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| Extraits de mon livre " Franco-algérien 1939-2007 " Mon double échec venait de loin. De la culture d'oppression et de haine dans laquelle les gens ont été façonnés. D'avoir cru, sans limite, être du pays de l'un et de l'autre (ce que j'étais ), alors que les passions nationales refusaient d'admettre le droit identitaire des enfants mixtes et leur aptitude à créer les liens de l'avenir. L'échec m'a fait découvrir la nécessité forte d'une expression plus large de la nationalité, le besoin de la définir dans un espace médian : l'espace social franco-algérien, support fondateur d'un nouvel Empire décolonisé. Je n'avais pas cette idée au départ. C'est venu d'un étouffement, d'un besoin d'expression et de réalisation, d'une amputation d'une partie de soi ressentie dans la confrontation de ce que sont, font et pensent nos maîtres bouffons et caviars. Ma révolte n'est ni totale ni systématique. Elle s'est édifiée sur les entraves, les incohérences et les dérives de la vie sociale devenue inhospitalière pour notre identité. La décolonisation nous a fait perdre notre manteau commun, l'Empire, sans substitut. Autant que nous, chaque nation souffre maintenant de l'avoir mis au placard quand il fallait seulement le décoloniser. Les sociétés humaines sont potentiellement universelles bien que différentes dans leur forme et leur mode d'organisation. En elles se sont constitués les pays parentaux. En eux s'est formé l'espoir de les rassembler. Mon récit se nourrit moins de faits qui pourraient l'égarer que du besoin d'entrer dans la genèse de ma révolte et d'en extraire le sens de mon irrépressible marche « droit devant », dont je m'étonne, m'indigne ou me félicite aujourd'hui, cinquante ans plus tard. Cette recomposition matricielle est une grille de lecture de la problématique de l'espace social franco-algérien au lendemain du divorce de nos pays parentaux en 62. Mon odyssée est parfois romanesque, mais la trajectoire est suivie par beaucoup d'autres gens qui en souffrent encore comme d'une tragédie. Et si nous sommes tant à la subir, les péripéties évoquées n'autorisent pas à conclure que le cheminement identitaire est un égarement sans avenir. Au contraire, il faut en tirer argument pour dire que les conditions d'un aménagement social sont suffisamment avancées pour bâtir un espace de cohabitation faisant appel à la responsabilité des pays parentaux. Le terrain malheureusement est miné. On nous oppose souvent un procédé de réfutation déloyal : on nous attribue une absurdité ou une fausse vérité pour, ensuite, par une pirouette facile, nous renvoyer dans le néant. Trois attaques reviennent en rituel. La première est celle de la médisance et de la calomnie. La deuxième nous accuse injustement de retourner au scénario de la guerre, en offensant la mémoire des uns par l'évocation de l'indépendantisme, ou en blessant la dignité des autres en glorifiant le passé colonial. La troisième consiste à repousser l'espoir de rassemblement dans le jugement au demeurant fondé du général Giap : ''Les colonialistes veulent revenir et imposer leurs conditions. Ils n'ont pas compris les leçons du passé ''( Alger. Conférence 1973). Entre l'image révolutionnaire sublimée, le miroir déformant de la culture et la représentation populaire gadgétisée par des dirigeants eux-mêmes gonflés par leur ego , notre défense identitaire est la seule façon de dépasser les conflits nationaux narcissiques ou pointillistes. Si je déteste aujourd'hui, le rap, les modes, le culte des banlieues, le refuge dans la religion ou la drogue, le rêve et la distraction, le foot et la télé, l'esthétisme, les plumes et les paillettes de la vie politicienne, les miroirs aux alouettes de l'immigration, les raves parties, toutes les brocantes de la misère et de l'errance, la perte de temps et d'énergie dans les émeutes de quartiers, devant les murs de l'exclusion ou de l'indifférence, le piétinement devant les portes fermées du droit des autres, la charité des braves gens, la compassion des écolos, les coups de sang de l'extrême gauche et les infos du jour, c'est que tous ces habillages empêchent l'authenticité de surgir et qu'ils étouffent comme un couvercle un combat essentiel : la conquête d'un nouvel espace social et le rassemblement des nations dans un Empire décolonisé. |
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