Niouzes.org  

Prcdent   Niouzes.org > Forum > Newsgroup fr.rec.arts.* Forum > Newsgroup fr.rec.arts.fantasy
S'inscrire FAQ Membres Calendrier Recherche Messages du jour Marquer les forums comme lus



Rponse

 

LinkBack Outils de la discussion Modes d'affichage
  #1 (permalink)  
Vieux 01/04/2007, 22h18
Arnaud Vajda
 
Messages: n/a
Par dfaut [Avis] Jonathan Strange & Mr Norrell - Susanna Clarke

Sorti il y a très peu de temps en version française, c’est la version
poche anglaise (chez Bloomsbury) que je fini *** l’instant. Un version
poche d’un peu plus de mille pages. Car s’il y a bien une
caractéristique marquante chez Susanna Clarke, c’est sa propension ***
pondre des pages. Pour tout dire, j’avais lu assez distraitement les 200
premières pages il y a quelques mois de cela, puis je m’étais arrêté par
faute d’intérêt. Il ne se passe en effet pas grand chose dans ces deux
cents premières pages. Enfin, rétrospectivement, une fois le livre
terminé, il est évident que sont mis en place dans cette très longue
introduction des éléments essentiels pour la suite de la trame, presque
exclusivement orienté sur Mr Norrell, l’un des deux personnages
principaux et sans aucun doute le plus tiède des deux. Jonathan Strange,
l’autre personnage principal, n’entre en jeu qu’un peu après l*** où je
m’étais arrêté.

Qu’est ce qui m’a fait reprendre alors ? D’abord des critiques assez
dithyrambiques glanées ci et l*** sur le net. Mais cela ne veut pas dire
grand chose quand on connait la propension des anglo-saxons (c’est donc
valable également pour les américains) *** sortir l’une ou l’autre
critique particulièrement positive, même si d’un auteur ou d’un média
très obscurs, et *** la mettre en exergue pour vendre le bouquin en
question. Pour un exemple frappant, lisez la liste des critiques
positives dans les premières pages de l’édition poche anglaise des
livres de Dan Brown. Ensuite, c’est le combat de forcenés qui s’est mené
chez les éditeurs francophones pour acheter les droits de traduction qui
a piqué ma curiosité. Enfin, c’est évidemment le fait que ce roman ait
gagné *** peu près tous les prix internationaux de la SF/Fantasy qu’il y
ait moyen de gagner : le prix Hugo, le Mythopoetic, le Locus du meilleur
premier roman et le World Fantasy Award, si l’on ne prend que les prix
anglo-saxons. Jonathan Strange & Mr Norrell s’est même payé le luxe
d’être nommé livre le plus important de 2004 par le Time. Rien que ça.

Pour ne pas mourir idiot, j’ai donc repris la lecture du bouquin il y a
quelques temps. L’arrivée, après 250 pages, du personnage principal du
livre, le sus-nommé Jonathan Strange, apporte un peu d’air frais au
roman. Je m’explique en résumant un peu l’intrigue : la magie en
Angleterre, alors que le pays est plongé dans sa guerre contre Napoléon,
est devenu une science assez poussiéreuses aux mains de quelques
gentleman très coincés, considérant leur dada comme l’étude froide et
chirurgicale de l’Histoire dans ce qu’elle a de moins passionnant. Et
ces magiciens auto-proclamés considèrent bien évidemment leur hobby
comme une science morte, puisqu’aucun sort n’a été jeté en Angleterre
depuis plus de 300 ans. Jusqu’*** ce que Mr Norrell arrive, anime les
gargouilles et statues de la cathédrale d’York et oblige toutes ces
sociétés savantes *** arrêter leurs activités pour devenir le seul
magicien officiel de Grande-Bretagne.

Rapidement aidé par deux opportunistes des salons londoniens, Mr Norrell
signe un coup d’éclat en ressuscitant la jeune femme d’un aristocrate.
Cependant, pour héroïque que cela soit, Mr Norrell n’est pas si
différent des anciens magiciens “non-pratiquants“. Pour sûr, il a étudié
toute sa vie la magie, s’est entrainer *** partir des textes et livres
qu’il a rassemblés au fil des années, *** tel point que plus aucun livre
de magie important n’est pas *** sa disposition personnelle et exclusive.
Mais cela ne l’empêche pas d’être un petit bonhomme entre-deux âges,
absolument insignifiant, hypocondriaque et perpétuellement inquiet. Le
genre de personnage qu’on préfère éviter si on en a la possibilité, de
peur de mourir d’ennui. Cependant il est également très ambitieux et
entends être *** l’origine du “Renouveau de la magie britannique“. Et pour
cela, un coup d’éclat est nécessaire pour attirer l’attention de la
grande société londonienne et des cercles du pouvoir. D’où son choix,
extrêmement dangereux, de ressusciter une jeune femme morte d’une
maladie incurable seulement quelques semaines après son mariage. Pour
cela, il devra faire appel *** ce qu’il a toujours combattu et détesté :
l’aide d’un habitant de l’”Autremonde“, un esprit féérique tout droit
sorti des terres du légendaire Roi-Corbeau. Et ce choix aura des
conséquences graves pendant de très nombreuses années, conséquences qui
forment le gros des 800 pages restantes du livre.

