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| Peu à peu, l'Algérie a pu prendre la mesure de l'échec de la planification territoriale à travers les manifestations de son échec social. D'abord, avec la montée des pénuries et la débrouille du ravitaillement alimentaire des années 70 ( les citadins les plus débrouillards allaient se ravitailler, hors de la ville, de plus en plus loin sur les routes, à proximité des domaines agricoles ou des ports de pêche, où les ouvriers des domaines socialistes profitaient des pénuries pour se rémunérer plus justement ( ?) de leur travail ). Ensuite, avec les émeutes populaires à répétition survenues tout au long des décennies 80 et 90, en raison des disettes, de la misère et du chômage. Enfin avec la tentation du refuge islamiste saoudien devenu le SAMU anglo-saxon des pauvres, des désouvrés et des opposants. Maintenant, la drogue et l'émigration de masse... L'étouffement progressif de la vie sociale a cristallisé la réaction violente d'un peuple dressé contre un régime en dérive. Les dirigeants avaient joué aux apprentis sorciers avec l'industrialisation lourde et l'aménagement du territoire, sans voir venir les conséquences désastreuses de leur propre gestion. Pour moi, il était trop risqué d'afficher une critique à ciel ouvert de la dérive économique, d'autant que je n'étais pas oppositionnel et plutôt même franchement partisan du régime étatique. Ma liberté de pensée n'était pas une liberté de complot. Je pensais même, révérence faite au pouvoir, qu'il était vain de se bloquer dans la critique puriste ou prétentieux, si pas mégalo, d'affirmer pouvoir mieux faire sous d'autres formes hypothétiques de gestion. Aussi, me pesait le cas dissuasif de ce responsable estudiantin en fuite, recherché pour cause d'opposition. Sa femme avait été contrainte d'accueillir la nuit à son domicile des agents de sécurité chargés de cueillir son mari. Je détestais la politique extérieure de la France obnubilée par le pétrole et qui ne voyait pas le pays s'enfoncer, se diviser, glisser sous la coupe des monarchies moyen-orientales pro américaines. L'Algérie se couvrait de mosquées pour prier et ne plus penser à un autre destin. Sous le parapluie soviétique ! Moscou trouvait une bonne occasion de miner la zone d'influence française dans l'ensemble capitaliste occidental, à la différence des chinois toujours tapis dans l'ombre. Dans cet étau, je maudissais l'absence d'intérêt des média français et l'attitude des intellectuels le nez dans les nuages ou la tête dans le sable. |
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