Caligula a écrit :
> abourick a écrit :
>
>> Très juste, mais avant d'être le lieu où l'on brûlaient les immondices
>> de Jérusalem la vallée des fils de Hinnon était le tophet, l'endroit
>> où les Hébreux retombés en idolâtrie perpétraient des sacrifice
>> humains au Baal et parmi eux des sacrifices d'enfants. C'est ça aussi
>> la perdition: cette tradition sacrificielle qui est criminelle parce
>> qu'elle rejette le véritable Absolu.
>
> Ah ces Hébreux, ce qu'ils étaient sauvages. Ils auraient dû se convertir
> à la religion grecque.
>
> Sa Force Alkinoos dit ensuite au héraut :
> Alkinoos :
> "Pontonoos, fais-nous le mélange au cratère
> et donne-nous du vin à tous en cette salle;
> je veux que nous buvions au brandisseur de foudre,
> à Zeus qui nous envoie et recommande
> à nos respects les suppliants!"
> Il dit. Pontonoos mêla dans le cratère
> d'un vin fleurant le miel et s'en fut à la ronde
> en verser dans les coupes. Chacun fit son offrande
> et l'on but son content.
> (Odyssée, VII).
>
> Voilà des sacrifices à Zeus fort civilisés.
Espèce de Pharma-kon ! :-)
http://www.ditl.info/art/definition.php?term=23353
PHARMAKOS ; PHARMAKON (Greek)
ETUDE SEMANTIQUE / Definitions
COMMENTAIRE / Analysis
A l’origine, le pharmakon désigne une substance, à la fois poison et
remède. Bien que cela paraisse contradictoire, il existe un lien entre
ces deux pôles. René Girard, dans La violence et la sacré, explique les
mécanismes de la régulation de la violence dans les sociétés archaïques.
C’est le sacrifice qui va permettre d’équilibrer les fortes tensions au
sein de la communauté. Globalement, il s’agit de faire une offrande à un
dieu, et il est important que le sacrifice soit compris comme tel et que
« l’opération sacrificielle suppose une certaine méconnaissance. Les
fidèles ne savent pas et ne doivent pas savoir le rôle joué par la
violence […] c’est le dieu qui est censé réclamer les victimes » (La
violence et le sacré, p. 17).
La victime est en effet sacralisée parce qu’elle appartient à un rituel
sacré. Celui-ci peut être une fête où le mythe fondateur est répété,
pour la nouvelle année par exemple, ou, à l’occasion d’une crise ; ce
peut être ou un rite d’expiation dévoué à l’apaisement de la colère du
dieu, afin que le monde retourne à son état normal : dans la Grèce du Ve
siècle, le sacrifice humain se perpétuait donc sous la forme du
pharmakos que la ville entretenait à ses frais pour le sacrifier,
notamment dans les périodes de calamités. L'immolation d'une victime
(humaine, végétale ou animale) opère par ailleurs comme un intermédiaire
en reliant le divin et l'humain sur le plan vertical et les hommes entre
eux sur le plan horizontal. Le sacrifié crée ainsi du lien social de
l'intérieur.
Qui était cette victime donc ? Il a déjà été mentionné les prisonniers
de guerre, les condamnés à mort. On peut ajouter des personnes
handicapées, par ailleurs divers déchets de la société, enfin des
esclaves. Ce sont toutes des catégories marginales caractérisées tantôt
une qualité d’étranger, d’ennemi, une condition servile, ou une
situation qui empêche l’intégration. Pour René Girard, le désir chez
l’homme, dans son sens le plus large, est toujours médiatisé par le
modèle d’un autre : c’est ce qu’il appelle le désir mimétique et il
régit les relations interindividuelles. Rien d’étonnant donc que celui
qui ne ressemble pas au modèle de la société soit aussi celui qui soit
sacrifiable.
