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Vieux 12/05/2008, 01h01
Yoki
 
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Par défaut [Festival de Connes] Emir Kukusturica : les Americains sont "des rats"

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Naturellement, c'est dans Li Monde que s'exprime le milliardaire pro-serbe
et antimondialiste (récompensé de deux Palmes d'or cannoises).
Je dédie ce message ce message à tous mes amis d'usenet (Camille, Radikal,
Dommages Collatéraux, Nestor et Palpatine).

"Son royaume se voit de loin. Bien avant d'arriver à Küstendorf, on
aperçoit le clocher en bois de l'église depuis les montagnes où serpente la
route venant notamment de Zlatibor, l'une des deux stations de ski de
Serbie, ravagée par le mauvais goût. Kusta, lui, construit un anti-Zlatibor.
Pas de publicité, pas de néons ni de terrasses en plastique empoisonnées par
d'obsédantes odeurs de grillades. Pas de Coca-cola, non plus. Au
"Kustaland", on boit du "Kusta à la fraise", local et naturel. La bouteille,
en verre, est frappée du portrait du maître des lieux sur une face, de celui
de Che Guevara sur l'autre.
"Le réalisateur d'Arizona Dream, qui vécut ce tournage aux Etats-Unis
comme un cauchemar, cultive l'antiglobalisation et un antiaméricanisme
forcenés. Près des rues Federico-Fellini et Jim-Jarmush, les visages peints
de George Bush et de Javier Solana grimacent derrière les barreaux de la
fausse prison de la ville. Le premier est considéré comme coupable de tous
les malheurs du monde, le second était secrétaire général de l'OTAN pendant
les bombardements en Serbie, en 1999, durant la guerre du Kosovo.

"Les murs du restaurant de Küstendorf présentent une galerie de
portraits explicite : y figurent le "Che", Pancho Villa et Fidel Castro - et
aussi le chanteur français Manu Chao. Sur d'autres clichés, Kusta serre la
main de Poutine. Un autre l'affichera probablement bientôt avec Hugo Chavez,
président du Venezuela, où Emir Kusturica a donné récemment un concert. On
le voit également avec le premier ministre nationaliste serbe, Vojislav
Kostunica, qu'il ne manque jamais de soutenir. Comme cet hiver, lors du
meeting organisé à Belgrade pour dénoncer la déclaration d'indépendance du
Kosovo du 17 février.

"Ce jour-là, sur la tribune, Emir avait troqué son habit de
Yougo-nostalgique pour endosser celui de "Nemanja" le Serbe, nationalité
qu'il a prise après l'effondrement de la Yougoslavie. Il lança une diatribe
fustigeant la minorité de Serbes favorables à l'indépendance du Kosovo et
attaqua sa cible favorite, les Etats-Unis et son industrie cinématographique
qu'il honnit. "Où sont maintenant les rats qui se vendent pour quelques
dinars, qui affirment pour une poignée d'argent que nos valeurs ne
correspondent pas à celles de la civilisation occidentale ? Dans des trous à
rats ! Où sont ceux qui se moquent du mythe du Kosovo, où sont ceux qui
pensent que le mythe du Kosovo est un mythe hollywoodien ?" avait-il hurlé.
Küstendorf a pourtant un petit air de Disneyland ethno-serbe. "A la limite
du kitsch", glisse un visiteur."





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http://www.lemonde.fr/archives/artic...1043369_0.html