Mr Norrell, alors établi *** Londres, reçoit la visite de Jonathan
Strange, le seul autre anglais qui montre des dispositions aïgues dans
l’exercice pratique de la magie, qui deviendra assez rapidement son
élève. Strange est pourtant tout l’inverse de Norrell : il est jeune,
habille en société et jamais avare d’un bon mot. Si ce ne sont quelques
traits physiques hors de la norme, il est même assez agréable ***
regarder. Mais il a également un avis tout *** fait différent de Norrell
sur le fondement même de la magie britannique : pour lui, elle est moins
le fruit de l’étude séculaire et scientifique de sorts, de textes et
d’interprétations, que l’oeuvre de John Uskglass, le fameux Roi-Corbeau,
souverain d’un territoire de Faerie (l’Autremonde) et du Nord de
l’Angleterre voil*** plus de 600 ans. Or c’est précisément ce que Norrell
tente d’effacer de sa propre interprétation de l’histoire de la magie
anglaise, ce qui amènera assez logiquement maître et élève *** une
opposition qui prendra diverses formes.

Dit comme cela, la trame *** l’air passionnante et rondement menée. Il
s’agit l*** d’un effet pervers du résumé que ce type d’article impose : ***
peu de chose près, je viens l*** de vous donner la substantifique moelle
des 800 premières pages du livre. Sur 1000. Ajouter *** cela des intrigues
parallèles, notamment celle de Lady Pole (la jeune ressuscitée), de son
tortionnaire féérique et d’une pléiade d’autres personnages qui ne
prendront leur véritable valeur que dans l’enchainement d’actions des
deux cents dernières pages, et l’on a un livre qui met un certain temps
*** démarrer. Pour faire de l’euphémisme. Alors bien sûr, ça ne me dérange
pas et c’est même la seule construction possible lorsque l’on constate
la construction du récit en poupées russes (chaque trame s’emboitant
l’une dans l’autre, donc) une fois le livre refermé, mais cela excuse
également un nombre potentiellement important de lecteurs qui perdront
patience assez rapidement. Car Clarke ne fait rien pendant une large
partie du livre pour réveiller l’attention du lecteur avec quelques
incidents savamment placés. Non, au contraire, elle ajoute souvent une
couche de récits parasites dans des notes de bas de page kilométriques
qui n’ont en règle générale rien *** voir avec le récit. Ce sont plutôt
les notes d’un savant qui s’exercerait *** la biographie en précisant
également dans le détail toutes les pistes et références auxquelles font
appel les personnages principaux. C’est très original et ça permet de
contextualiser encore davantage le décors, mais cela a pour effet de
ralentir d’autant le déroulement du récit. Sans compter les frais de
loupe pour déchiffrer le corps 8 des notes en question, qui se
poursuivent parfois sur plusieurs pages d’affilé.

Car, *** n’en pas douter, c’est un roman d’ambiance avant tout. Et en
cela, Clarke réussit parfaitement. Mêlant ses personnages de fiction ***
divers personnages réels (Wellington, Lord Byron, pour ne citer que les
deux plus importants), l’auteur décrit dans le détail le fonctionnement,
les habitudes et les discriminations diverses de l’Angleterre du début
du XIXe siècle. Et elle le fait avec érudition et humour, ce qui n’était
pas gagné d’avance. L’arrivée de Strange, surtout, permet de détendre
l’atmosphère et de créer quelques scènes pittoresques et drolatiques
(dont les plus marquantes, bizarrement, sont celles qui se déroulent
durant la guerre contre Napoléon). Et pendant tout ce temps, la magie,
qui est pourtant de toutes les pages, est accessoire et sert surtout de
prétexte au développement des très nombreux personnages et de leurs
interactions. Il faudra attendre ces fameuses deux cents dernières pages
(qui coïncident avec le départ de Strange pour l’Italie) pour que la
magie passe au premier plan et que les diverses couchent de
l’intriguent, ajoutées jusque l*** l’une sur l’autre telle un
mille-feuilles littéraire, commencent *** se déliées.