Le désir mimétique intervient lors de ce que Girard appelle une crise
indifférenciée: "l'effondrement des institutions efface ou télescope les
différences hiérarchiques et fonctionnelles, conférant à toutes choses
un aspect simultanément monotone et monstrueux". (Le bouc émissaire, p.
24). C'est dans ce contexte que les différences apparaissent fortement,
contrairement aux sociétés où il n'y a pas de crise, qui se doit de les
masquer, "sous peine de ne plus constituer un système d'échange,
c'est-à-dire une culture". (Le bouc émissaire, p. 24). Bien qu'elle
oppose les hommes, cette crise entraîne une prédominance du même.
Le désir mimétique à l'égard de l'autre qui devient vite rival fait
sourdre une violence essentielle et endémique dans le groupe. Il faut
rapidement évacuer cette violence, la canaliser, la réguler par le
sacrifice, pour que le social et ses institutions puissent exister.
C'est le processus du pharmakos ou bouc émissaire que René Girard
développe dans son ouvrage éponyme. Il décrit en fait l'ensemble des
mécanismes de la violence et du sacré. Rappelons-en rapidement les
principales phases:
1. Le désir mimétique de chacun à l'égard de tous, pour différents
objets (nourriture, territoire, pouvoir, amour, savoir, sens, etc.)
engendre rivalité et animosité;
2. La crise mimétique surgit avec indifférenciation;
3. Le rassemblement de tous se fait contre une victime choisie selon
certains traits particuliers;
4. L'imaginaire persécuteur invente des accusations, pour l'éviction de
la victime;
5. De la victime jaillissent les règles culturelles;
6. La victime est chargée de tous les maux.
Le processus permet, par la violence qu’il suppose, de substituer, de
transférer collectivement au dépens de la victime, les tensions
internes, les rancunes, les rivalités, toutes les velléités réciproques
d’agression au sein de la communauté : « c’est la communauté entière que
le sacrifice protège de sa propre violence, c’est la communauté entière
qu’il détourne vers des victimes qui lui sont extérieures » (La violence
et le sacré, p. 18). Il a pour fonction d’apaiser les violences
intestines, d’empêcher les conflits d’éclater. Si elles devaient laisser
libre court à leurs déchaînements, c’est la société elle-même qui
pourrait à terme disparaître : d’une vengeance à l’autre, tout le monde
finirait par se tuer mutuellement. Il existe donc de nombreuses
présences de bouc émissaire, autant dans la littérature que dans
l'histoire, l'une pouvant être le reflet de l'autre. Reste à pouvoir le
reconnaître.
René Girard fait apparaître quatre stéréotypes qui permettent de
l’identifier : « 1) la description d’une crise sociale et culturelle […]
– premier stéréotype, 2) des crimes – second stéréotype, 3) si les
auteurs désignés de ces crimes possèdent des signes de sélection
victimaire, […] – troisième stéréotype. Il y a un quatrième stéréotype
et c’est la violence elle-même ». (Le bouc émissaire, p. 37).
Ce mécanisme anthropologique permet la mise en évidence d’un
fonctionnement inconscient qui permet la survie de la société. De nos
jours, le système judiciaire l’a remplacé. Le crime en lui-même est puni
par la loi, la vengeance n’est plus à craindre, puisqu’il existe une
institution pour s’en occuper. La mise en place de codes a remplacé le
pharmakos. Nous pensons alors au kanum albanais, qui expose des règles
très strictes sur l’hospitalité, et particulièrement sur la vengeance.
