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| Extraits de mon livre " Franco-algérien 1939-2007 " ....Le fait de me retrouver fondamentalement en porte à faux par rapport aux axes de construction nationale en France et en Algérie, tout en applaudissant ardemment leur nationalisme respectif, n'était pas fortuit, accidentel, contingent. Il ne résultait pas d'une opposition foncière à l'identité nationale de mes pays parentaux qu'au contraire je soutenais spontanément. Je suis trop profondément pour la défense et la sauvegarde des terroirs familiaux. Il est venu de la prise de conscience graduelle, à travers conflits et contradictions, de la spécificité identitaire des enfants franco-algériens. La France et l'Algérie, poussées par l'obsession de l'assimilation bornée malgré l'expérience cruelle qu'elles avaient elles-mêmes connue, s'efforçaient d'effacer notre particularisme comme s'il s'agissait d'une excroissance disgracieuse, encombrante et pathologique de leur propre identité, sans aucun respect pour la dignité de cette population particulière . Pour se dédouaner de leurs responsabilités, les nations parentales ont qualifié nos difficultés de simple malaise existentiel ou circonstanciel. Nous avons été, ainsi, poussés dans les oubliettes de l'histoire des pays parentaux et même écartés du jeu politique par des minorités immigrées nouvelles ou silencieuses occupées à faire surface avec le soutien des lobbies de gauche. J'en suis venu à attribuer la source de ce handicap personnel au négationnisme préjudiciable des négociateurs d'Evian qui, en 1962, n'avaient posé et tranché la question de la nationalité qu'en termes de partage de la souveraineté nationale, alors que l'issue du conflit exigeait non de régenter les affaires internes du voisin ou les siennes propres égoïstement, mais, prioritairement, celles de la cohabitation apaisée, de la construction du futur commun dans l'intérêt général. A cette époque, tout se ramenait au seul combat entre les protagonistes principaux. Les Algériens exigeaient leur souveraineté nationale sans concession. En face les Français tentaient d'imposer la présence à part entière de la minorité française d'Algérie, soit sur une partie réservée du territoire algérien, soit au sein de la population algérienne. Dans l'affrontement, les Algériens, qui défendaient des valeurs ardentes de liberté l'ont emporté magistralement contre le désir mal camouflé des Français de séparer le Sahara de l'Algérie. Les négociateurs français qui pensaient s'emparer du sel de mes ancêtres ont vite abandonné leur objectif cupide au cours de négociations laborieuses, accélérées par la crainte panique d'un coup d'Etat des colons ultras et de l'armée à Paris . Les deux pays parentaux, obnubilés par leurs objectifs propres, ont ainsi ignoré totalement la question de la population franco-algérienne et de son socle identitaire (quelque cinq millions de personnes en 2007). Ils n'ont pas eu un seul regard pour cette minorité concentrée en France, dont on effaçait les droits de représentation spécifique au Sénat et à l'Assemblée acquis par la loi, sous le prétexte fallacieux que ces droits se destinaient à l'Algérie et non aux populations restées en partie en France. Personne n'a vu l'ampleur du dommage. Les médias et les intellectuels pressés d'en finir, se sont tus, conscients du vide démocratique et législatif laissé en France par l'indépendance algérienne. Au regard de la prétention de vivre dans un état de droit, le silence de la loi est abject. Mes ancêtres Lorrains, émigrés en France à la suite de l'annexion de la Lorraine par l'Allemagne et de sa germanisation, ont-ils aussi été privés de tout droit politique à Paris entre 1870 et 1918 ? Il est vrai toutefois que le scénario de nos droits imprescriptibles en France était quasi inimaginable. Le FLN ne pensait qu'à l'indépendance de l'Algérie et pas du tout au statut de la population franco-algérienne en France qui se posait aussi ; en France, la gauche était pressée d'en finir et la droite était éclatée en deux camps rivaux, excluant, hors et sans l'Algérie, toute représentation spécifique de la minorité franco-algérienne en France après l'indépendance, comme en Algérie avant l'indépendance . Cet étouffoir haineux de l'époque fera revenir le débat de notre représentation politique, car, les pays parentaux vont découvrir sous peu, j'en ai la conviction, l'intérêt de collaborer et de ne pas laisser d'autres mains s'emparer de la légitimité de parole de la population minoritaire des enfants mixtes franco-algériens. Au final, personne n'avait envisagé à Evian, en 1962, le cas particulier de la population franco-algérienne, qui constituait pourtant la base incontournable et légitime de la construction future des relations entre les pays parentaux divorcés, bien plus que ne l'est la nouvelle immigration . |
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