Afficher un message

  #1 (permalink)  
Vieux 17/07/2008, 19h45
jm
 
Messages: n/a
Par défaut Pollution Ã*** l'uranium au Tricastin : soupçon et inquiétude s'insinuent chez les riverains

Pollution Ã*** l'uranium au Tricastin : soupçon et inquiétude s'insinuent
chez les riverains
LE MONDE | 17.07.08 | 09h04 • Mis Ã*** jour le 17.07.08 | 18h37



Bollène (Vaucluse), envoyé spécial

"Une année de travail fichue !" Luc Eymard est découragé. Sur des
dizaines de mètres, ses plants de basilic, alignés sur une terre sèche
comme du cuir tanné, ont grillé sur pied. Brûlés par le soleil et la
soif. Les jeunes pousses ont rôti avant d'arriver Ã*** maturité. Celles qui
attendaient d'être cueillies se sont flétries prématurément. "Le
basilic, on le pousse Ã*** la chaleur et Ã*** l'eau. Il faut l'arroser tous
les jours, tous les deux jours au maximum. L'irrigation a été interdite
et voilÃ*** le résultat!" se désole le maraîcher.



A 2 kilomètres Ã*** vol d'oiseau de son champ se découpent les tours
évasées, coiffées d'un panache de vapeur d'eau, de la centrale nucléaire
du Tricastin. Derrière un rideau de cyprès, on devine le parallélépipède
gris de la Socatri, l'usine de traitement des effluents radioactifs par
qui le mal est arrivé, dans la nuit du 7 au 8 juillet : le déversement
accidentel, dans les eaux des rivières la Gaffière et le Lauzon, puis
dans la nappe phréatique, de 74 kg d'uranium.

C'est dans cette nappe que Luc Eymard, comme les autres cultivateurs du
quartier de la Plaine, Ã*** l'ouest de Bollène, puise l'eau nécessaire Ã***
son exploitation de plantes aromatiques (thym, aneth, coriandre) et de
légumes. L'interdiction d'arrosage a été levée – Ã*** l'exception d'une
bande de 100 mètres de part et d'autre des cours d'eau – mais il a perdu
"entre 80 et 100 tonnes" de basilic et il ne pourra pas "sortir" les 120
tonnes qu'il doit livrer, par contrat, Ã*** une entreprise de conditionnement.

"Pour les pommes de terre, il a fallu commencer la récolte sans le
dernier arrosage qui permet de gagner en calibre, dit-il. Pareil pour
les oignons, qui ne répondront pas au cahier des charges." A un jet
d'eau de la parcelle déshydratée, Sylvie Eymard, son épouse, vit au
rythme des prélèvements quotidiens effectués par la Socatri dans le
puits qui alimente leur maison. "Dans les jours qui ont suivi
l'accident, on était Ã*** 15 microgrammes d'uranium par litre,
relate-t-elle. Au début de cette semaine, on était descendu autour de
12. Je me suis dit que c'était bon, puisque la limite de potabilité est
de 15. Mais mercredi, on est remonté Ã*** 16,5 !"

La municipalité de Bollène a mis Ã*** la disposition du foyer, comme Ã***
celle d'une dizaine d'autres familles, une citerne de 1 000 litres d'eau
Ã*** usage domestique et, tous les deux jours, le ravitaille en bouteilles
d'eau potable. Mais Sylvie Eymard n'est pas tranquille. "VoilÃ*** vingt ans
que nous buvons l'eau de la nappe. Nous avons fait des analyses
chimiques, mais jamais nous n'avons pensé Ã*** un risque radiologique,
explique-t-elle. Ce qui me préoccupe, ce sont nos deux enfants en bas
âge", ajoute-t-elle.

"LA POPULATION NE CROIT PLUS AUX CHIFFRES OFFICIELS"

La mairie de Bollène s'efforce de relativiser la crise. Seuls les
quartiers situés Ã*** l'ouest du canal Donzère-Mondragon – soit 800 des 14
000 habitants de la commune – sont concernés par "l'incident de
pollution", précise un avis affiché Ã*** l'hôtel de ville. André-Yves Becq,
adjoint aux finances et Ã*** la communication, reconnaît pourtant ne pas
savoir exactement combien de foyers utilisent des captages d'eau privés,
certains n'étant pas déclarés. Surtout, il met en cause le déficit
d'information des autorités.

La municipalité envisage d'engager des poursuites judiciaires pour
obtenir "réparation de l'énorme préjudice subi", et de faire appel Ã*** un
laboratoire d'analyses indépendant. "La population est inquiète et ne
croit plus aux chiffres officiels", assure l'adjoint au maire. D'autant,
rapporte un autre élu, que "l'attitude de la Socatri, qui a fait des
prélèvements de nuit et a tenté d'expliquer une teneur en uranium de 64
microgrammes d'uranium par litre d'eau, chez un particulier, par une
souillure des instruments de mesure, nous a paru suspecte".

A Bollène comme Ã*** Lapalud, Lamotte-du-Rhône et Mondragon – les quatre
communes touchées par les restrictions d'usage de l'eau –, les ventes
d'eau minérale ont grimpé en flèche. "Au lendemain de l'accident,
c'était la ruée, raconte la gérante d'un supermarché. Nous avons écoulé
en trois heures huit palettes de 500 bouteilles, alors qu'une palette
nous fait habituellement deux jours. Nous continuons Ã*** en passer trois
par jour." A la pharmacie, certains clients ont même réclamé des
pastilles d'iode, prescrites en cas de pollution radioactive de l'air.

Aujourd'hui, la vie a repris son cours. Mais le soupçon persiste,
alimenté par l'hypothèse d'une pollution ancienne de la nappe, due
peut-être aux déchets d'une usine militaire d'enrichissement d'uranium.
Vendredi 18 juillet se réunira, Ã*** Valence, la Commission d'information
des grands équipements énergétiques du Tricastin (Cigeet). La séance
s'annonce houleuse.

Pierre Le Hir



Rappel de la chronologie:

2 juillet. La Socatri, filiale d'Areva qui traite des effluents
radioactifs sur le site du Tricastin (Vaucluse), constate un défaut
d'étanchéité sur un bac de rétention entourant une cuve de solution
uranifère. La brèche n'est pas colmatée.

7 juillet, après-midi. Deux agents interviennent sur une vanne bouchée
par des cristaux d'uranium, qui continue Ã*** fuir.

19 heures. Une alarme se déclenche. Le débordement n'est pas détecté.

Minuit. Le débordement est constaté.

8 juillet, 4 heures. Une ronde montre qu'une partie de la solution fuit
dans le réseau d'eau pluviales. La pollution sera évaluée Ã*** 74kg d'uranium.

6 h 15. Le plan d'urgence interne est activé.

7 h 30. L'Autorité de sûreté nucléaire et la préfecture de la Drôme sont
alertées.

13 h 30. Les maires des communes voisines sont alertés.
Réponse avec citation
 
Page generated in 0,26124 seconds with 9 queries