Et l***, c’est passionnant et il devient très difficile de déposer le
livre. À tel point que la dernière page tournée, on est un peu frustré
de ne pas en avoir plus *** s’en mettre sous la dent. Plusieurs pistes et
personnages sont ainsi laissés en suspend… dans l’attente du deuxième
volume. On sait, en effet, qu’elle planche sur une suite directe *** ce
premier volume depuis la sortie d’icelui. Pas rien pour un auteur dont
c’est ici le premier roman (elle avait signé plusieurs nouvelles, dont
certaines primées*, avant cela et travaillait depuis pas mal de temps
dans l’édition au Royaume-Uni), sachant qu’elle y planchait depuis près
de 10 ans. Grosse opération commerciale *** sa sortie (plusieurs
couvertures de couleurs différentes, multiples sites Internet, très
nombreuses copies-journalistes distribuées *** l’avance, gros tirage et
annonce d’une adaptation cinématographique chez New Line), on peut se
demander si le livre mérite son succès.

Plusieurs parallèles ont été déj*** évoquer : Tolkien pour l’introduction
longue et le style soutenu (l’anglais du roman, parfois archaïque, est
cependant nettement plus facile d’accent que celui du bon professeur
Tolkien). Mais Tolkien décrit une société véritablement neuve l*** où
Clarke fait de l’uchronie, sans compter que même Tolkien ne tombait pas
dans l’escalade d’emphases, de détails et de tergiversations dans
laquelle Clarke se perds volontiers. Et c’est un grand pratiquant des
périphrases, du bla-bla et des digressions en tout genre qui vous dit ça
! L’autre comparaison souvent évoquée est le rapprochement avec Harry
Potter. Les deux parlent de la société anglaise, de magie et sont édités
chez Bloomsbury. Juste, mais le parallèle s’arrête l***. Rowling donne la
priorité *** l’action et au développement de l’intrigue l*** où Clarke les
délaissent pour l’ambiance et le développement des personnages. Sans
compter que le ton, la langue et l’époque des récits n’ont rien *** voir
entre eux. Que Bloomsbury vende Jonathan Strange et Mr Norrell comme
l’”Harry Potter pour adulte” ressemble fort *** une argument purement
publicitaire, d’autant que l’éditeur semble avoir choisi de viser aussi
les plus jeunes, avec par exemple la présence d’illustrations (que je
trouve assez moches, personnellement) au sein du texte.

Verdict de cette longue critique ? Jonathan Strange & Mr Norrell vaut
certainement la peine d’être lu car il propose une vision originale de
la fantasy. Cela est déj*** un énorme avantage dans un genre dominé par
les “would-be” Lord of the Rings. C’est distrayant, c’est bien écrit et
si l’on passe le cap du premier quart du livre (dans lequel il ne se
passe vraiment pas grand chose), ça devient passionnant. Pourtant, ce
n’est pas l’oeuvre de génie qu’on veut bien nous vendre. Expurger d’un
bon quart, il aurait sans été plus lisible et plus facile d’accès,
sachant que les éléments de contexte pas toujours utile *** l’intrigue
pouvaient de toute façon être intégré dans le prochain prochain tome si
besoin s’en faisait sentir. Mais peut-être est-ce l*** une question de
perception que je devrai réviser lorsque la somme de 2000 pages (en
comptant sur le fait que Susanna Clarke ne fasse pas comme Rowling ou
Stephen King et ne soit pas pris du syndrome “plus de pages dans le
prochain“) sera achevée. Une bonne surprise donc, qui justifie au moins
en partie la débauche commerciale qui entoure le titre. Mais qui se
révèle par bien des côtés frustrantes, ne fut-ce que parce que le
personnage qui donne son nom au livre III (livre qui commence *** la page
635 de l’édition poche anglaise) n’apparait que dans 5-6 pages au maximum !

* Ces nouvelles sont désormais disponible en recueil, sous le titre The
Ladies of Grace-Dieu, toujours chez Bloomsbury et l’un d’elles, The Duke
of Wellington Misplaces His Horse, est consultable sur le site officiel
du roman.

--
http://thewu.free.fr/
Rponse avec citation
Alt Today
Advertising
Google Adsense
 
This advertising will not be shown
in this way to registered members.
Register your free account today
and become a member on
Niouzes.org
Standard Sponsored Links

  #2 (permalink)  
Vieux 02/04/2007, 15h10
Tof
 
Messages: n/a
Par dfaut Re: [Avis] Jonathan Strange & Mr Norrell - Susanna Clarke

In article <eup83h$vjn$1***shakotay.alphanet.ch>, avajda***ulb.ac.be says...
> Plusieurs parallles ont t dj voquer : Tolkien pour l?introduction
> longue et le style soutenu (l?anglais du roman, parfois archaque, est
> cependant nettement plus facile d?accent que celui du bon professeur
> Tolkien)..