Il existe cependant encore des mécanismes victimaires, à la différence
qu'ils ont perdu la sacralité qui les caractérisait : le pharmakon était
sacrifié à un dieu. Au sens actualisé du bouc émissaire, le fait de
faire retomber un ensemble de fautes sur une personne, s'il participe de
la sauvegarde de petites communautés, n'est plus justifié par un rituel,
mais se fait de façon automatique. A la moindre crise, le phénomène
d'indifférenciation prend le relais pour désigner une personne
responsable des fautes, le poison, et qui expulsé, permet la
réconciliation, il est alors le remède. On peut considérer Dreyfus comme
une victime désignée : une crise, entendue par la tension autour de
l'Alsace et de la Lorraine, des crimes, de l'espionnage, des traits
persécuteurs, la judaïté tout particulièrement, et la violence
sous-entendue par ce qu’on a appelé "l'affaire Dreyfus". Il faut dire
que le juif est particulièrement désigné pour devenir bouc émissaire :
dès le Moyen Âge, la présence dans les textes de Guillaume de Machaut de
récits racontant le massacre de communauté entière rendue responsable de
la peste, en est une preuve indiscutable.
Nous conclurons avec René Girard que "Les boucs émissaires ne guérissent
ni les vraies épidémies, ni les sécheresses, ni les inondations […] Le
pharmakon n'agit que sur les rapports humains détraqués par la crise
mais il donnera l'impression d'agir également sur les causes
extérieures". (Le bouc émissaire, p. 65). Ainsi, il était donc à la fois
le poison, celui qui était responsable de la crise, et le remède,
puisque sa mort violente permettait la résolution de cette même crise.
Vivien Morin
Étudiant de maîtrise 2004
Université de Limoges
BIBLIOGRAPHIE / Bibliographie
Derrida, Jacques.– La pharmacie de Platon.- Paris : GF-Flammarion, 1972.
Frazer, James, George.- « Le bouc émissaire », in : Le rameau d’or.–
Paris : Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1983, pp. 406-674.
Gernet, Louis.– Anthropologie de la Grèce antique.– Paris : François
Maspero, 1968.
Girard, René.– La violence et le sacré.- Paris : Grasset, 1972 ; rééd.
Hachette Littératures, coll. « Pluriel », 1998.
Girard, René.– Le bouc émissaire.– Paris : Grasset, 1982.
http://www.psychanalyse-paris.com/80...-religion.html
Andrew Lang
Un côté négligé de la religion grecque
Études traditionnistes, Éd. J. Maisonneuve, Paris, 1890
DATE DE PUBLICATION EN LIGNE : samedi 23 septembre 2006
Mots-clés : Andrew Lang
Andrew Lang, « Un côté négligé de la religion grecque », Études
traditionnistes, Vol. VI, traduit par Henry Carnoy, Édition J.
Maisonneuve, Paris, 1890, p. 46-56.
III
UN COTÉ NÉGLIGÉ DE LA RELIGION GRECQUE
Nombre de poètes classiques et de jeunes païens enthousiastes, qui ne
jurent que par Apollon et Athéné, paraissent ignorer que suivant la
remarque de Racine, — il nètait pas un des dieux qui n’eût mérité le
bûcher s’il avait été jugé suivant ses mérites. Ceci a toujours été
notre propre opinion. Nous en trouvons la confirmation dans un récent
voyage autour des temples de la Grèce accompli sous la conduite du vieux
Periègêtès, comme Ouida appelle Pausanias avec la familiarité d’un ami
d’enfance. Le vieux Periègêtès entreprit un pélerinage à travers la
Grèce dans le second siècle de notre ère, alors que les dieux, et leurs
adorateurs avaient sans doute perdu déjà quelques-uns de leurs traits
primitifs les plus scandaleux. Cependant ce que vit et entendit
Pausanias est très curieux, et n’est connu que de peu de gens qui
acceptent les dieux de la Grèce sur l’autorité de Schiller ou de Mrs
Browning.
Aux époques chrétiennes, ou tout au moins dans les temps modernes, une
église ressemble beaucoup à une autre. Les fonctions de l’une sont les
fonctions de toutes, bien que, en Italie et en Espagne, quelques
endroits conservent encore des reliques et des coutumes de la période où
les saints locaux avaient leurs rites particuliers. Mais il n’en était
pas du tout de même en Grèce. Le pèlerin qui arrivait devant un temple,
ne pouvait savoir quelles singularités ou quelles horreurs en fait de
statues, de sacrifices ou d’histoires, on avait préparées pour son
édification.