Emir Kusturica, seigneur de Küstendorf

> Un nouveau maître s'est arrêté dans la région de Mokra Gora. Son
> domaine s'étale aux confins septentrionaux et montagneux de la Serbie et
> de sa Bosnie-Herzégovine natale. Emir a mis un pied dans les lieux en
> 2002. [...]
> Celui qui règne sur les lieux est un cinéaste facétieux, deux fois
> Palme d'or à Cannes, un personnage controversé chez lui pour ses prises de
> position politiques : Emir "Nemanja" Kusturica, "voïvode autoproclamé" de
> Mokra Gora, homme d'affaires avisé dans un pays en transition où tout est
> possible dès que l'on a de l'entregent. Et Emir Kusturica a le bras long.
> "Kusta", comme on l'appelle familièrement, serait même beaucoup plus
> que cela. Pour Vladimir Cukovic, il a tout bonnement "ressuscité le
> village". "Le professeur est un dieu, nous sommes ses ouailles", dit
> Vladimir, garde-chasse, homme à tout faire du "voïvode" - un dignitaire,
> dans les Balkans - et son "Cum" (prononcer "coum"), autrement dit son
> parrain. Le réalisateur, né à Sarajevo d'un père musulman, a récemment
> adopté "Nemanja" comme nom de baptême orthodoxe. "Depuis qu'il est là, on
> n'a même plus le temps de se soûler", exagère un peu son parrain.
> En ce jour de mai, l'hôte des lieux est en France. "Mais qu'il soit là
> ou pas, Kusta fait la pluie et le beau temps à Mokra Gora", constate
> Milutin Jojic, maire du "vrai" village de 1 200 âmes. Qui d'autre que lui
> aurait pu faire construire les canalisations d'eau et les égouts ? Refaire
> les routes ? Tirer les lignes électriques, celles du téléphone ? Pas le
> budget famélique de la commune, ni ceux des villages environnants où l'on
> patauge dans la boue ou la neige au gré des saisons. "En Serbie, mieux
> vaut connaître quelqu'un de haut placé, sinon tu n'as rien", lâche Milutin
> Jojic, ancien comptable au chômage reconverti dans la limonade à Mokra
> Gora.
> L'histoire d'amour de Kusturica pour la région remonte à 2002. Il
> tourne alors sur place La vie est un miracle, son avant-dernier film.
> Rapidement, il achète environ 2 hectares de pâturages pour y bâtir une
> maison. Emir l'écolo fait tout construire à l'ancienne en pierre et en
> bois.
> "L'appétit lui est venu en mangeant", constate Vladimir Cukovic. Un
> appétit d'ogre pour cette force de la nature à la barbe négligée.
> Aujourd'hui, Küstendorf compte une trentaine de bâtiments. Dont un cinéma
> et une salle de montage dernier cri où il vient de terminer son
> documentaire, présenté cette année à Cannes, sur Diego Maradona,
> footballeur légendaire et cocaïnomane ; une salle de sport où il fit
> répéter pendant plusieurs mois, en 2007, les acteurs du Temps des Gitans
> monté en opéra ; une piscine et des saunas, deux restaurants, une salle de
> musculation ultramoderne... Et une dizaine de petites maisons hôtels
> offrant une centaine de lits. Des engins terrassent les futurs courts de
> tennis. Un bowling et une discothèque sont en projet... La retraite
> tranquille pour les copains, perdue à quatre heures de route de Belgrade,
> s'est métamorphosée en un complexe touristique employant une soixantaine
> de personnes.
> Lorsque Kusturica débarque avec ses caméras en 2002, la région est
> sinistrée. Les deux principaux employeurs (et pollueurs), une entreprise
> de peinture et une mine de nickel, sont moribonds. Le flot de touristes
> serbes qui empruntaient la route pour rejoindre la côte de l'Adriatique
> s'était pulvérisé dans les guerres yougoslaves. L'arrivée de cet hôte
> prestigieux, qui investit des millions d'euros, sera une aubaine
> économique.
> En cet après-midi pluvieux de mai, une foule de lycéens de Vojvodine
> (nord de la Serbie) est en excursion. "Chaque jour, ce sont 20 bus, soit
> 600 personnes, qui arrivent", explique Alexandra Lazevic, guide
> touristique. Le tour du propriétaire coûte environ 2 euros. Les visiteurs
> prolongent généralement par une balade dans un petit train diesel aux
> wagons en bois, élément central de l'intrigue du film La vie est un
> miracle. La locomotive tortille sur quelques kilomètres escarpés, donnant
> un bref aperçu de la ligne mythique qui, au temps de la Yougoslavie,
> reliait Belgrade à Dubrovnik. Pour les besoins du film, Emir Kusturica
> avait financé la réfection de 10 km de voies ferrées. La Société nationale
> des chemins de fer serbe, propriétaire et exploitant, l'a prolongée
> jusqu'au monastère orthodoxe de Dobrun, du XIVe siècle. Juste de l'autre
> côté de la frontière avec la Bosnie-Herzégovine (BiH). Encore 10 km de
> travaux et le train arrivera à Visegrad, en République serbe de Bosnie
> (l'une des deux entités de la BiH), où le pont du grand vizir Mehmed Pacha
> Sokolovic, construit au XVIe siècle sur la route menant à Constantinople,