Actuellement TOUS les livres de Fantasy qui sortent (mme ceux
paraissant aux editions Luna) sont systmatiquement prsents comme
tant les hriters spiritels de Tolkien...ou de Robin Hobb, quand a
n'est pas les deux !

Par ailleurs, il faut quand mme reconnatre Susanna Clarke qu'ellene
nous trompe pas sur la marchandise : Par rapport a Dan Brown par
exemple, pour le mme prix, il y a quand mme vachement plus de mots
dans son bouquin elle. C'est vraiment une affaire de ce point de vue
l ! et en plus elle a fait des vraies phrases avec qui veulent presque
dire quelque chose ! Bon c'est vrai qu'il faut un coach pour arriver
terminer le roman, mais que voulez-vous, il n'est pas donn tout le
monde de pouvoir dire "voil, j'ai pu lire tous les mots qu'il y avait
dans le dernier Hugo, oui monsieur, mon coach ici prsent pourra le
certifier".
--
Cordialement,
Tof
Rponse avec citation
  #3 (permalink)  
Vieux 03/04/2007, 19h31
Arnaud Vajda
 
Messages: n/a
Par dfaut Re: [Avis] Jonathan Strange & Mr Norrell - Susanna Clarke

Tof wrote:

> Actuellement TOUS les livres de Fantasy qui sortent (mme ceux
> paraissant aux editions Luna) sont systmatiquement prsents comme
> tant les hriters spiritels de Tolkien...ou de Robin Hobb, quand a
> n'est pas les deux !


Ce qui est finalement un peu logique. Dommage que personne ne se rclame
de Weird Tales avec brio.

> Par ailleurs, il faut quand mme reconnatre Susanna Clarke qu'elle ne
> nous trompe pas sur la marchandise : Par rapport a Dan Brown par
> exemple, pour le mme prix, il y a quand mme vachement plus de mots
> dans son bouquin elle. C'est vraiment une affaire de ce point de vue
> l ! et en plus elle a fait des vraies phrases avec qui veulent presque
> dire quelque chose ! Bon c'est vrai qu'il faut un coach pour arriver
> terminer le roman, mais que voulez-vous, il n'est pas donn tout le
> monde de pouvoir dire "voil, j'ai pu lire tous les mots qu'il y avait
> dans le dernier Hugo, oui monsieur, mon coach ici prsent pourra le
> certifier".


La longueur n'est pas un soucis la plupart du temps. Simplement lorsque
l'auteur abuse des digressions tant styllistiques qu'en termes
d'intrigue, comme c'est le cas ici, c'est parfois un peu pnible.

--
http://thewu.free.fr/
Rponse avec citation
 
Rponse
Tags: , , , , ,



Outils de la discussion
Modes d'affichage

Rgles de messages
Vous pouvez ouvrir de nouvelles discussions : nonoui
Vous pouvez envoyer des rponses : nonoui
Vous pouvez insrer des pices jointes : nonoui
Vous pouvez modifier vos messages : nonoui

Les balises BB sont actives : oui
Les smileys sont activs : oui
La balise [IMG] est active : oui
Le code HTML peut tre employ : non
Trackbacks are oui
Pingbacks are oui
Refbacks are oui


Discussions similaires

Discussion Auteur Forum Rponses Dernier message
Re: Mort d'Arthur C Clarke do Newsgroup fr.rec.arts.sf 0 21/03/2008 08h12
Re: Décès de Arthur C. Clarke Alberts. Newsgroup fr.sci.astronautique 1 19/03/2008 14h13
Re: Strange things in strange places. Dennis \(Icarus\) Newsgroup fr.rec.sport.cyclisme 0 25/12/2007 18h04
[Avotavis] Jonathan Strange et Mr Norell ? Tof Newsgroup fr.rec.arts.fantasy 8 28/03/2007 12h21
Dave Clarke Cetylen Newsgroup fr.rec.arts.musique.electronique 10 18/05/2005 13h28


Fuseau horaire GMT. Il est actuellement 15h45.

Italiano - German - English - Espaol


dit par : vBulletin® version 3.6.8
Copyright ©2000 - 2008, Jelsoft Enterprises Ltd.
LinkBacks Enabled by vBSEO 3.1.0 © 2007, Crawlability, Inc. Tous droits rservs.
Version franaise #13 par l'association vBulletin francophone


Politique - Droit - Philosophie - Football - Medicine - Française - Bricolage - Photo - Mac Os X - Divers - Physique - Jardinage
Mecanique - Moto - Photographie - Rail - Route - Aviation - Cinema - Linux - Psychanalyse - Finance - Enigmes - Rugby
Environnement - Histoire - Programmes TV - Education - Travail - Voyages - Windows - Immobilier - Cuisine
Windows XP - Excel - Word - Outlook - Access - Internet Explorer - Office - Vista

Page generated in 0,25961 seconds with 11 queries