Dans la ville de Salamis, en Chypre, vers l’époque d’Hadrien, le dévot
aurait pu trouver le prêtre massacrant une victime humaine offerte à
Zeus, — coutume instituée, selon Lactance, par Teucer, et continuée
jusqu’à l’époque d’Hadrien.
À Alos, dans l’Achaïe Phthiotide, l’étranger aurait pu voir un spectacle
extraordinaire. En approchant de la maison de ville, l’étranger remarque
un citoyen âgé et vénérable qui va dans la même direction. Le citoyen
parait tellement perdu dans ses pensées, qu’il n’a pas l’air de savoir
où il va. Derrière lui vient une foule excitée, mais silencieuse, qui le
surveille avec un grand intérêt. Le citoyen atteint les marches de la
maison de ville, tandis que l’excitation des amis qui le suivent
augmente visiblement. Sans pensée, le vieillard entre dans la maison.
Avec un sauvage et non-aryen hurlement, les gens d’Alos se jettent sur
lui, le garrottent, le couronnent de guirlandes fleuries et le
conduisent au temple de Zeus Laphystios où il est sacrifié
solennellement sur l’autel. Telle était la coutume des bons Grecs
d’Alos, toutes les fois qu’un descendant de la maison d’Athamas entrait
dans le prytaneion. À cause de cela, la famille prenait soin, en règle
générale, de se tenir à une distance salutaire de l’endroit défendu.
Quel sacrifice pour les Grecs ! comme dit l’auteur de Minos dans ce
dialogue attribué à tort à Platon. Il ne peut sortir si ce n’est pour
être sacrifié, dit Hérodote en parlant du malheureux descendant
d’Athamas. La coutume parait s’être maintenue jusqu’au temps du
scholiaste d’Apollonius de Rhodes (VII. 197).
Même au IIe siècle, lorsque Pausanias visita l’Arcadie, il y trouva
encore ce qui semble bien des sacrifices humains à Zeus. Le passage est
si étrange et si curieux que nous en citerons une partie.
« Le mont Lycée a d’autres merveilles à montrer, et principalement
ceci : en haut est un bocage de Zeus Lycœus où les hommes ne peuvent
aucunement entrer ; mais si quelqu’un transgresse la loi et pénètre dans
le bocage, il doit mourir dans l’espace d’une année. On dit en outre que
quiconque, homme ou animal, entre dans le bois, ne jette pas d’ombre ;
le chasseur ne poursuit pas le cerf dans ce bocage, mais, attendant que
la bête ressorte, il voit qu’elle a laissé son ombre en arrière. Et sur
la plus haute cime de la montagne, il y a un rempart de terre amassée,
autel de Zeus Lycœus, et la plus grande partie du Péloponèse peut être
vue de cet endroit. Et devant i"autel sont debout deux piliers regardant
le soleil levant, et là-dessus des aigles dorés d’un travail humain
encore plus antique. Et sur cet autel on sacrifie à Zeus d’une manière
dont on ne peut parler, d’autant que j’avais peu de goût à faire des
recherches sur la matière. Mais laissons cela comme c’est et comme il en
a toujours été dès le commencement. »
Les mots as it hath been front the beginning sont de mauvais augure et
significatifs, car les mythes traditionnels de l’Arcadie parlent des
sacrifices humains de Lycaon, et des hommes qui, ayant goûté aux viandes
mélangées des sacrifices, prirent sans le savoir de la chair humaine
entre leurs lèvres. Cet aspect de la religion grecque est ainsi presque
au niveau des mystérieuses horreurs du cannibalisme des Vaudoux
pratiquées par les sociétés secrètes des nègres de Haïti. Mais, comme
l’eût dit Pausanias, il y a peu de plaisir à approfondir ces choses.
