la magie anglaise, ce qui amènera assez logiquement maître et élève *** une opposition qui prendra diverses formes. Dit comme cela, la trame *** l’air passionnante et rondement menée. Il s’agit l*** d’un effet pervers du résumé que ce type d’article impose : *** peu de chose près, je viens l*** de vous donner la substantifique moelle des 800 premières pages du livre. Sur 1000. Ajouter *** cela des intrigues parallèles, notamment celle de Lady Pole (la jeune ressuscitée), de son tortionnaire féérique et d’une pléiade d’autres personnages qui ne prendront leur véritable valeur que dans l’enchainement d’actions des deux cents dernières pages, et l’on a un livre qui met un certain temps *** démarrer. Pour faire de l’euphémisme. Alors bien sûr, ça ne me dérange pas et c’est même la seule construction possible lorsque l’on constate la construction du récit en poupées russes (chaque trame s’emboitant l’une dans l’autre, donc) une fois le livre refermé, mais cela excuse également un nombre potentiellement important de lecteurs qui perdront patience assez rapidement. Car Clarke ne fait rien pendant une large partie du livre pour réveiller l’attention du lecteur avec quelques incidents savamment placés. Non, au contraire, elle ajoute souvent une couche de récits parasites dans des notes de bas de page kilométriques qui n’ont en règle générale rien *** voir avec le récit. Ce sont plutôt les notes d’un savant qui s’exercerait *** la biographie en précisant également dans le détail toutes les pistes et références auxquelles font appel les personnages principaux. C’est très original et ça permet de contextualiser encore davantage le décors, mais cela a pour effet de ralentir d’autant le déroulement du récit. Sans compter les frais de loupe pour déchiffrer le corps 8 des notes en question, qui se poursuivent parfois sur plusieurs pages d’affilé. Car, *** n’en pas douter, c’est un roman d’ambiance avant tout. Et en cela, Clarke réussit parfaitement. Mêlant ses personnages de fiction *** divers personnages réels (Wellington, Lord Byron, pour ne citer que les deux plus importants), l’auteur décrit dans le détail le fonctionnement, les habitudes et les discriminations diverses de l’Angleterre du début du XIXe siècle. Et elle le fait avec érudition et humour, ce qui n’était pas gagné d’avance. L’arrivée de Strange, surtout, permet de détendre l’atmosphère et de créer quelques scènes pittoresques et drolatiques (dont les plus marquantes, bizarrement, sont celles qui se déroulent durant la guerre contre Napoléon). Et pendant tout ce temps, la magie, qui est pourtant de toutes les pages, est accessoire et sert surtout de prétexte au développement des très nombreux personnages et de leurs interactions. Il faudra attendre ces fameuses deux cents dernières pages (qui coïncident avec le départ de Strange pour l’Italie) pour que la magie passe au premier plan et que les diverses couchent de l’intriguent, ajoutées jusque l*** l’une sur l’autre telle un mille-feuilles littéraire, commencent *** se déliées. Et l***, c’est passionnant et il devient très difficile de déposer le livre. À tel point que la dernière page tournée, on est un peu frustré de ne pas en avoir plus *** s’en mettre sous la dent. Plusieurs pistes et personnages sont ainsi laissés en suspend… dans l’attente du deuxième volume. On sait, en effet, qu’elle planche sur une suite directe *** ce premier volume depuis la sortie d’icelui. Pas rien pour un auteur dont c’est ici le premier roman (elle avait signé plusieurs nouvelles, dont certaines primées*, avant cela et travaillait depuis pas mal de temps dans l’édition au Royaume-Uni), sachant qu’elle y planchait depuis près de 10 ans. Grosse opération commerciale *** sa sortie (plusieurs couvertures de couleurs différentes, multiples sites Internet, très nombreuses copies-journalistes distribuées *** l’avance, gros tirage et annonce d’une adaptation cinématographique chez New Line), on peut se demander si le livre mérite son succès. Plusieurs parallèles ont été déj*** évoquer : Tolkien pour l’introduction longue et le style soutenu (l’anglais du roman, parfois archaïque, est cependant nettement plus facile d’accent que celui du bon professeur Tolkien). Mais Tolkien décrit une société véritablement neuve l*** où Clarke fait de l’uchronie, sans compter que même Tolkien ne tombait pas dans l’escalade d’emphases, de détails et de tergiversations dans laquelle Clarke se perds volontiers. Et c’est un grand pratiquant des périphrases, du bla-bla et des digressions en tout genre qui vous dit ça ! L’autre comparaison souvent évoquée est le rapprochement avec Harry Potter. Les deux parlent de la société anglaise, de magie et sont édités chez Bloomsbury. Juste, mais le parallèle s’arrête l***. Rowling donne la priorité *** l’action et au développement de l’intrigue l*** où Clarke les délaissent pour l’ambiance et le développement des