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| Extraits de mon livre " Franco-algérien 1939-2007 " L'identité bouleverse la question sociale en pays musulman. Le schéma de remise en cause est brièvement le suivant. ''L'identarité'' est une théorie holistique de la construction identitaire. Selon elle, l'identité d'un groupe (nation, communauté. ) se forge à partir d'éléments culturels agglomérés (langues, religion, éducation, filiation, lieu de naissance, histoire, règles de vie, arts, coutumes, tradition...) aptes à former le ciment, la cohésion et la transcendance du tout social et de provoquer ensuite un big-bang idéologique de refondation globale. Sa source philosophique trempée dans le spiritualisme avive le mysticisme et l'idéalisme sur ses terres d'expression favorites que sont l'éducation, le droit, la morale, la politique. Au nom de la religion, les pays islamiques ont créé des identités nationales fortement polarisées. L'homme du créationnisme y compte plus que le citoyen, la nature que la civilisation, la foi que la raison, la communauté que la société ; à l'exact opposé des postulats présupposés du monde occidental qui font des sciences et de la raison le primat de la liberté et du futur de l'humanité . Après ses succès contre la colonisation, l'identarité islamique étend sa toile au cour de la question sociale et s'attaque maintenant, en conquérante, aux valeurs du monde matérialiste qui l'encerclent. Elle aspire à développer une doctrine d'action temporelle. L'illustration spectaculaire de cette transformation, c'est la récusation de l'opposition capitalisme-socialisme dans le processus d'indépendance et de développement des pays colonisés. Aux pays du Livre, libéralisme et socialisme ne sont que des problématiques technicistes et productivistes subalternes. Les deux idéologies majeures de l'Occident rationaliste sont répudiées et ravalées au rang de simples techniques de gestion entrecroisables et interchangeables, au service de la construction identitaire. Pour ces pays, l'objectif prérequis du dessein social c'est l'entrée de l'homme dans le mythe religieux et non son ascension ni sa perversion dans les échelles de l'utopie matérialiste. Entre l'homme et le Livre, la bonne parole des siens délivre l'homme de sa solitude et de ses interrogations dans un monde occidental présupposé pervers et gluant. L'identarité a remis à jour l'idée que la spiritualité est seule apte à purifier, sanctifier et légitimer l'ordre social, à libérer l'histoire humaine longtemps asservie par l'idéologie du rationalisme scientifique. ''L'identarisme'' est devenu la doctrine sociale iconoclaste du néo-nationalisme islamiste. Selon elle, les conflits n'opposent pas les classes sociales entre elles sous l'emprise des rapports sociaux marchands, ni donc (!) les riches aux pauvres , mais, les détenteurs de la vérité à ceux qui ne la possèdent pas, les croyants aux infidèles, parfois les seigneurs aux sujets turbulents. L'historicité des rapports sociaux est bannie. Les conflits de classes n'apparaissent plus comme le moteur de l'histoire humaine. Et partout, le fascisme de caste s'ennoblit, « Gott mit uns », contre l'ennemi satanique: le racisme social occidental, l'athéisme, l'égalitarisme communiste et l'utopie laïque impie. L'ethnologie, naît avec le début de l'expansion coloniale, a certainement contribué au renouveau islamique . En tant qu'étude explicative des caractères sociaux et culturels elle s'est appliquée à réhabiliter les sociétés et les communautés anciennes ou traditionnelles considérées comme des « cultures primitives ». Mais ses méthodes qualitatives, faisant de la subjectivité la force de ses analyses, ont fragilisé ses conclusions univoques au regard de la sociologie scientifique et multiplié les débats partisans sur le monde musulman. Dans le brouillamini de l'économie identitaire, nouvelle droite et nouvelle gauche européennes perdent leur latin sur les marches de la question sociale. Aujourd'hui, l'Islam propose une libération globale de l'homme et de la société, comme l'a fait le marxisme au siècle dernier. Mais l'islam se subdivise en deux courants, parfois complices, parfois opposés. La dispute entre eux menacerait si la charia n'était le volant de régulation de la globalité religieuse, parfois illuminant de spiritualité un matérialisme desséché, parfois versant dans la flamme de la spiritualité un supplément de rationalité et d'historicité utile à son éclat. Plus cocasse, la laïcité se brouille face à l'islam. On veut faire dire à la loi de 1905, élaborée dans un contexte où juifs et musulmans étaient insignifiants en France, ce qu'elle n'imaginait pas pour eux à cette époque, sinon le néant ou l'exclusion. Aucun d'eux, du reste, juif ou musulman, qui n'était ni paysan ni sujet du seigneur mais cependant laborieux dans les métiers de l'art ou du commerce, n'aspirait à devenir citoyen du très catholique Royaume de France ou du Saint Empire Germanique par crainte d'être encore plus pénalisé en se convertissant. Dans la descente aux enfers de la mondialisation, voilà même que l'on nous délivre le pire des messages politiques : « Travaillez plus pour gagner plus ». Au grand dam des gens de foi, d'esprit, de culture et de progrès. Quand, ailleurs, la déferlante de l'économie du partage inégal est en route et déjà nous soulève... |
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