Le touriste voyageant parmi les temples eût trouvé que, même lôrsque les
sacrifices humains n’étaient plus en usage, ils avaient été jadis de
coutume, et que les cérémonies existaient par une sorte de commutation.
C’est ce que nous trouvons précisément dans la religion védique où la
formule du sacrifice humain avait disparu tandis que l’origine du monde
était attribuée aux débris d’un dieu sacrifié par les dieux.
À Sparte il y avait un autel d’Artémis Orthia et une image de bois
antique et très grossière, si grossière, en vérité, que Pausanias,
habitué aux pierres-fétiches des Grecs, pensait qu’elle devait être
d’origine barbare. L’histoire qui s’y rattachait était que certaines
gens de différentes villes, en sacrifiant sur l’autel, avaient été
saisis de frénésie et s’étaient massacrés les uns les autres. L’oracle
voulait que l’autel fût arrosé de sang humain. Dans ce but, des hommes
furent choisis par le sort pour être sacrifiés, jusqu’au moment où
Lycurgue transforma l’offrande et arrosa l’autel avec le sang des
enfants fouettés devant la déesse. La prêtresse portait la statue
d’Artémis durant la fustigation, et si quelques-uns des enfants étaient
fouettés légèrement, l’image devenait si lourde, qu’on ne pouvait la
porter. Ces rites s’accordent avec les cérémonies initiatoires des
Hottentots, des Maudanes et des naturels australiens. Ils durèrent
jusqu’au temps de Pausanias.
À Patras, il y avait un temple d’Artémis l’Implacable, et c’était la
coutume de lui sacrifier chaque année un jeune homme et une jeune fille
de la plus grande beauté. Au temps de Pausanias, le sacrifice humain
avait été transformé. Pausanias assista au spectacle étrange de bêtes
vivantes et d’oiseaux jetés dans le feu en sacrifice à Artémis, et il
vit des ours refuser d’affronter le feu et se précipiter en arrière au
milieu des célébrants. Mais il n’est point rapporté qu’aucun de ces
derniers ait été jamais blecé par les bêtes sauvages dans ces occasions
solennelles. L’ours était un animal étroitement lié a Artémis ; on peut
même supposer que la déesse avait été primitivement une ourse.
Il y a nombre de spéculations mystiques sur l’idée de la maternité
symbolisée dans l’ourse, dans l’ouvrage de Bachofen : Der Baer in den
Religionen des Alterthums. Mais comme, dans toutes les religions
sauvages, les animaux furent les premiers dieux dont nous trouvions la
trace, et comme ils se développent lentement en des êtres
anthropomorphes, il semble plus simple de regarder les ours d’Artémis
comme, des survivances d’une époque barbare.
Chez les Thespiens, Zeus, à une certaine époque, exigea que des
sacrifices humains fussent offerts à un dragon. Cette légende, de même
que le sacrifice d’Andromède, se rapporte probablement à quelque coutume
analogue à celle qui fait offrir des sacrifices humains aux requins
sacrés de la côte d’Afrique.
Quand sa curiosité à propos des sacrifices humains était satisfaite, le
pèlerin en Grèce pouvait tourner son attention vers les statues et les
autres représentations des dieux. Aussi trouvait-il que les modernes
statues des artistes fameux étaient de belles oeuvres anthropomorphes de
marbre, ou d’or et d’ivoire. Il est vrai que les figures des Dionysi
étaient parées de cinabre, comme les pierres-fétiches de l’Inde et de
l’Afrique. Règle générale, cependant, les statues des temps historiques
étaient de belles représentations d’êtres gracieux et aimables. Les
oeuvres les plus anciennes étaient des images inflexibles et raides, aux
lèvres vissées dans un sourire sans signification. Plus anciens encore,
étaient les dieux de bronze fabriqués avant l’invention de l’art de la
soudure, et formés de lames battues, assemblées par des petits clous.