> enjambe les eaux émeraude de la Drina. Emir Kusturica en rêve.
> Depuis ses premiers tours de manivelle, le réalisateur veut adapter au
> cinéma le chef-d'oeuvre du Prix Nobel de littérature Ivo Andric, Le Pont
> sur la Drina. Alors qu'il n'a plus remis les pieds à Sarajevo depuis qu'il
> l'a quittée pour rejoindre Belgrade, lorsque la capitale bosniaque
> agonisait sous les bombes serbes au début des années 1990, il s'est rendu
> récemment à Visegrad. On raconte là-bas qu'une fois sur place il a piqué
> une grosse colère. Ulcéré par le jaune et l'orange criards de la façade de
> l'hôtel jouxtant l'ouvrage d'art en pierres, il a téléphoné au ministre
> bosniaque de la culture pour lui ordonner de réparer cet outrage au bon
> goût ! "Kusta le businessman" envisagerait également de monter une flotte
> de petits bateaux croisant sur la Drina. "Il se prend pour un roi", glisse
> un commerçant.
> Son royaume se voit de loin. Bien avant d'arriver à Küstendorf, on
> aperçoit le clocher en bois de l'église depuis les montagnes où serpente
> la route venant notamment de Zlatibor, l'une des deux stations de ski de
> Serbie, ravagée par le mauvais goût. Kusta, lui, construit un
> anti-Zlatibor. Pas de publicité, pas de néons ni de terrasses en plastique
> empoisonnées par d'obsédantes odeurs de grillades. Pas de Coca-cola, non
> plus. Au "Kustaland", on boit du "Kusta à la fraise", local et naturel. La
> bouteille, en verre, est frappée du portrait du maître des lieux sur une
> face, de celui de Che Guevara sur l'autre.
> Le réalisateur d'Arizona Dream, qui vécut ce tournage aux Etats-Unis
> comme un cauchemar, cultive l'antiglobalisation et un antiaméricanisme
> forcenés. Près des rues Federico-Fellini et Jim-Jarmush, les visages
> peints de George Bush et de Javier Solana grimacent derrière les barreaux
> de la fausse prison de la ville. Le premier est considéré comme coupable
> de tous les malheurs du monde, le second était secrétaire général de
> l'OTAN pendant les bombardements en Serbie, en 1999, durant la guerre du
> Kosovo.
> Les murs du restaurant de Küstendorf présentent une galerie de
> portraits explicite : y figurent le "Che", Pancho Villa et Fidel Castro -
> et aussi le chanteur français Manu Chao. Sur d'autres clichés, Kusta serre
> la main de Poutine. Un autre l'affichera probablement bientôt avec Hugo
> Chavez, président du Venezuela, où Emir Kusturica a donné récemment un
> concert. On le voit également avec le premier ministre nationaliste serbe,
> Vojislav Kostunica, qu'il ne manque jamais de soutenir. Comme cet hiver,
> lors du meeting organisé à Belgrade pour dénoncer la déclaration
> d'indépendance du Kosovo du 17 février.
> Ce jour-là, sur la tribune, Emir avait troqué son habit de
> Yougo-nostalgique pour endosser celui de "Nemanja" le Serbe, nationalité
> qu'il a prise après l'effondrement de la Yougoslavie. Il lança une
> diatribe fustigeant la minorité de Serbes favorables à l'indépendance du
> Kosovo et attaqua sa cible favorite, les Etats-Unis et son industrie
> cinématographique qu'il honnit. "Où sont maintenant les rats qui se
> vendent pour quelques dinars, qui affirment pour une poignée d'argent que
> nos valeurs ne correspondent pas à celles de la civilisation occidentale ?
> Dans des trous à rats ! Où sont ceux qui se moquent du mythe du Kosovo, où
> sont ceux qui pensent que le mythe du Kosovo est un mythe hollywoodien ?"
> avait-il hurlé. Küstendorf a pourtant un petit air de Disneyland
> ethno-serbe. "A la limite du kitsch", glisse un visiteur.
> La recette semble marcher. Le distributeur de billets de la Meridian
> Bank, filiale du Crédit agricole, n'est pas là pour le décor. Et le
> "Kustuland" ne s'arrête pas aux palissades en bois du village. Au volant
> de son vieux 4 × 4 Lada, Vladimir, le garde-chasse, s'engage sur une route
> tracée à coups de bulldozer dans la montagne grâce, annonce une pancarte,
> à l'argent du Fonds national d'investissements (NIP) serbe. La route ne
> mène nulle part ailleurs qu'au pied d'un hôtel de quatre étages en cours
> de finition. Sur l'autre flanc de la montagne, on s'affaire à la
> construction de deux autres établissements hôteliers de cinquante chambres
> chacun.
> L'hiver prochain, les touristes pourront dévaler quatre pistes tracées
> sur des terrains loués à l'administration des eaux et forêts.
> L'institution participe au conseil d'administration du parc naturel
> Sargan-Mokra Gora, qui délivre les autorisations d'activités commerciales,
> permis de chasse et autres licences. Son directeur ? Emir Kusturica. Le
> président du conseil d'administration ? Un certain Sinisa Kovacevic,
> écrivain et dramaturge, grand ami du premier ministre, Vojislav Kostunica.
> "La vie est un miracle", proclamait le film.



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