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| Extraits de mon livre " Franco-algérien 1939-2007 " ... La critique sectaire de l'espace franco-algérien consiste à soutenir qu'il est une menace pour la nation et l'identité ( ce qui est faux et de l'ordre du contraire). Ou encore qu'il est un leurre. Qu'ainsi une personne d'origine mixte, sitôt franchi le cap de la première génération, basculerait en vérité, soit côté français, soit côté algérien et qu'elle finirait par s'assimiler dans un champ culturel, identitaire national unique. Le débat serait, ou clôt par le temps, ou relèverait du fantasme et de la chimère. C'est du reste par ce basculement imaginaire qu'on voudrait cette population aujourd'hui rangée d'un seul coté et pas de l'autre. On dénonce notre ''fiction sociale'', comme si l'unitarisme et l'uniformisation du totalitarisme jacobin étaient une finalité universelle. C'est aussi l'erreur des présupposés de l'intégration républicaine et du sectarisme bouffon ou caviar pour qui le monde du binôme ne serait qu'un ensemble hétéroclite d'amalgames, d'approximations, de contre vérités et de provocations. On a forgé, bien à tort, la conviction, que la possession d'un élément du puzzle identitaire débouche invariablement sur une reconfiguration mécanique de la personnalité globale avec, pour preuve assénée, l'acquisition et la maîtrise des savoirs courants de la vie sociale... Or, ce n'est pas parce que la loi ignore des valeurs personnelles que la personnalité s'en prive volontiers. L'intégration dite républicaine génère en tout individu un malaise en état de veille et d'objection permanent. Enfant, je l'avais ressenti. Adolescent, je m'en étais révolté. Adulte, j'ai compris que l'intégration officielle de l'émigré n'était qu'un déguisement. .. A nos contempteurs, nous rétorquons ainsi, qu'ils ne comprennent décidément pas que le cas des enfants franco-algériens se pose en dehors de la question de l'immigration traditionnelle. Notre particularisme identitaire hautement symbolique fait que nous ne sommes pas dans le cas des enfants mixtes nés de parents issus de deux pays étrangers l'un à l'autre, sans passé historique ou étatique commun. Ciblé par les critiques imméritées, injustifiées, voire insolentes, notre espace subit simultanément les politiques de sécurité, de discrimination et d'exclusion de la part des bouffons, mais aussi les politiques de confusion de la part des caviars . Avec les nouveaux courants d'immigration qui importent en blocs des manières de vie et de pensée opposées aux nôtres, notre espace social est doublement piétiné. N'y errent que des ombres grimaçant des sourires, qui ne se regardent ni ne se parlent de peur d'être reconnues, comprenant néanmoins qu'aucun de nos oppresseurs ne saisira jamais tout à la fois l'eau, l'air et le feu de nos révoltes identitaires, de nos vies tourneboulées et de nos espérances meurtries. En revendiquant notre appartenance au socle identitaire franco-algérien une connotation infériorisante disparaît. Le complément ''d'origine étrangère'' ne fonctionne plus, ni en France ni en Algérie. De la même manière que toute province ou toute minorité s'articule au tout national par son patrimoine identitaire. Le caractère en quelque sorte biologique et génétique de ce particularisme social interdit ainsi à toute administration de nous affubler d'un qualificatif de marginalisation. Pour nous, '' l'Union Pour la Méditerranée '' de la France est une ambition creuse, opposée au ''Traité d'amitié'' des Algériens. Les deux, en fait,détournent le regard de la question centrale de notre espace social et du devoir de rassemblement de l'Empire décolonisé. ....... En pastichant l'existentialisme et la sociologie de Gurvitch, l'on peut dire aussi que, dans les processus de construction-destruction-reconstruction de la formation sociale, on ne naît pas Français, Algérien ou Franco-algérien, on le devient. Jetés aux premières lignes des combat de la construction sociale et nationale, les enfants mixtes franco-algériens sont les héritiers les plus durement malmenés de l'ex-Empire français, mais aussi les mieux placés pour renouer les rapports entre nations. |
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