Plus anciennes, encore, les images de bois qui, probablement, n’avaient
qu’une légère ressemblante avec la forme humaine. Peut-être y eut-il un
temps où se montrèrent les vrais dieux primitifs : Demeter à tète de
cheval ; Artémis à queue de poisson ; le coucou Heva, dont l’image était
de bois de poirier ; le Zeus aux trois yeux ; Hermès, fait à la façon
dès peintures des grottes sacrées chez les Boschimans. Mais les dieux
les plus antiques de tous, répète souvent Pausanias, étaient les pierres
grossières du temple ou des limites du temple. Dans la Pharœ achéenne,
il trouva environ trente pierres carrées, appelées chacune du nom d’un
dieu. Chez tous les Grecs des anciens temps, les pierres brutes étaient
adorées à la place des statues. L’homme superstitieux des Caractères de
Théophraste, avait coutume d’oindre d’huile les pierres sacrées. La
pierre que Kronos avala par erreur à la place de Zeus, était honorée à
Delphes, et on la tenait chaude avec des couvertures de laine. Il y
avait une autre pierre sacrée chez les Trézéniens, et les Megariens
adoraient sous le nom d’Apollon une pierre taillée grossièrement en
forme de pyramide. Les Argiens avaient une grosse pierre appelée Zeus
Kappotas. Les Thespiens vénéraient une pierre qu’ils nommaient Eros ;
leur plus antique idole est une pierre brute. Il est bien connu que la
pierre-fétiche originale a été trouvée in situ sous les pieds de la
statue d’Apollon à Délos.
Sous cette apparence, la religion des premiers Grecs en Hellade n’était
pas différente de celle des nègres modernes. L’évolution des images des
dieux, très rapide, pourrait être retracée dans chaque temple. Elle
commence par la pierre brute, s’élève à l’idole de bois, atteint l’image
de bronze martelé, passe par les marbres archaïques, et atteint son
point culminant avec les statues chryséléphantines de Zeus et d’Athéné.
Mais aucun des vieux objets sacrés ne perdait sa sainteté, et, dans les
jours les plus pieux, les héros d’olivier d’Egine, l’Hera de bois de
poirier, l’Artémis à queue de poisson, étaient adorés, et l’huile était
versée sur la pierre-fétiche originale ; et peut-être le myrte,
l’asperge ou un oiseau recevaient-ils leur part d’adoration.
Dans ces rares et solennelles circonstances aussi, sans doute, les
prêtrises locales divulgaient les histoires sacrées — comment les
hommes, les femmes et les dieux furent changes en bêtes, en pierres et
en étoiles ; comment Poseidon et Kronos prirent des formes de chevaux,
Déméter de jument, Hera de coucou, Zeus d’une fourmi, d’un serpent ou
d’un cygne, Nemesis d’un oiseau, Lycaon d’un loup ; — ou bien l’on
montrait l’argile véritable a l’étrange odeur humaine, d’où Prométhée
tira les premiers hommes. C’était le moment pour rapporter des anecdotes
sur ce que Hermès fit au Bélier, ou sur Attes et l’amandier. Ces
matières n’étaient pas très édifiantes, mais nous ne pouvons les
négliger pour notre jugement de la religion grecque.