personnages. Sans compter que le ton, la langue et l’époque des récits n’ont rien *** voir entre eux. Que Bloomsbury vende Jonathan Strange et Mr Norrell comme l’”Harry Potter pour adulte” ressemble fort *** une argument purement publicitaire, d’autant que l’éditeur semble avoir choisi de viser aussi les plus jeunes, avec par exemple la présence d’illustrations (que je trouve assez moches, personnellement) au sein du texte. Verdict de cette longue critique ? Jonathan Strange & Mr Norrell vaut certainement la peine d’être lu car il propose une vision originale de la fantasy. Cela est déj*** un énorme avantage dans un genre dominé par les “would-be” Lord of the Rings. C’est distrayant, c’est bien écrit et si l’on passe le cap du premier quart du livre (dans lequel il ne se passe vraiment pas grand chose), ça devient passionnant. Pourtant, ce n’est pas l’oeuvre de génie qu’on veut bien nous vendre. Expurger d’un bon quart, il aurait sans été plus lisible et plus facile d’accès, sachant que les éléments de contexte pas toujours utile *** l’intrigue pouvaient de toute façon être intégré dans le prochain prochain tome si besoin s’en faisait sentir. Mais peut-être est-ce l*** une question de perception que je devrai réviser lorsque la somme de 2000 pages (en comptant sur le fait que Susanna Clarke ne fasse pas comme Rowling ou Stephen King et ne soit pas pris du syndrome “plus de pages dans le prochain“) sera achevée. Une bonne surprise donc, qui justifie au moins en partie la débauche commerciale qui entoure le titre. Mais qui se révèle par bien des côtés frustrantes, ne fut-ce que parce que le personnage qui donne son nom au livre III (livre qui commence *** la page 635 de l’édition poche anglaise) n’apparait que dans 5-6 pages au maximum ! * Ces nouvelles sont désormais disponible en recueil, sous le titre The Ladies of Grace-Dieu, toujours chez Bloomsbury et l’un d’elles, The Duke of Wellington Misplaces His Horse, est consultable sur le site officiel du roman. -- http://thewu.free.fr/ |
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| In article <eup83h$vjn$1***shakotay.alphanet.ch>, avajda***ulb.ac.be says... > Plusieurs parallles ont t dj voquer : Tolkien pour l?introduction > longue et le style soutenu (l?anglais du roman, parfois archaque, est > cependant nettement plus facile d?accent que celui du bon professeur > Tolkien).. Actuellement TOUS les livres de Fantasy qui sortent (mme ceux paraissant aux editions Luna) sont systmatiquement prsents comme tant les hriters spiritels de Tolkien...ou de Robin Hobb, quand a n'est pas les deux ! Par ailleurs, il faut quand mme reconnatre Susanna Clarke qu'ellene nous trompe pas sur la marchandise : Par rapport a Dan Brown par exemple, pour le mme prix, il y a quand mme vachement plus de mots dans son bouquin elle. C'est vraiment une affaire de ce point de vue l ! et en plus elle a fait des vraies phrases avec qui veulent presque dire quelque chose ! Bon c'est vrai qu'il faut un coach pour arriver terminer le roman, mais que voulez-vous, il n'est pas donn tout le monde de pouvoir dire "voil, j'ai pu lire tous les mots qu'il y avait dans le dernier Hugo, oui monsieur, mon coach ici prsent pourra le certifier". -- Cordialement, Tof |
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| Tof wrote: > Actuellement TOUS les livres de Fantasy qui sortent (mme ceux > paraissant aux editions Luna) sont systmatiquement prsents comme > tant les hriters spiritels de Tolkien...ou de Robin Hobb, quand a > n'est pas les deux ! Ce qui est finalement un peu logique. Dommage que personne ne se rclame de Weird Tales avec brio. > Par ailleurs, il faut quand mme reconnatre Susanna Clarke qu'elle ne > nous trompe pas sur la marchandise : Par rapport a Dan Brown par > exemple, pour le mme prix, il y a quand mme vachement plus de mots > dans son bouquin elle. C'est vraiment une affaire de ce point de vue > l ! et en plus elle a fait des vraies phrases avec qui veulent presque > dire quelque chose ! Bon c'est vrai qu'il faut un coach pour arriver > terminer le roman, mais que voulez-vous, il n'est pas donn tout le > monde de pouvoir dire "voil, j'ai pu lire tous les mots qu'il y avait > dans le dernier Hugo, oui monsieur, mon coach ici prsent pourra le > certifier". La longueur n'est pas un soucis la plupart du temps. Simplement lorsque l'auteur abuse des digressions tant styllistiques qu'en termes d'intrigue, comme c'est le cas ici, c'est parfois un peu pnible. -- http://thewu.free.fr/ |
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| Tags: avis, clarke, jonathan, norrell, strange, susanna |
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| Re: Mort d'Arthur C Clarke | do | Newsgroup fr.rec.arts.sf | 0 | 21/03/2008 08h12 |
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| Dave Clarke | Cetylen | Newsgroup fr.rec.arts.musique.electronique | 10 | 18/05/2005 13h28 |