http://www.areopage.net/grece/24.HTM
Le sacrifice
Le sacrifice est, avec la prière, le deuxième grand acte de la vie
religieuse. Le sacrifice humain, comme celui d'Iphigénie dans l'Iliade,
n'est qu'une réminiscence des temps anciens. L'époque classique ne
connaît plus que les immolations d'animaux (moutons, brebis, vaches,
bœufs, porcs, poules, coqs, colombes…) qui obéissent à des rites précis
et complexes. Le choix de l'animal sacrifié est l'objet de prescriptions
rigoureuses : sans défaut, de sexe mâle pour les dieux, les déesses
agréant les femelles, noir pour les dieux de l'enfer, de couleur claire
pour ceux du ciel…Le sacrifice
http://www.mediterranee-antique.info...8/HG_1804A.htm
Dans sa marche en avant, Alexandre arriva a une petite ville, habitée
par les Branchidæ, descendants de ces Branchidæ, près de Milêtos, sur
la côte d’Iônia, qui avaient administré le grand temple et l’oracle
d’Apollon, sur le cap Poseidion, et qui avaient livré les trésors de ne
temple au roi de Perse Xerxès, cent cinquante ans auparavant. Cette
action avait attiré sur eux tant de haine que, quand la domination de
Xerxès fut renversée sur la côte, ils se retirèrent avec lui dans
l’intérieur de l’Asie. Il leur assigna des terres dans la lointaine
région de la Sogdiane, à leurs descendants étaient toujours demeurés
depuis, pariant deux langues et ayant en partie perdu le caractère
hellénique, attachés toutefois encore à leurs traditions et à leur
origine, Charmés de se trouver une fois de plus en commerce avec des
Grecs, ils s’avancèrent au-devant de l’armée, qu’ils accueillirent bien,
en lui offrant tout ce qu’ils possédaient. Alexandre, apprenant qui ils
étaient et quelle était leur extraction, pria les Milésiens qu’il avait
dans son armée de déterminer la manière dont ils devaient être traités.
Mais comme les Milésiens n’étaient ni décidés ni unanimes, Alexandre
déclara qu’il le déterminerait pour eux. Ayant d’abord occupé la cité en
personne avec un détachement d’élite, il posta son armée tout autour des
murs, et alors il donna l’ordre non seulement de la piller, mais de
massacrer la population entière, — hommes, femmes et enfants. Ils furent
tués sans qu’ils prissent des arillés ou essayassent de résister, ayant
recours seulement à des prières et à des manifestations suppliantes.
Alexandre commanda ensuite de raser les murailles et de couper les
bosquets sacrés, afin qu’il ne restât aucun endroit habitable, rien que
la solitude et la stérilité[56]. Telle fut la vengeance tirée de ces
infortunées victimes pour les actions de leurs ancêtres dans la
quatrième ou la cinquième génération précédente. Sans doute Alexandre se
considérait comme chargé d’exécuter les desseins d’Apollon irrité contre
une race maudite qui avait pillé le temple du dieu[57]. On avait
proclamé que l’expédition macédonienne était entreprise primitivement
dans le dessein de venger sur les Perses contemporains les anciens torts
faits à la Grèce par Xerxès, de sorte qu’Alexandre se conformait à ce
même sentiment en vengeant sur les Branchidæ contemporains les actes de
leurs ancêtres, — encore plus coupables que Xerxès à ses yeux. Le
massacre de cette infortunée population fut en effet un exemple de
sacrifice humain sur la plus grande échelle, offert aux, dieux par les
dispositions religieuses d’Alexandre, et diane d’être comparé à celui du
général carthaginois Hannibal, quand il sacrifia trois mille prisonniers
grecs sur le champ de bataille d’Himera, où son grand-père Hamilkar
avait été tué, soixante-dix ans auparavant[58].
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sacrifice_humain
Sacrifice humain
Un sacrifice humain est un rite religieux pratiqué notamment par des
anciennes civilisations de cultivateurs sédentaires pour s'attirer les
faveurs des dieux, en particulier pour conjurer la sécheresse.
Attesté en particulier dans la Grèce antique et en Égypte ancienne, ce
type de pratique se retrouve dans d'autres civilisations comme celle des
Dogons en Afrique[1]. En Mésoamérique, les prêtres effectuaient la mise
à mort au moyen d'un couteau d'obsidienne avec lequel ils ouvraient la
cage thoracique du sacrifié pour en extraire le cœur à la main.
Ces sacrifices, pratiqués souvent à grande échelle (les Aztèques
allaient jusqu'à sacrifier des milliers de prisonniers en quelques
jours), se déroulaient devant les temples situés au sommet des célèbres
pyramides à degrés caractéristiques de ces civilisations.